L’écologiste P.-E. Neurohr à nouveau condamné pour avoir tenté d’empêcher un avion de décoller


Après avoir travaillé 25 ans dans des organisations écologiques comme Greenpeace, Pierre-Emmanuel Neurohr  ne croit plus à l’efficacité de leurs actions. Il est convaincu qu’un génocide se prépare du fait du réchauffement du climat et qu’il a le devoir d’agir, même seul.

PAR ERIC LOMBARD

Qui ? Pierre-Emmanuel Neurohr (46 ans).

Où ? Aéroport de Roissy Charles de Gaulle.

Quoi ? Il veut que tout le monde comprenne que prendre l’avion, c’est détruire le climat. Et pour se faire entendre, il s’est à cinq reprises mis en travers des taxiways du plus grand aéroport français. Déjà condamné plusieurs fois, il comparaissait à nouveau ce vendredi 5 septembre 2014 devant la 14e chambre correctionnelle du tribunal de Bobigny (93) pour des faits remontant au 5 septembre 2012. C’est pour encore une fois alerter l’opinion qu’il a retardé un vol Air France à destination de Marseille, après avoir cisaillé le grillage de la « zone réservée ».

Un lanceur d’alerte

« L’ensemble des études scientifiques prouvent que d’ici 2030, dans à peine 15 ans, des parties entières de la planète seront en situation de sécheresse quasi-permanente. L’agriculture des pays des régions tropicales et subtropicales, entre autres, va être anéantie, et des dizaines de millions d’êtres humains vont être assassinés. Etant donné qu’il ne s’agira pas de fluctuations naturelles, mais de la conséquence prévisible, planifiée, de la pollution générée par des pays comme la France, ces millions de morts seront les victimes d’un génocide. Toutes les arguties juridiques et sémantiques jamais inventées n’y changeront rien. »

Il était poursuivi pour entrave à la circulation d’aéronef, pénétration dans la « zone réservée » et dégradation de biens (le grillage). Il s’est défendu seul, sans avocat, invoquant la nécessité impérieuse d’agir maintenant pour défendre le bien commun et éviter le génocide dont l’évidence augmente de jour en jour. Il a justifié son refus de se soumettre à une expertise psychiatrique en soulignant que son engagement non-violent était un signe de santé mentale et morale.

Un procès politique, selon l’accusé

L’aéroport de Roissy et la compagnie Air France s’étaient portés partie civile, mais seule cette dernière était représentée à l’audience. Son avocat a réclamé 8000 € de dommages et intérêts pour l’atteinte portée à l’image de l’entreprise, qui fait des efforts en matière de lutte contre le réchauffement et pour le préjudice lié au retard de l’avion. Il a souligné que le transport aérien n’était pas le principal contributeur à l’effet de serre et qu’il faudrait plutôt arrêter les camions sur l’autoroute.

La procureure, jugeant qu’il n’y avait pas de danger imminent et que « le militantisme a des limites », que d’autre part l’accusé était persistant dans l’action et n’avait pas respecté le contrôle judiciaire qui lui interdisait de se rendre à Roissy, a requis une peine de prison de quatre mois dont deux avec sursis et une amende de 500 € pour chacune des infractions.

Après délibéré, Pierre-Emmanuel Neurohr a été jugé coupable des trois chefs d’accusation et condamné à une peine de 2 mois ferme pour entrave à la circulation et à une amende de 600 € pour chacun des deux autres. Il est par ailleurs condamné à verser 1500 € de dommages et intérêts et 500 € de frais de procédure à Air France.

Article paru dans “Ouvertures“.

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