L’aulne noir qui inspira Goethe


Les aulnes noirs sont des arbres un peu mythiques, ne serait-ce que par les paysages sauvages et de  début du monde qu’ils dessinent avec  leurs pieds baignant dans l’eau noire des marais et leurs silhouettes chaotiques.

PAR JEAN-FRANCOIS ROBERT

Ils ont du reste inspiré le poète, en l’occurrence Goethe qui a écrit son “ Roi des aulnes“, repris en musique par Franz Schubert.

L’aulne noir, essence de lumière, porte aussi le nom de “glutineux“ à cause de la viscosité de ses bourgeons pédonculés, violets en hiver. La floraison intervient en février déjà. Les fleurs mâles sont des chatons longs, pendants, alors que les fleurs femelles donnent de petits cônes brun foncé contenant de petites graines ailées. Les feuilles sont plus ou moins rondes, dentées, tronquées au sommet mais avec une pointe descendant sur le pétiole. Dans la campagne, on répandait des rameaux feuillés frais dans les poulaillers pour attirer la vermine, puis on les brûlait !

L’écorce de l’aulne glutineux est foncée, noirâtre et crevassée, s’exfoliant par plaques. Elle est fébrifuge et sert à fabriquer la teinture noire des feutres. On en tirait aussi de l’encre par macération avec de la limaille de fer. Par ailleurs, riche en tannins, elle servait aussi au tannage des peaux. Les racines ont la propriété d’enrichir le sol en nitrates.

Le bois fraichement coupé prend une magnifique couleur rouge orange par oxydation au contact de l’air. Il est imputrescible, utilisé par les sculpteurs et les tourneurs pour la fabrication de petits objets ménagers. Comme il prend facilement les teintures, on l’utilisait volontiers  pour imiter l’ébène. En outre, il était le bois par excellence pour la fabrication de la poudre noire. C’est un combustible apprécié des boulangers et des verriers car il brûle en dégageant beaucoup de chaleur et peu de fumée. Enfin, on employait les rejets de souche pour la fabrication des échelles.

L’aulne noir a des cousins qui sont d’une part l’aulne blanc, qui doit son nom à son écorce grise et lisse. C’est un arbre qui fuit le marais mais longe volontiers les cours d’eau ; l’aulne vert d’autre part, qui est un arbuste buissonnant de montagne, de 3 à 12 m de haut, à feuilles vertes luisantes, colonisant volontiers les couloirs d’avalanche, car il a la faculté de se coucher sous le poids de la neige pour se relever au printemps.

L’aulne est souvent désigné par le terme de “verne“, mais chez nous, le mot désigne principalement l’aulne vert. En toponymie, ce terme est à l’origine des “Vernet“ ou des “Verneuil“.

Article publié en collaboration avec l’ Arboretum national du vallon de l’Aubonne

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