La grande hypocrisie de la République des amours, hier comme aujourd’hui


J’ai trouvé chez un ami libraire un livre dont le titre est explicite: “Les artistes AU BORDEL”, de Hervé Manéglier. 

PAR BERNARD WALTER

«Ah, me dis-je, peut-être que là-dedans, je vais trouver quelque chose!»

Et de fait, ce livre permet de prendre la mesure de la grande hypocrisie de la société bourgeoise du 19e siècle. Ceux qui ont voté tout récemment les dispositions visant à sanctionner les clients de la prostitution en sont les dignes successeurs, eux pour qui un Strauss-Kahn était promis à la Présidence de la République Française, alors même qu’ils savaient bien le grand consommateur d’amours achetées qu’il était.

Le livre est consacré pour la plus grande partie aux artistes du 19e siècle. L’auteur fait un «portrait de moeurs» très brillant et bien documenté d’une société dont les acteurs sont des piliers de nos dictionnaires et des programmes scolaires des gymnases de France. Il puise en particulier abondamment dans les correspondances de ces artistes, là où sont  livrés les petits secrets que la bonne morale ne voudrait pas connaître.

Elles sont là, ces icônes de la culture française, avec en première ligne du front Musset, Flaubert,  Delacroix, les frères Goncourt, dont année après année le prix célèbre la mémoire, Alphonse Daudet, et bien d’autres encore.

Si ces messieurs se contentaient de leurs multiples visites au bordel et des syphilis qu’ils pouvaient y récolter, dont certains mouraient… Mais ce que le livre révèle surtout – et avec quelle crudité! -, c’est la mentalité brutalement machiste de ce monde-là, c’est la chosification de la femme, le manque cruel de respect et de tendresse, qui est le miroir d’une relation à soi dégradée. Alors après… que signifient ces oeuvres où ils donnent «le meilleur d’eux-mêmes», où le mot d’ordre pour les simples citoyens que nous sommes, c’est d’en admirer les auteurs comme des demi-dieux?

Aragon fait sa promenade nocturne aux abords de l’Opéra de Paris. D’un bordel sort un client. «Un monsieur très digne, vénérable. Il laisse la porte ouverte derrière lui. Tiens, il y acheté une pochette rouge, ah non! c’est la Légion d’honneur.»

Oui, il faut les voir, tous ces vénérables! Il faut voir les portraits de ces icônes, que ce soit sous forme de peinture ou de photographie, leur air sérieux, distingué, compassé, habillés comme le bourgeois doit.

Alors ce que disent nos hypocrites du jour, nos Hollandes et les cortèges de parlementaires qui leur font suite:

«A l’amende, toute cette racaille!»

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