Le billet de Marcus – Tout le reste est poussière


J’ai pensé à toi aujourd’hui lecteur, en travaillant sur le texte de Dostoïevski qu’il consacre au grand Inquisiteur dans les frères Karamazov. Comme le soulignent les analystes on trouve ici une réflexion approfondie sur la nature humaine et des considérations sur la religion. En regardant d’un peu plus près on mesure ce qui sépare les hommes entre eux, certains s’arrogeant le droit de conduire leurs semblables au mépris de la liberté qui a été offerte aux hommes et que ceux-ci auraient «humblement déposée à nos pieds».

Il y a du cynisme, du fascisme dans ce grand inquisiteur qui règne sur Séville. Son obsession de puissance est relayée – c’est récurrent – par sa police qui découvre Jésus mêlé à la foule, parlant aux pauvres et aux prostituées. Immédiatement arrêté il est condamné à mourir le lendemain sur le bûcher. En lui rendant visite le soir avant son supplice le cardinal Carafa – qui deviendra pape sous le nom de Paul IV, ici la légende retrouve l’histoire – lui explique que son retour n’est pas bienvenu, que les générations ont évacué son message parce qu’elles redoutaient le poids de la liberté et qu’il a bien fallu que quelques-uns se sacrifient (air connu) et acceptent de gérer l’humanité en employant trois leviers qui ont traversé les âges: le mystère, le miracle et l’autorité.

Le débat engagé entre les exégètes de ce texte de très haute portée se déroule un peu au-dessus de ma capacité à manipuler les mots savants. Que l’immanence l’emporte sur la transcendance dans ce propos qui relève en fait de l’ignorance – le pouvoir du cardinal est une dérive de la religion– ne constitue pas à mes yeux le meilleur moyen d’aborder cette question.

Que Jésus gêne Carafa et ses émules dans leur exercice de domptage de leurs semblables est une évidence tout à fait compréhensible.

Leur ambition, que Dostoïevski a parfaitement traduite, c’est le pouvoir, rien que le pouvoir. Pourquoi nombre de leurs contemporains engagent-ils, au mépris de leur vie, le combat pour la vérité. Combat d’autant plus impérieux quand ce pouvoir est religieux et qu’il est assis sur une trahison du message.

Ils ont préféré une belle mort à une vie misérable, plutôt que d’être vautrés dans la boue ils ont choisi d’être couchés dans la tombe.

Petöfi, l’un des poètes de la Révolution hongroise de 1848, résume d’une stance ce qui tient les hommes debout là où le grand Inquisiteur voudrait les voir couchés.

La complexité du propos de Dostoïevski ne cache pas l’évidence merveilleuse de ce qu’il soutient: l’Amour et la Liberté sont frères et sœurs, phares jumeaux des hommes dans le minuscule espace de temps où ils vivent avant de mourir.

Tout le reste est poussière….

Marcus

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