“La Suisse ne pourra survivre sans le soutien coordonné aux pays dans le besoin”


La Fédération interjurassienne de coopération et de développement (FICD) – qui célèbre ses vingt ans cette année — contribue à réduire les injustices et les inégalités, en Suisse et dans le monde. Entretien avec sa secrétaire générale, Isabelle Boegli.

PROPOS RECUEILLIS PAR ROLAND KELLER

La FICD participe à la promotion d’un développement durable, fondé sur le respect de la dignité humaine et la sauvegarde de l’environnement. Pour l’alimentation de son fonds de projets, l’organisation étudie actuellement l’approche d’entreprises privées, soucieuses de solidarité, qui seraient intéressées à collaborer avec elle au financement de projets émanant d’organisations de leur région. De grands débouchés sont prévisibles dans le domaine de l’ingénierie. RK

Votre fédération regroupe une trentaine d’associations basées dans le Jura, le Jura bernois et la région biennoise francophone. Comment se fait-il qu’il y en ait autant dans ce coin de pays?

Isabelle Boegli: En réalité, il y en a beaucoup plus! Il y a quelques années, nous en avons recensé plus de septante pour le Jura et le Jura bernois. Mais, à ma connaissance, il n’existe pas de statistiques à ce sujet et le nombre d’organisations de ce type varie constamment. Il est vrai que les Jurassiens sont ouverts sur le monde. Je pense que cela peut provenir de la situation excentrée de ce coin de pays qui oblige très tôt les jeunes à « s’exiler » pour suivre des études, et aussi de l’esprit revendicatif d’un peuple minoritaire qui ressent plus intensément l’importance d’être solidaire. Il est à noter, par exemple, que le canton du Jura a été le premier à avoir inscrit la solidarité avec les peuples dans sa constitution et mis en place un Service cantonal de la coopération.

Comment assurez-vous le suivi des projets?

La FICD ne mène pas directement de projets sur le terrain, mais évalue ceux qui lui sont soumis pour financement via sa commission technique (CT). Celle-ci est composée d’une douzaine d’experts en développement, spécialistes dans divers domaines et pays du Sud et de l’Est. Le financement du projet fait l’objet d’un contrat qui définit les conditions du soutien, notamment le bon suivi du projet par l’association et la remise de rapports opérationnels et financiers vérifiés à la FICD. Celle-ci garantit à ses bailleurs la pertinence du projet et la bonne gestion des fonds alloués. Manquant de moyens pour suivre les projets directement sur le terrain, elle profite cependant occasionnellement des déplacements de ses experts pour obtenir des rapports externes.

Comment se passe une évaluation?

Pour la première fois cette année, la FICD a financé une évaluation participative de grande envergure d’un projet qu’elle cofinance au Nicaragua. L’évaluation participe à la capitalisation des savoir- faire, l’échange d’expériences entre les ONG et la qualité des projets. Le suivi des projets par la FICD ne concerne que les projets qu’elle finance. Elle offre à tous ses membres la possibilité d’un coaching par ses experts de la CT pour toutes questions en lien avec la gestion de leur association ou de leurs projets. Elle met également à leur disposition des outils de gestion de projets et offre des cours de formation spécifiques à ces problématiques. La FICD pourrait prêter son concours à l’évaluation et au suivi d’autres projets moyennant le financement de ses prestations par le demandeur.

En ce qui concerne votre association, quel est le pays le plus favorable à une aide humanitaire?

Le pays le plus favorable à la mise en place d’un projet de développement doit assurer un minimum de sécurité aux acteurs concernés et une certaine stabilité politique. Dans l’idéal, les autorités locales sont parties prenantes du projet, y collaborent et en assurent la viabilité à long terme.

Quelles sont vos ressources financières?

