Email et adultère


Vous avez adoré les révélations croustillantes de l’affaire Petraeus: le patron de la CIA poussé à la démission parce que le FBI a révélé qu’il trompait sa femme, grâce à des emails trouvés dans l’ordinateur d’une rivale de sa maîtresse.

PAR MARC SCHINDLER

Pouvoir, sexe, Internet: le cocktail empoisonné du scandale. La chute du général Petraeus et de sa biographe, devenue sa maîtresse, a fait ricaner les médias et les bien-pensants sur la pudibonderie des Américains: tout ce scandale pour une affaire d’adultère!

Pourtant, comme tous les utilisateurs d’Internet, vous devriez vous inquiéter des révélations de la presse américaine sur la violation de la vie privée. Le patron de la CIA et sa maîtresse croyaient avoir trouvé un truc imparable pour échapper à la surveillance: créer un compte commun Gmail sous pseudonyme dont ils avaient le mot de passe et sauvegarder leurs emails sans les envoyer. C’est ce qu’ont fait les terroristes comme Richard Reid, l’homme à la bombe cachée dans sa chaussure en 2001. Mais le FBI a trouvé la parade. Selon le «MIT Technology Review», la loi américaine de 1986 sur la vie privée et les communications électroniques permet au FBI d’obtenir des fournisseurs Internet des données sur ses utilisateurs, sans demander un mandat de perquisition.

Ce que le général Petraeus et sa maîtresse auraient dû savoir: au premier semestre 2012, les autorités américaines ont demandé près de 8000 fois à Google de fournir les adresses IP de ses utilisateurs, selon le «MIT Technology Review». Le FBI a demandé à Google de révéler l’adresse IP, le protocole de communication des réseaux informatiques, de la personne qui envoyait des emails compromettants. Chaque ordinateur a son adresse IP, ce qui permet de localiser celui qui l’utilise. Puis, les Fédéraux ont passé des semaines à réunir des informations sur les endroits d’où la maîtresse du général Petraeus envoyait des emails menaçant sa rivale.

Quand il a commencé ses investigations dans les emails, le FBI croyait tenir une affaire criminelle ou une menace contre la sécurité nationale. Il est tombé sur une banale affaire d’adultère. Mais elle concernait le patron de la CIA ! Comme l’explique Marc Rotenberg, directeur du Electronic Privacy Information Center: «Si le directeur de la CIA peut se faire prendre, la chasse est ouverte contre n’importe qui».

Depuis 2001, la chasse aux terroristes a permis à la National Security Agency américaine de surveiller, pratiquement sans contrôle, les activités de tous les citoyens. Les dangers d’Internet devraient être connus de tous les utilisateurs: des messages privés sont stockés pendant des années sur des serveurs informatiques et peuvent être découverts par des enquêteurs qui recherchent des informations privées. Des étudiants découvrent que leurs futurs employeurs savent tout de leur page Facebook, des maris découvrent l’infidélité de leur femme, des professeurs perdent leur poste à cause de leurs commentaires sur Twitter. Un message sur Internet est aussi confidentiel qu’une carte postale qui peut être lue par tout le monde.

L’Europe se préoccupe aussi de la protection des données personnelles. Un règlement de la Commission européenne devrait entrer en vigueur dans deux ans pour lutter contre l’usurpation d’identité, la fraude, l’usage abusif d’informations sur les réseaux sociaux et la collecte d’informations sans le consentements des internautes. Le gouvernement français va présenter un projet de loi pour garantir la protection des données personnelles et de la vie privée sur Internet. Et Paris a engagé un bras de fer avec Google au sujet des règles de confidentialité en vigueur depuis le 1er mars et d’une taxe sur les moteurs de recherche.

Pour échapper à Big Brother, vous pensez qu’il suffit de ne pas faire de recherche avec Google, de ne jamais utiliser Twitter et de fermer votre page Facebook. Vous êtes vraiment naïf: tout ce que vous faites sur Internet laisse des traces indélébiles sur des serveurs informatiques: votre adresse IP, votre fournisseur d’accès, votre système d’exploitation, les pages que vous visitez. A moins de renoncer à votre ordinateur et à votre téléphone mobile, impossible d’être anonyme sur Internet. Si même le général Petraeus, patron de la CIA, ne le savait pas!

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