La banque centrale américaine a osé… et elle a eu raison!


Le 28 octobre 2014, la banque centrale américaine (FED) a mis fin à la politique d’achat d’actifs sur les marchés qu’elle avait engagé depuis 2008 et la crise des «subprimes».

PAR ROBERT CURTAT

Formellement cette politique s’inspire du modèle construit à partir de la crise de 1929 par l’économiste John Maynard Keynes et ses nombreux disciples. En baissant les taux directeurs à près de zéro pour cent pour soutenir l’activité et en procédant à des achats massifs d’obligations du Trésor et de créances hypothécaires, la banque centrale a bravé pratiquement tous les interdits que lui opposent les économistes conservateurs. Le rétablissement de l’activité économique qui se lit à travers la baisse du chômage et l’augmentation du taux de croissance lui donne raison.

Que l’économie soit, pour la plupart de nos contemporains, aussi incompréhensible que le chinois des Tang ne change rien à la force de l’événement. Certes ni vous ni moi ne mesurons en milliards de dollars et le sigle intraduisible QE (quantitative easy) restera à jamais au magasin des accessoires. Mais ce qui s’est passé depuis 2008 de l’autre côté de l’Océan, les incroyables et disons-le, sacrilèges mesures aux yeux des économistes traditionnels, constituent un événement qui mérite un arrêt sur image.

Le professeur Adam Smith (1723 – 1790), père de cette science qui touche parfois à la religion (1), a développé un certain nombre de théories. La plus connue c’est celle de « la main invisible du marché » qui permet à chaque acteur de la société de subvenir à ses besoins – gagner sa vie – tout en servant le bien commun.

Ce « laisser-faire » qui devrait conduire au bonheur de l’humanité rencontre sur son chemin un acteur également incontournable: l’Etat qui réglemente, prélève des droits de douane, distribue des subventions. Et s’il le faut, c’est bien ce qui vient de se passer, intervient pour corriger les défauts d’un système naturellement inégal puisqu’il oppose en fait le travail au capital.

Une question demeure

Même en enjambant les inévitables débats, thèses, libelles qui occupent les détenteurs des chaires d’économie de la plupart des universités du monde une question demeure:

Est-ce que le laisser faire, la fameuse main invisible, favorise la croissance économique ?

Professeur à l’université d’Harvard Joseph Schumpeter, un des maîtres à penser de cette science imparfaite qu’est l’économie, ne craignait pas d’affirmer en 1940, donc après la grande crise de 1929:

– «Laissez fonctionner le capitalisme et il déchargera l’humanité du fardeau de la pauvreté».

Cette idée forte portée par des gens qu’on écoute aura pratiquement traversé la fin du XXe siècle et l’aube de celui-ci sans rien perdre de sa force. En pleine crise des subprimes, un porte-voix (2) des conservateurs propose de graver une série de principes entre autres:

– L’autorité gouvernementale doit résider au niveau le plus bas possible;

– La propriété privée est le moyen le plus efficace d’utiliser durablement les ressources.

On peut multiplier à l’infini les preuves de l’aveuglement d’une partie de la société des Etats-Unis. Ce qui donne d’autant plus de poids à l’action que la FED a engagé depuis 2008 avec les résultats évoqués plus haut.

Restent évidement une série de questions non résolues, particulièrement la force, donc la durée du mouvement enclenché par la banque centrale. Et aussi certains déséquilibres aggravés par cette relance.

Des chiffres qui parlent

Regardons d’abord avec le «Monde» (3) les succès de cette politique:

– Le taux de chômage est tombé de 8,1 % de la population active fin 2012 à 5,9 % en septembre 2014. Mieux, le pays devrait enregistrer une croissance de 1,7 % cette année et de 3 % en 2015 alors que tous les indicateurs de production industrielle sont au vert.

D’un mot on peut dire que les Américains du Nord font aussi bien, même mieux que les Suisses!

Avec, il faut le dire, quelques notes discordantes que les conservateurs ne manquent pas de souligner.

– Si le chômage il a bien reculé c’est en laissant au bord de la route un nombre de demandeurs d’emplois qui pourrait peser sur la croissance.

– Les inégalités entre salariés ont été aggravées par la crise. Les petits ont vu leurs revenus baisser alors que les «gros» ont profité de la hausse des cours boursiers.

– Les hausses de salaires sont nettement plus modestes qu’aux précédentes reprises, environ 2 % par an.

– La classe moyenne, moteur économique du pays, tarde à rejoindre les niveaux de consommation d’avant la crise.

Ces ombres au tableau ne doivent pas masquer l’importance d’un véritable succès.

Sans doute possible la banque centrale américaine a osé développer une politique monétaire qui a réussi à la plupart des Américains. Elle a bien mérité le compliment:

– Le talent sans courage ne l’oserait pas.

– Le courage sans talent l’oserait en vain (4).

(1) Le marxisme, autre théorie économique décisive développée par Marx et Engel à partir de 1848, répond d’assez près à cette définition.

(2) Free Market foundation monument – référence Wilkipédia.

(3) Les Etats-Unis à l’heure du sevrage monétaire – 28 0ctobre 2014.

(4) Danton – discours devant le comité éxécutif – août 1792.

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2 Responses to “La banque centrale américaine a osé… et elle a eu raison!”

  1. Lunard / A.R.C Némoz 31 octobre 2014 at 22:13 #

    Malgré ma bonne volonté, je ne parviens pas à croire uniquement en la banque centrale américaine. Pourquoi, je ne saurais le dire.

  2. robert curtat 1 novembre 2014 at 17:33 #

    Théoriquement vous avez raison. Parce qu’ils détiennent l’unique monnaie de référence les Etats-Unis créent une dette aussitôt “mangée” par pays en fort développement qui ont besoin d’asseoir leur économie surs une monnaie universelle.
    Pratiquement j’ai voulu souligner la détermination des dirigeants de la banque centrale des Etats-Unis de passer par-dessus les théories économiques défendues par les milieux conservateurs et oser faire tourner la planche à billet.
    Sans grands risques comme on vient de le voir.

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    Robert Curtat

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