Le cynisme du PDG de Credit Suisse


Le titulaire de cette chronique a-t-il été injuste envers Evelyne Widmer-Schlumpf?

PAR CHRISTIAN CAMPICHE

La semaine dernière, votre serviteur, jugeant que la ministre des Finances s’était discréditée auprès de la place bancaire, demandait son départ. Or une poignée de lecteurs a pris la plume pour défendre la Grisonne, laquelle incarnerait plutôt «un réalisme politique après des décennies de soumission au secret bancaire». Face aux Etats-Unis, Mme Widmer-Schlumpf ne saurait donc être tenue pour responsable des actes de banquiers qui sont assez grands pour se défendre tout seuls.

Qu’il nous soit permis, au contraire, d’en rajouter une couche. L’Etat suisse est quand même, en partie du moins, responsable des actes des banquiers, dans la mesure où il a cautionné – officiellement, c’est toujours le cas – le secret bancaire, une pratique que les Suisses continuent de plébisciter.

Le problème est donc moins de savoir si la ministre défend bien ou mal les banquiers mais plutôt de se demander pourquoi la Suisse dénonce, au premier coup de canon, une clientèle à qui l’on avait promis l’anonymat en vertu de ce même secret bancaire.

Il faut savoir ce que l’on veut, d’autant que les grandes fortunes n’ont pas partout les mêmes inhibitions. D’Afrique ou du Moyen-Orient, elles continuent d’affluer vers les coffres helvétiques. Etait-il nécessaire de paniquer en livrant en pâture au père fouettard américain les noms de dizaines de gestionnaires de fortune qui sont autant de boucs émissaires?

Ce faisant, Berne ne fait rien d’autre que protéger le sommet de la hiérarchie bancaire, celle qui, à l’instar du PDG de Credit Suisse, se lave les mains de toute implication dans l’assistance à l’évasion fiscale, jetant l’opprobre sur ses propres employés. Une attitude lâche et cynique.

Chronique parue dans GHI du 5 mars 2014.

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2 Responses to “Le cynisme du PDG de Credit Suisse”

  1. Michèle Herzog 6 mars 2014 at 18:38 #

    Cher Monsieur,
    Il existe plusieurs cas distincts. Les actes réalisés en Suisse soumis au secret bancaire et qui sont paraît-il légaux d’après les lois suisses. Mais illégaux concernant les clients américains, car ces derniers doivent déclarer leur fortune au fisc des USA même s’ils vivent hors des USA. Ce que les banquiers suisses ne peuvent ignorer, ni les clients américains. Ensuite il y a le cas des actes réalisés sur le sol des USA pour traquer des clients américains et les aider à à optimiser leur fraude fiscale. A mon avis Mme Evelyne Widmer-Schlumpf n’est pas du tout responsable des actes des banquiers suisses concernant les clients américains. les banquiers suisses savaient parfaitement quels risques et problèmes ils encouraient. Le problème: Ils refusent d’endosser leurs responsabilités et le cas de M. B. Dougan devant le Sénat américain l’a encore démontré. Meilleures salutations.

  2. Goupil 7 mars 2014 at 00:24 #

    La direction de la banque impose une pratique aux employés. Berne autorise la “livraison” aux Etats-Unis de ces mêmes employés. Le PDG de la banque lâche les employés. Berne ne favorisera pas la “punition” du PDG. Est-ce cela, la justice? Le légalisme, on l’aime tous, mais il s’inscrit dans une vision idéale de l’univers. Malheureusement la réalité est dominée par des rapports de force. Les règles du jeu ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Vu que le secret bancaire se pratique aussi sur le territoire américain, qui abrite ses propres paradis fiscaux, pourquoi la Suisse devrait-elle avoir mauvaise conscience? Or elle cède au premier coup de semonce, faisant le beurre des Etats-Unis qui mènent une guerre tous azimuts pour garder la suprématie dans le secteur financier. On est des enfants de choeur ici.

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