Les seniors et l’informatique


 Comme toutes les nouvelles technologies lors de leur arrivée, l’informatique a suscité chez certains peur, scepticisme voire refus. Elle n’est pourtant intrinsèquement ni bonne, ni mauvaise. Tout dépend de l’usage qu’on en fait.

PAR JEAN-CLAUDE CREVOISIER

Tous ne sont toutefois pas en mesure ou capables de l’utiliser. Certains décident librement de s’en priver. D’autres sont matériellement empêchés de l’utiliser. Une classe d’âge, les seniors, en découvre tardivement la pratique sinon la nécessité. Mais ils peuvent tout à fait apprivoiser l’informatique. S’ils en ressentent le besoin, ensuite s’ils font l’effort d’en apprendre les bases et enfin s’ils l’utilisent assez régulièrement pour entretenir et développer les compétences acquises.

Pour les seniors, il y a plusieurs portes d’entrée en informatique. La plupart du temps, il faut exclure la pression venant d’une activité professionnelle. Ils ont passé l’âge si l’on peut dire.

Mais il y a les contraintes de la vie quotidienne, à savoir les terminaux qui se multiplient sensément pour faciliter la vie des utilisateurs (commande de billets dans les gares, enregistrement automatique de ses achats dans les grandes surfaces, distribution d’essence sans “interface humaine”).

Par ailleurs, pour beaucoup, l’âge de la retraite venu n’entraîne pas une mise à l’écart de tout engagement social. Les relations découlant d’un engagement associatif par exemple, comme simple membre et plus encore comme responsable (président, secrétaire ou trésorier), se conçoivent de moins en moins sans un recours aux outils informatiques (bureautique, courriels, blogs et autres sites internet).

En outre, la mobilité géographique des enfants et plus encore des petits-enfants, la volonté réciproque de rester en contact ainsi que les coûts comme les difficultés, relatives mais croissantes, de la correspondance postale expliquent très souvent l’utilisation par les aînés de la messagerie électronique.

Il y a aussi l’intérêt pour la photographie, facilité par les nouveaux appareils numériques, qui peut inciter les seniors à vouloir recourir aux applications de tri, de traitement et pourquoi pas de partage des images enregistrées.

La pratique des mots croisés ou fléchés, l’organisation d’un voyage et, de plus en plus, la commande comme le payement de biens ou de services (pour ne citer que les usages les plus répandus) sont évidemment grandement facilités par un recours à l’Internet.

À ce stade, on ne s’attardera pas ici à citer la possibilité de partager une passion au travers d’un blog ou d’un site personnel, dans la mesure où cela requiert des compétences un peu plus pointues.

La maîtrise, au moins sommaire, des PC et autres MAC, n’est pas une compétence innée. Contrairement aux jeunes générations, quasiment natives informatiques, les seniors doivent faire l’effort de s’acculturer aux nouvelles pratiques de traitement de l’information.

Cela passe forcément par des formations structurées, car les personnes intéressées ne connaissent souvent que ce mode d’acquisition des connaissances et de développement des compétences. Cependant l’offre en la matière tient insuffisamment compte des capacités de départ des apprenants âgés. Trop de théorie peut-être et souvent un rythme de progression inadéquat rendent une telle approche laborieuse voire décourageante, en un mot inadaptée pour le public en question.

À Delémont, sous l’égide de Pro Senectute qui met ses locaux à disposition, un club d’informatique (le CAID pour Club des Aînés en Informatique de Delémont et environs, fort à ce jour de plus de 200 membres) tente une approche qui se veut originale de sensibilisation et d’apprentissage élémentaire des technologies de l’information et de la communication. Cela passe d’abord, pour ceux qui en ressentent le besoin, par un premier cours d’une douzaine d’heures destiné aux “vrais” débutants. Ensuite, chaque lundi matin, sont proposés tant des ateliers libres (où les intéressés viennent soumettre à des pairs un peu plus avancés leurs problèmes personnels) que des ateliers thématiques et parfois même pratiques (qui permettent d’aborder et parfois de répéter, de façon plus formalisée, des sujets d’actualité). Ajoutons à cela qu’environ une fois par mois, des spécialistes externes viennent informer les membres du club sur l’évolution exponentielle de l’informatique.

La formule du club d’informatique devrait favoriser l’échange et le partage des connaissances acquises. Nous disons bien “devrait” car c’est là que, pour l’instant, “le bât blesse”. La majeure partie des membres est en effet essentiellement demandeuse. Les réponses sont presque exclusivement apportées par les animateurs désignés et par quelques trop rares participants “qui savent, eux”.

On ne trouve pratiquement pas de commentaires écrits sur le blog (http://www.caid.ch) pourtant bien consulté par les membres (les statistiques le démontrent). Presque jamais de questions envoyées par courriel au groupe des animateurs. Sauf lorsque, de temps en temps, cette possibilité est rappelée. Mais l’habitude se perd vite.

Quelques trop rares personnes pensent quelquefois à partager leurs découvertes sur la toile et proposent de les insérer sur le blog.

Pour programmer l’activité du club, les animateurs en sont donc réduits à soumettre aux membres des suggestions sous la forme d’un questionnaire avec des cases à cocher. C’est pour l’instant quasiment la seule façon d’obtenir un retour et des indications sur les attentes des participants.

Et en dehors de ce cercle, les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter sont censés favoriser l’expression de ceux qui y ont ouvert un compte. On est toutefois frappé d’une part par la banalité assez générale des propos qui sont émis (à de très honorables exceptions près). Et d’autre part par l’égotisme de la majorité des contributeurs. L’échange y dépasse rarement la réponse toute faite “J’aime”!

Il y a donc encore du chemin à parcourir pour que les outils informatiques véhiculent des informations systématiquement utiles autant que pertinentes. Et pour qu’ils favorisent vraiment la communication pas seulement “descendante” entre producteurs et consommateurs de contenus.

Courant d’Idées

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