Genève et la Suisse: pas si simple…


A pleines pages la presse chante les deux cents ans de la réunion de Genève à la Suisse ce mois de juin 2014.

PAR ROBERT CURTAT

Ce qui est vrai en principe restait toutefois loin d’être achevé dans le détail. Ce sera le mérite d’un fin diplomate, Pictet de Rochemont, de ravauder ces frontières éparpillées où le Pays de Gex français à l’ouest, le domaine de Piémont-Sardaigne, au sud et à l’Est coupaient le territoire genevois de la Suisse qui l’accueillait.

Les choses allèrent plus vite du côté français où une demi-douzaine de communes (Vernier, Meyrin, le Grand Saconnex, Pregny, Collex-Bossy et Versoix) qui formaient une enclave entre la Genève de 1814 et la Suisse, rejoignirent le canton par un traité de Paris conclu en novembre 1815.

Cet aboutissement heureux n’était pas du goût d’une partie de l’opinion genevoise qui craignait qu’«un grand nombre de communes à majorité catholique ne fasse basculer la majorité religieuse du canton» (1).

La réunion au printemps suivant de la douzaine de communes que le Piémont Sardaigne cédait à Genève pour favoriser la construction d’un canton d’un seul tenant se passe encore plus mal au regard de la religion comme de la communauté. Bien sûr le gouvernement genevois promet de respecter la religion des habitants mais il ne dispose pas des moyens de corriger une vieille tradition sociale qui voulait que les «familles» de Genève essentiellement calvinistes, disposent dans la campagne proche de confortables maisons qu’elles occupaient à leur gré et qui étaient entretenues à l’année par des domestiques savoyards, donc catholiques.

Compesières offre un bon exemple de cette séparation entre deux groupes humains séparés par la religion et le statut social. Les choses se passent d’autant plus mal que cette réunion des communes implique une nouvelle distribution des hameaux aggravée par la question des communaux. Une recherche historique sur cette communauté (2) indique à quel point cette confusion pèse sur la vie quotidienne qui sépare ceux du «haut» et ceux du «bas» les derniers cités étant largement pourvus en terrains communaux ce qui n’est pas le cas de leurs voisins du haut.

Au-delà des éternelles questions de bornage c’est la question religieuse qui va traîner tout au long du siècle avec un point d’orgue en 1873 où une loi constitutionnelle tente d’organiser le culte catholique contre l’avis quasi unanime des autorités élues. Quarante-quatre maires et adjoints des communes réunies seront révoqués pour refuser d’appliquer ces dispositions. Le point d’orgue de cette bataille est passé à la postérité sous le titre de «baptême à la baïonnette», mascarade d’un goût douteux à porter au débit d’un Conseil d’Etat particulièrement venimeux sur ces questions de religion. Le secteur de Compesières, îlot de résistance aux nouvelles dispositions sur l’exercice de la religion catholique, allait servir de cadre à cette bataille inégale, la résistance des villageois ne pouvant rien contre la puissance de feu d’une compagnie de carabiniers, deux compagnies de chasseurs et un peloton de guides. Cet événement marquait l’apogée d’une crise allumée au début du siècle, à l’époque des communes dites réunies.

Dont nous marquons aujourd’hui l’anniversaire.

(1) Archives de la commune de Meyrin, F. Beuret, 2010

(2) Bardonnex – passé présent, Editions du Passage, 1982

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