Séquelle de 2013


Les rites du passage de l’An ont évolué dans les médias.

PAR PIERRE KOLB

De plus en plus, les bilans sont raccourcis, au profit de la rubrique «Ce qui vous attend l’année prochaine». On a basculé dans la frénésie du futur.

Encore faut-il constater des différences entre les médias papier et les télévisions. Dans les premiers, les rétrospectives ont été réduites au service minimum, on n’y investit plus guère. Ce qui est arrivé hier est tellement loin. Sans doute est-on tenté par le même rejet du côté des TV, mais la nécessité de faire des économies a des effets contraires, en conservant tout leur attrait aux rétrospectives, qui offrent les images sans dépenses de production.

Cette dérive des médias écrits obnubilés par un futur qui ne mange pas de pain a un corollaire: on ne fait plus le point au passage de l’An. Où en est-on? Question incongrue lorsque ce qui vient d’arriver a déjà passé aux oubliettes.

Pourtant tout n’était pas à jeter dans cette année 2013. N’oublions pas si vite, par exemple, cette arrestation en Italie d’un directeur d’UBS, intéressant accroc à l’impunité bancaire suisse observée jusqu’ici. Ce n’était pas par plaisir que dans ce site, après 2008, lors de bilans politiques annuels, un constat désabusé devait être fait: Marcel Ospel n’avait toujours pas fait un jour de prison. Ospel, rappelons-le parce qu’il n’a pas ménagé sa peine pour se faire oublier, était le grand patron d’UBS dans les années des pires turpitudes connues, et avait dû être débarqué de la direction au moment du sauvetage de la banque par la Confédération. Sans être le moins du monde inquiété par la justice.

Scandale, bien sûr. Scandale que ces lois faites pour protéger des activités financières crapuleuses et empêcher de se retourner contre leurs auteurs. Le rappeler d’année en année avait ce mérite de lutter contre un oubli un peu facile, mais la démarche restait d’une portée dérisoire. N’aurait-il pas été plus réaliste de dire dès le début qu’il ne serait jamais inquiété? On ne dit jamais jamais, et même si la déliquescence institutionnelle fédérale lui restait favorable, il valait mieux penser que le vent risque tout de même de tourner un jour. Survenue en cette année 2013, l’arrestation puis l’extradition sur demande des Etats-Unis de Raoul Weil, inscrit sous son nom dans un grand hôtel de Bologne, semble annoncer ce tournant. Du flou reste au sujet de sa démarche, où il donne l’impression de s’être jeté dans la gueule du loup: de la pure inconscience? Ou un acte fondé sur de secrètes mais fallacieuses assurances? Ou motivé par la recherche d’une porte de sortie négociée? La suite le dira peut-être. Il reste qu’une preuve est apportée que ces gens, habitués naguère à parcourir le monde pour leurs affaires, ne sont plus en sécurité en dehors de leur cage dorée helvétique. Et que des magistrats – mais pas des magistrats suisses – s’efforcent de faire régner la justice dans la finance. Il y a progrès.

On aurait certes pu, à propos de 2013, évoquer des événements moins réjouissants tels l’échec de l’initiative 1:12. Le président du Parti socialiste suisse a cru bon positiver l’affaire en insistant lourdement sur le fait que la jeunesse de son parti avait réussi à contraindre la droite au débat et même créé une norme «morale» de référence des hauts salaires. Echappatoire. La Jeunesse socialiste a certes réussi l’exploit d’entraîner son parti dans un combat qui a fichu la frousse aux requins de la droite. Mais ces derniers doivent bien rigoler, aujourd’hui, d’avoir pu mettre leurs butins à l’abri en faisant contrer à très grands frais l’initiative 1:12. Au demeurant, ce fut un classique des campagnes de votation antisociales, bourrées de mensonges. On verra si les tirs d’artillerie contre l’initiative pour un salaire minimum seront calibrés de la même manière.

En attendant, il eût fallu que l’écart entre «non» et «oui» à l’initiative 1:12 soit moindre pour permettre de tout de suite rebondir. Faute de quoi l’année 2013 aura laissé cette séquelle. 
N’empêche! C’est sur ce plan des écarts de salaires et de revenus que la problématique sociale est la mieux posée, et à cette aune qu’il faudra la remettre sur le tapis. Mais après avoir progressé sur les salaires minimaux, puisque là se profile le prochain enjeu, et donc nos espoirs.

Article paru dans «Courant d’Idées».

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