Une étoile filante dans le ciel européen


Les institutions de la démocratie directe sont insolubles dans le bouillon européen.

PAR MICHEL ZIMMERMANN

Il n’est rien de dire que les institutions antisociales et antidémocratiques de l’UE se heurtent aux institutions de la démocratie directe telles que consignées dans la Constitution helvétique. Celles-ci imposent en effet que tout traité international soit soumis au crible du référendum obligatoire, c’est-à-dire à la sanction des urnes. C’est pour cette raison que le Conseil fédéral et le Parlement ont dû s’y prendre à 3 fois pour que la Suisse entre à l’ONU et que, malgré l’«union sacrée» au sommet, le peuple Suisse a rejeté l’adhésion à l’Espace économique européen (EEE) en 1992 (6 décembre – «dimanche noir»). On peut dire, sans risquer de se tromper, que s’il reste une tache en plein milieu de la carte politique de l’Europe de Maastricht (laquelle est bleue percée d’étoiles jaunes), c’est clairement à cause des institutions de la démocratie directe.

Regardons les choses en face! Si les institutions issues de la Communauté économique européenne (CEE) sont, pour le moins et largement incompatibles avec les principes qui fondent la démocratie représentative (parlementarisme), elles le sont d’autant plus avec celles de la démocratie directe.

Honnie par les peuples et nations d’Europe, l’UE et ses institutions craignent le «pire»: les émeutes, grèves, grèves générale et manifestations de masses.

De son côté, la Confédération européenne des syndicats (CES), qui, comme nous savons, n’a de syndical que le nom, a pour fonction de contrôler et imposer aux organisations syndicales des nations d’Europe (Suisse comprise) qu’elles appliquent et accompagnent rigoureusement toutes les mutations anti-ouvrières contenues dans les traités et directives de la Commission européenne dont elle est une antenne. Prolifique tant par ses qualités d’innovation en matière de vocabulaire que par sa capacité à découvrir de «nouvelles pratiques» au «dialogue social», on lui doit toute une série de mots et concepts inédits tels qu’«employabilité» et «flexisécurité», censés, il va sans dire, compenser les effets induits de la déréglementation, des privatisations et de la remise en cause de toutes les conquêtes ouvrières. Véritable instrument de coercition corporatiste, la CES a pour tâche de s’assurer que les appareils syndicaux contrôlent et canalisent la colère, l’indignation et l’impatience des travailleurs. Sa consigne est claire: couvrir l’UE et ses directives par tous les moyens.

Nonobstant, critiquée de toutes parts pour son manque de démocratie et sa politique antisociale, l’UE est aux abois. Il lui faut une planche de salut, elle se tourne, une fois de plus, du côté de la CES. Il lui faut un «truc» pour dissiper les accusations de «dictature des capitalistes, spéculateurs et profiteurs» qui lui collent à la peau et que les travailleurs d’Europe lui portent. Aux ordres, la CES s’exécute. Elle cherche une combine, une espèce de caution démocratique et mandate le plus «démocrate» de ses vice-présidents, le Suisse, Vasco Pedrina. Sa tâche, tenter de gommer un peu la mauvaise réputation de l’UE en lui inventant un instrument qui ressemblerait à un outil démocratique. Quelque chose qui en aurait un peu la couleur et l’odeur sans en avoir les effets.

Imaginatif, le syndicaliste et bureaucrate suisse, spécialiste en démocratie directe par naissance (et …”marxiste” d’origine), jette les bases de …l’«initiative citoyenne». Une combine (pour ne pas dire une imposture) qui ressemble à l’initiative populaire, bien connue au pays du «peuple souverain», mais dont le contenu n’aurait aucune espèce de conséquence décisionnaire. Un «truc» qui servirait à couvrir les politiques réactionnaires de l’UE d’une sorte de vernis démocratique. Imaginez! Une gigantesque consultation populaire, à l’échelle européenne: «pour ou contre une Europe de paix et de prospérité», «pour ou contre la flexibilité en toute liberté, toute la vie et en toute sécurité», «pour ou contre un grand marché européen libéré de toute entrave», «pour ou contre une employabilité sans frontières», etc. Un sésame! L’UE se dote enfin d’un instrument démocratique qui plus est, serait inspiré de la nation réputée la plus démocratique du monde. Sauf que là, le résultat du scrutin serait …consultatif. Tout comme l’est le Parlement croupion de Strasbourg … consultatif, lui aussi!

La CES a fait grand bruit avec ce nouveau projet. Tous azimuts, les journaux syndicaux ont lancé les prémisses d’une tapageuse campagne de pub: «L’UE se démocratise, elle s’apprête à lancer des initiatives citoyennes!»… Et tout d’un coup …plus rien! Silence radio …le soufflé s’est dégonflé! «L’initiative citoyenne» est passée comme une étoile filante dans le ciel européen… Vasco Pedrina, le syndicaliste et bureaucrate suisse, a remballé sa camelote, la CES lui a confié de nouvelles missions. Chantre de la critique constructive, il prône désormais l’introduction d’un peu de modération dans la mise en œuvre des plans d’austérité. Les rythmes exigés par la Troïka (FMI, UE, BCE) seraient par trop endiablés. Que les travailleurs et les peuples fassent les frais d’une dette qu’ils n’ont pas contractée n’est pas très important, ce qu’il faut, selon lui, c’est leurs diminuer un peu les mensualités tout en repoussant sensiblement les échéances.

Mais, et l’«initiative citoyenne» alors ? Oubliée! C’est que la démocratie directe, même parodiée, demeure incertaine. Car enfin, qu’arriverait-il si les travailleurs d’Europe, comme ils l’ont fait en France et au Danemark avec le traité de Maastricht et le traité constitutionnel, disaient massivement NON à l’Europe (de Bruxelles, de ses traités et directives)? En Suisse, ils ont bien rejeté l’adhésion à l’EEE malgré l’extraordinaire soutien que lui avait apporté l’ensemble des directions syndicales (USS) et le PSS. Sans parler du référendum que le premier ministre grec, Papandreou, a prétendu «opposer» au mémorandum de la Troïka. La sanction n’a pas tardé, mis dare-dare en demeure de retirer sa proposition (pour le FMI et l’UE l’homme était devenu fou!), lui et son gouvernement sont tombés. Non, rien à faire ! L’UE et la démocratie pour le peuple et par le peuple, ça fait deux !

L’auteur est militant ouvrier.

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