Les croisés de la cigarette électronique


On devrait toujours tourner sept fois sa souris dans la main avant d’écrire une chronique. 

PAR MARC SCHINDLER

Je viens d’en faire l’expérience en consacrant un billet à un article du “New York Times” sur les dangers de la cigarette électronique, l’ecig, pour les initiés. Dans quoi ai-je mis les pieds? C’est vrai que le titre du grand quotidien new-yorkais était provoquant: «Vendre du poison en fût: la nicotine liquide pour les cigarettes électroniques». Je m’attendais à quelques commentaires acides des amis de la cigarette électronique. Mais pas à cette mise en cause indignée par un scientifique français, Jacques Le Houezec, dont j’ai eu le malheur de citer une violente attaque contre l’OMS, coupable à ses yeux de demander l’interdiction de la cigarette électronique: «c’est une position, moraliste, jusqu’au-boutiste des personnes en charge du contrôle du tabac. Leur rêve c’est d’éradiquer le tabagisme, pas de sauver des vies. Ce n’est pas l’OMS qu’il faut accuser, mais les soi-disant experts qui la conseillent.» Aux yeux du Dr Le Houezec, mes doutes sur les bienfaits de la cigarette électronique relèvent de la mauvaise foi et ne font que «contribuer à la mauvaise image que la presse a tendance à entretenir par ces polémiques stériles.»

De quoi me suis-je mêlé? J’ai osé mettre en cause un expert, un consultant pour l’industrie pharmaceutique et le secteur public dans le domaine de la dépendance au tabac. Il dirige le site de la Société pour la recherche sur la nicotine et le tabac, qui encourage la recherche sur la prévention du tabagisme, dont le budget est financé en partie par des laboratoires pharmaceutiques. Un spécialiste reconnu qui ne fait, selon son blog, que «défendre un produit qui pourrait bien délivrer l’humanité du fléau du tabagisme, ce que toutes les tentatives antérieures, tant pharmaceutiques, que politiques ont échoué de faire. Il est étonnant de voir à quel point certains journalistes, et je ne parle pas des politiques comme on a pu le voir récemment avec la Directive tabac, s’acharnent à tuer dans l’œuf un produit qui révolutionne l’arrêt du tabac.»

Le Dr Le Houezec est effectivement un «tabacologue un peu particulier». Il milite pour la libéralisation de la cigarette électronique et ferraille vigoureusement contre la directive tabac de la Commission européenne, à grand renfort de statistiques et d’avis scientifiques, il participe à des colloques et à des conférences et diffuse largement les avis du lobby de la cigarette électronique. Bref, le scientifique se fait le champion d’une noble cause: combattre tous ceux qui doutent des bienfaits de l’e-cigarette. Un expert dont l’indépendance ne saurait être mises en cause: cela ne devrait en rien affecter ma prise de position sur la e-cigarette (que je préfère appeler vaporisateur personnel pour l’éloigner encore plus du tabac), bien au contraire, puisque je refuse qu’on l’assimile à un médicament, ce qu’elle n’est pas, pas plus qu’elle n’est un produit du tabac». Son indépendance affichée ne l’empêche pas de soutenir l’Association indépendante des utilisateurs de cigarettes électroniques, le Collectif des acteurs de la cigarette électronique, Cigarette Electronique R & D, Ma-cigarette.fr. En bref, le lobby de l’e-cigarette qui «représente plus de 60 membres (fabricants, industriels, distributeurs), 58 sites internet commerciaux, près de 239 boutiques spécialisées, 12 800 points de vente représentant plus de 2000 emplois et 1,5 millions de consommateurs.»

Ces vaillants défenseurs des vapoteurs veulent proposer leur «contribution à l’élaboration d’une réglementation qui tienne compte de la réalité du secteur et de ses enjeux au profit des consommateurs.» Ces preux chevaliers de la cigarette électronique lancent même une «initiative européenne pour le libre vapotage» pour s’opposer à toute réglementation de leur business qui ne profiterait, selon eux, qu’à l’industrie du tabac et aux buralistes. Ah, les braves gens, qui n’ont bien sûr pour seule motivation que la santé publique! Ils ont vite compris, comme les industriels du tabac, comment «organiser le détournement de la préoccupation citoyenne au profit de la défense de leurs intérêts».

Il faut rappeler que, selon la directive européenne adoptée le 26 février, la cigarette électronique sera interdite de vente aux mineurs et fera l’objet de restrictions publicitaires. Par ailleurs, les emballages et les flacons de recharge afficheront des avertissements tels que: «La nicotine contenue dans ce produit crée une forte dépendance». L’ecig sera assimilée à un produit du tabac et pas à un produit de sevrage du tabagisme. Quelle différence ça fait? Un produit du tabac est taxé à 20% de TVA et il est vendu par les buralistes; un produit de sevrage tabagique est un médicament astreint à 2,1% de TVA et vendu en pharmacie, ce qui plomberait les comptes de la Sécurité sociale. La France a deux ans pour adapter sa législation, des milliers d’emplois sont en jeu. Vous comprenez mieux les enjeux de cette affaire de gros sous et pourquoi les preux croisés de l’ecig dégainent plus vite que leur ombre contre les méchants journalistes?

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2 Responses to “Les croisés de la cigarette électronique”

  1. Vappycig 27 mars 2014 at 20:47 #

    Partisan de la cigarette électronique , je trouve normal les critiques actuelles sur la dangerosité du e-liquide

  2. Arnaud Nemoz 2 avril 2014 at 13:03 #

    Personnellement, je n’aime pas la forme. Je pense le e-liquide est une méthode de guerre. La forme de ces cigarettes est souvent inconvenante, elles dégagent trop de fumées, ce que je trouve gênant.

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