Des poules suisses “heureuses”, entre mythe et réalité


«Nos volailles méritent d’avoir une vie heureuse», proclame le lobby de la viande suisse sur son site internet, à côté d’une image de basse-cour idyllique.

PAR MICHAEL RODRIGUEZ

Le centre de compétences de l’aviculture suisse, Aviforum, affirme quant à lui que «la Confédération a les exigences les plus élevées du monde au niveau de la protection des animaux.» De telles déclarations passent sous silence la face obscure de l’élevage industriel, comme le gazage des poussins mâles des pondeuses et la rupture des cycles de reproduction. En revanche, il est vrai que la Suisse a encadré cette industrie plus sévèrement que nombre d’autres pays. Les citoyens ont parfois donné le ton: c’est à la suite d’une initiative populaire que l’élevage en batteries (dans des cages) a été interdit en 1991. Depuis 2012, l’Union européenne (UE) ne tolère plus que des cages «améliorées», mais cette réglementation n’est souvent pas respectée, notamment en France, en Italie et en Espagne.

Les garde-fous appliqués en Suisse concernent aussi bien les conditions d’élevage que la médication ou encore le transport d’animaux. Une exploitation ne peut pas compter plus de 18’000 poules pondeuses. Pour les poulets d’engraissement, la limite dépend de la durée d’engraissement. Plus celle-ci est brève, plus les volatiles peuvent être nombreux (27’000 au maximum). Bio Suisse plafonne le nombre de poules à 2000 par halle.

Dans l’UE, les grandes exploitations atteignent parfois 100’000 pondeuses, et même 200’000 à 300’000 poulets de chair. La limitation de la taille des élevages en Suisse expliquerait en partie le meilleur état sanitaire des troupeaux.

Les animaux ont en outre un poil d’espace vital en plus. La législation suisse autorise une densité de poulets d’engraissement de 30 kilos par mètre carré.
C’est un peu moins que dans l’UE, mais cela reste impressionnant: dix-sept poulets bien dodus (1,8 kg) se partagent un mètre carré. Soit moins que la surface d’une feuille A4 par animal! La plupart des poulets suisses sont toutefois un peu mieux lotis. Près de neuf volatiles sur dix sont engraissés dans une halle qui respecte les exigences SST (systèmes de stabulation particulièrement respectueux des animaux).

Cela implique notamment l’accès à une aire ventilée par de l’air extérieur, pompeusement appelée «jardin d’hiver». Dans ces conditions, la surface disponible par animal atteint la taille d’une feuille A4 complétée d’une carte postale…

Les pondeuses, dont la vie est moins brève, ont même parfois droit à la promenade.
Sept poules sur dix peuvent s’ébattre, si le temps le permet, sur un parcours herbeux.

La Suisse limite également le recours à la médication. L’usage d’antibiotiques et d’hormones pour accélérer la croissance de la chair est interdit – en revanche pas l’importation de viande dopée à ces substances.

Et maintenant…

• Il n’y a généralement pas de coqs dans les élevages de pondeuses. Les poules sont donc privées de leurs capacités reproductrices. Cela est-il compatible avec le «bien-être animal»?

• La Suisse a mis des limites à l’industrialisation de l’élevage. Faut-il aller plus loin, par exemple en interdisant la destruction des poussins mâles des races pondeuses? Qui doit payer pour ces améliorations: les paysans, l’Etat, les distributeurs, les consommateurs?

• La forte densité d’animaux dans les élevages et dans les cages destinées au transport provoque des problèmes de cannibalisme: les poules se piquent entre elles et finissent parfois par s’entredévorer. Faut-il leur couper le bec, comme cela se fait dans certains pays? Créer des poules aveugles, ce qui est scientifiquement possible? Ou alors changer de mode d’élevage?

• Cela a-t-il un sens de «singer» les poulaillers traditionnels en installant des parcours herbeux, des «jardins d’hiver», des perchoirs, alors que les animaux sont compressés dans des halles industrielles et ont une vie très courte?

Cet article est le quatrième d’une série parue dans «Courant d’Idées» et fait partie d’une brochure, “Faut-il abandonner la poule à l’industrie?“, 47 pp, 9 francs. Elle peut être commandée auprès de M. Reto Cadotsch, 9 quai Capo d’Istria, 1205 Genève, raeto.cadotsch@wanadoo.fr.

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