Formation, constats inquiétants pour les francophones de Bienne


La Berne cantonale annonce, dans son programme d’économies, la fermeture de deux institutions utiles aux francophones de Bienne: le Gymnase bilingue de la rue des Alpes ainsi que la formation commerciale en école et à plein temps.

PAR JEAN-CLAUDE CREVOISIER

Les Biennois francophones s’inquiètent, avec raison, de cette péjoration des possibilités de formation de leurs enfants. Mais voyons les choses de plus près.

A Bienne, la proportion de francophones à scolariser se réduit structurellement. Pendant les «Trente Glorieuses», la population s’est notamment enrichie de l’immigration italienne, espagnole et portugaise, dont les enfants étaient assez naturellement dirigés vers les écoles de langue française. Aujourd’hui, les migrants qui proviennent d’Europe de l’Est et des Balkans vont plutôt envoyer leurs enfants, pour des raisons tant culturelles qu’économiques, dans les écoles de langue allemande. Premier constat, amer et inquiétant pour les Romands de Bienne.

Il est reconnu qu’à Bienne les élèves sortant des écoles françaises ont plus de difficultés que les germanophones à trouver des places d’apprentissage. Les formations en école pour les domaines du Secondaire II pallient partiellement ces difficultés sans cependant donner des garanties pour l’insertion professionnelle ultérieure sur place. C’est le cas en particulier dans le domaine commercial où l’offre d’emplois, à la fin de la formation, est maintenant partout largement en dessous de la demande. On peut donc se demander si en l’occurrence la formation duale (apprentissage chez un employeur avec un à un jour et demi en école professionnelle), nettement moins chère pour les pouvoirs publics, ne permet pas une meilleure adaptation à la réalité du marché du travail. La suppression à Bienne de la filière de formation commerciale en école découle donc d’une double logique, celle des finances publiques d’une part et celle du marché du travail d’autre part. Mais ce choix cantonal bernois ne va-t-il pas condamner aussi, à terme (après le 24 novembre par exemple), les Écoles de commerce de La Neuveville et de Tramelan? Deuxième constat, lucide.

Il est patent qu’en l’état actuel, Bienne ne peut malheureusement pas compter sur la classe politique du Jura bernois (mis à part de trop rares exceptions) pour adopter et défendre des positions contraires à ce que décide et décidera encore le Gouvernement bernois. Les élus UDC, radicaux et socialistes de la région se sont en effet montrés systématiquement incapables de tenir durablement tête aux autorités bernoises lorsque celles-ci prennent des décisions défavorables au Jura bernois. Pour Bienne, ce sont donc des alliés assez peu fiables dans les coups durs. Troisième constat, un peu désespérant.

En revanche, un territoire institutionnellement autonome et francophone, jouxtant le district de Bienne, pourrait convenir, avec la ville du bout du lac, de développer et de renforcer le statut de centre urbain d’importance régionale de la ville de Bienne, cela dans l’intérêt bien compris des deux parties. Un statut d’observateur pour les Biennois, à la future constituante interjurassienne, a d’ailleurs été proposé. Les francophones de Bienne devraient dès lors s’intéresser aux conséquences, pour eux dans le futur, du choix que feront les citoyens du Jura bernois le 24 novembre prochain. Quatrième constat, qui devrait pousser les Biennois francophones à adopter, voire à promouvoir, un opportunisme bien compris avant ce vote.

La leçon à retenir de tout cela, c’est que la Berne cantonale agit sans état d’âme et sans égards particuliers pour ses minorités, lorsque les intérêts du grand canton l’exigent. Les francophones de Bienne viennent d’en faire l’amère expérience, malgré un soutien de leurs concitoyens de langue allemande attachés au bilinguisme de la ville. Ils sont aujourd’hui sacrifiés au nom du redressement budgétaire cantonal. Qui peut dès lors parier qu’en l’absence dramatique de politiciens locaux solides et déterminés, un Jura resté bernois conserverait durablement à l’avenir ses maigres attributions actuelles?

Article paru dans «Courant d’Idées»

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