La FICD a un budget annuel de 225’000 francs pour le déploiement et la mise en place de ses activités de sensibilisation, de formation, de mise en réseau et de promotion de ses associations-membres. Son budget pour les projets se monte à environ 200’000 francs par année. Ses ressources proviennent principalement de la Direction du développement et de la coopération (DDC), des cantons du Jura et de Berne, de la commune de Delémont et de la ville de Bienne, ainsi que des cotisations de ses membres et d’une quinzaine de communes membres soutien. Pour l’alimentation de son fonds de projets, la fédération étudie actuellement l’approche d’entreprises privées, soucieuses de solidarité, qui seraient intéressées à collaborer avec elle au financement de projets émanant d’organisations de leur région.

Quelle importance accordez-vous à une aide technique à l’humanitaire, projets en relation avec la technique: machines, appareils, inventions, systèmes à exploiter dans les pays approchés par vos associations-membres?

La majorité des projets de développement nécessitent des moyens techniques. Ils sont la plupart du temps indispensables à la mise en œuvre des projets. Nous préconisons dans la mesure du possible d’utiliser les compétences locales, mais les moyens manquent souvent et un appui extérieur s’avère nécessaire. Les moyens techniques doivent cependant être bien adaptés aux besoins, aux conditions et aux cultures locales, et accompagnés d’une formation. Leur entretien dans la durée se doit d’être assuré. Les nouvelles technologies liées aux énergies renouvelables sont particulièrement intéressantes et devraient être davantage exploitées dans les projets de développement.

Comment votre fédération est-elle considérée auprès des instances politiques?

La FICD est la représentante reconnue des ONG de sa zone d’intervention. Elle est appréciée pour son professionnalisme, la garantie qu’elle offre en ce qui concerne la bonne utilisation des fonds qui lui sont confiés et son travail de communication. Elle offre un guichet unique et permet aux autorités d’assumer leurs responsabilités dans la participation à la lutte contre la pauvreté dans le monde, par l’intermédiaire du soutien à des projets pertinents.

En quoi la FICD est-elle considérée comme une ONG? Avez-vous une concurrence directe?

La FICD est une association au sens des articles 60 et suivants du Code civil suisse. Le but de cette organisation faîtière est de soutenir ses organisations membres auxquelles elles sont complémentaires. Les fédérations cantonales de développement ont un rôle bien précis dans le tissu des acteurs de la coopération, auxquels elles sont complémentaires.

Quelle est l’importance de la Fédération interjurassienne par rapport au Fédéréseau rassemblant les fédérations des cantons romands et tessinois?

La FICD est la troisième fédération en âge, mais son importance en terme de ressources est proportionnelle à celle de son terroir. Chaque fédération possède son histoire et ses spécificités propres. La FICD est estimée pour son dynamisme et sa faculté de «faire beaucoup avec peu».

Comment voyez-vous l’avenir de l’aide au développement en général (technique en particulier) que notre pays peut offrir à l’international?

Notre pays est réputé pour la qualité de son aide au développement et de ses compétences techniques. La DDC accorde de plus en plus d’importance au partenariat public-privé et l’approche des entreprises fait partie de sa stratégie pour augmenter ses effets sur le développement. Les investissements, les compétences et les ressources de partenaires privés, soucieux
d’assumer leurs responsabilités sociales et environnementales, auront un impact déterminant sur le développement des pays les moins avancés et émergents. Les enjeux sont mondiaux et la Suisse ne pourra survivre sans le soutien coordonné aux pays dans le besoin de toutes les parties.

Éducatrice spécialisée de formation, Isabelle Boegli a travaillé durant une année comme volontaire dans le nord du Rwanda (1989-90), au sein d’une structure communale de formation de la population. De retour en Suisse, elle s’est engagée dans une petite ONG locale et a intégré le comité de la Fédération interjurassienne de coopération et de développement dont celle-ci était membre. Isabelle Boegli occupe actuellement le poste de secrétaire générale au sein de cette fédération. Afin d’asseoir ses compétences en gestion de projets, elle a obtenu en 2008 un diplôme postgrade en gestion de projets internationaux de la HE-Arc. Ce qui l’a amenée à étudier la filière de commercialisation du fromage chez les Peuls, au nord du Bénin, où elle a fait quelques séjours de courte durée dans le cadre de son travail de diplôme. RK

L’auteur est rédacteur responsable de Swiss Engineering RTS, juin 2014.

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