Croissance ou déclin démographique?


La dynamique démographique ne peut être ni comprise, ni surtout maîtrisée, en l’examinant uniquement sous son angle quantitatif.

PAR JEAN-CLAUDE CREVOISIER

Il y a deux composantes à prendre en compte lorsqu’on espère agir sur l’évolution d’une population.

La première, c’est l’évolution naturelle qui découle d’une part de la natalité et d’autre part de la mortalité. Il y a croissance (sous-entendu naturelle) si le nombre des naissances dépasse celui des décès. Dans le cas contraire, si le phénomène n’est pas conjoncturel et s’il est durable, nous assistons à un inéluctable déclin. Par ailleurs, le renouvellement des générations dépend du taux de fécondité. Ce renouvellement (naturel) n’est plus assuré et la chute démographique est amorcée si le taux de fécondité tombe en dessous d’une moyenne de 2,05 enfants par femme.

La deuxième composante, ce sont les migrations. L’évolution se calcule ici par comparaison entre les départs du pays (émigrants) et les arrivées (immigrants).
Ces deux composantes ne sont qu’indirectement liées. Ainsi, les retraités, qui par exemple s’expatrient, contribueront à réduire le taux de mortalité en Suisse. En revanche, l’immigration de femmes en âge de procréer pourrait booster le taux de natalité chez nous. Mais ces deux cas de figure ne sont pour l’instant pas massifs.

En Europe (donc en Suisse aussi), le taux de fécondité est tombé bien en dessous de 2,0 (alors que la moyenne mondiale est d’environ 2,5). Le taux de mortalité est lui relativement stable; tout le monde meurt un jour, même si l’espérance de vie s’est fortement accrue en Occident. Nos sociétés occidentales sont donc vieillissantes.

Il y a deux explications à ce phénomène. La première est culturelle; faire et élever des enfants constitue de moins en moins souvent un projet de vie. La deuxième raison est économique; les enfants, ça coûte et (pour être trivial) le retour sur investissement, tant affectif que financier, est plutôt aléatoire.

Cette dénatalité est donc une tendance lourde. Il est illusoire de vouloir la pallier.

Le vieillissement de la population a des conséquences économiques importantes: explosion des dépenses de santé, réduction du nombre de personnes professionnellement actives (donc cotisantes) par rapport à celles dont une partie importante des revenus repose sur la solidarité intergénérationnelle.

L’avenir de notre société dépendra dès lors, de plus en plus, de notre capacité d’accueil de migrants: en particulier des personnes acceptant, entre autres, de pratiquer des métiers désertés par les Suisses et des femmes qui ne répugneront pas à la maternité.

Tous ces problèmes se posent aujourd’hui avec beaucoup d’acuité: l’accueil et l’éducation de la petite enfance, le financement des retraites et des autres assurances sociales, le choix et la maîtrise de l’immigration.

Nous devrions avoir, depuis longtemps déjà, une politique démographique nationale*. Au lieu de cela, les problèmes sont abordés sectoriellement, le plus souvent dans l’urgence et surtout sans perspective d’ensemble; en particulier lorsqu’il s’agit de prendre position sur les multiples initiatives xénophobes de l’UDC et bientôt sur l’initiative Ecopop qui, sous couvert d’écologie, vise à limiter à 0,2 % par an la croissance démographique en Suisse.

Il serait bon de s’inquiéter au sujet de la gestion future de l’EMS Suisse.

* Je l’avais demandée en vain par voie de motion, il y a 30 ans, lorsque je siégeais au Conseil national.

Article paru dans “Courant d’Idées

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