La Grèce dépecée, encore un plan d’aide qui aggrave la crise au lieu de la résoudre


«L’accord» de principe entre la Grèce et les pays de la zone euro visant à négocier un nouveau plan d’aide revient à priver ce pays et de sa souveraineté et de sa fortune publique, tout en imposant plus avant une politique d’austérité garante de dépression économique. On assiste bien à un véritable dépeçage du pays, contraint de «vendre sa vaisselle de famille».

PAR ALDO SCHORNO

Le nouveau plan pour la Grèce devrait porter sur des crédits estimés à 86 milliards sur trois ans, octroyés par le biais du Mécanisme Européen de Stabilité. Ces crédits sont assortis d’un fond de privatisations de 50 milliards, géré par l’autorité grecque, mais contrôlé par l’Eurogroupe. Les entreprises et les infrastructures propriété de l’état grec seront transférées à ce fond en vue de leur privatisation. Le produit devrait aller à raison de 25 milliards aux banques grecques pour rembourser des crédits d’aide et le solde serait destiné à parts égales au remboursement de dettes de l’Etat et à l’économie grecs (on se demande sous quelle forme).

Au lieu de résoudre les problèmes de fond, l’Eurogroupe – sous le leadership allemand qui domine aussi l’Union européenne – persiste à imposer des recettes néolibérales permettant d’acheter du temps pour éviter toute admission d’erreur. L’expérience a pourtant amplement démontré l’inefficacité de ces recettes pour résoudre la «crise de l’euro»  (ou de la  dette publique), qui est en réalité due à l’effondrement financier de 2008 et à l’explosion de la dette publique causée par les sauvetages bancaires et la «grande récession» de 2009-2010. Si l’Irlande et le Portugal, (voire l’Espagne) sont cités par l’Eurogroupe à titre d’exemples du succès de ces plans d’aide – ces deux pays ont bien retrouvé l’accès au marché financier en 2014 et ne sont plus sous les contraintes des plans d’aide – ces succès sont purement financiers et constituent des «victoires à la Pyrrhus». Ils sont payés au prix fort par leurs populations appauvries et par des économies nationales durablement affaiblies. A ce jour, seule l’Allemagne semble bénéficier de l’euro en général et de la politique des plans d’aide en particulier.

Il faut souligner que le refus allemand, notamment de la chancelière Merkel, de reconnaître que la «crise de l’euro» est en premier lieu le prolongement de la crise bancaire et du marché financier a aggravé la situation pendant cinq ans. En 2010, le gouvernement allemand s’est plu à clamer que les déficits des Etats du Sud de l’Europe seraient dus à leur incurie de gestion et au manque de réformes pour améliorer leur compétitivité. Pourtant, la faillite ordonnée de la Grèce (ou des autres pays soumis aux plans d’aide) aurait alors pu être gérée sans trop de dégâts par un moratoire et le rééchelonnement de sa dette. Il aurait suffi pour cela de mettre en place un mécanisme – toujours inexistant – permettant un tel règlement aux Etats membres de la zone euro, voire de définir aussi une clause de sortie ordonnée de celle-ci. Il est grand temps d’admettre les erreurs du passé, mais aussi les défauts de conception de l’euro.

Premièrement, par l’absence de mécanismes institutionnels de liquidation et de sortie, la zone euro se met dans l’impossibilité de faire «demi-tour» et s’engage dans une permanente fuite en avant au détriment d’une réflexion sur des solutions durables et plus équitables pour les populations. Ensuite, l’absence d’une politique fiscale, économique et sociale commune (ou du moins harmonisée) garantit par définition l’instabilité de la monnaie unique, voire même l’interdit. Toutes les monnaies fortes sont nées d’une union politique et économique. Tenter le chemin inverse, c’est par définition une entreprise hasardeuse. En tout état de cause, ce sont avant tout les dénis allemands et les budgets d’austérité imposés sous sa conduite qui ont aggravé l’endettement et la situation économique pour tous les pays sous plan d’aide. Ils subissent des taux de décroissance économique et de chômage qui sont identiques à ceux de la «grande dépression» des années 1930. Le FMI a d’ailleurs admis dans un rapport de juin 2013 que la troïka avait trop tardé à enrayer ces développements par des mesures de relance.

Comme le dernier sauvetage bancaire d’importance en 2014 (celui du Banco Espirito Santo, nationalisé à l’aide du solde disponible du plan d’aide portugais), ce troisième plan d’aide pour la Grèce démontre d’abord que la gestion de la crise depuis 2008 vise toujours en premier lieu à socialiser les pertes et à privatiser les profits. Ensuite, il illustre une nouvelle fois, d’une part,  l’incapacité de la doctrine néolibérale à fournir des solutions à la crise qu’elle a provoquée et, d’autre part, la volonté des autorités à l’imposer encore contre vents et marées aux populations.

 

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2 Responses to “La Grèce dépecée, encore un plan d’aide qui aggrave la crise au lieu de la résoudre”

  1. Schindler 14 juillet 2015 at 17:53 #

    D’accord avec vous,le plan d’aide décidé à Bruxelles aggrave la crise grecque au lieu de la résoudre. Mais le gouvernement grec a aussi sa part de responsabilité : en cinq mois, Tsipras n’ a pas été capable de mettre en place une administration efficace pour prélever les impôts ni un contrôle des changes pour éviter une évasion fiscale de 100 milliards, le tiers de la dette ! Il a réclamé une nouvelle aide de 53 milliards, mais sans fournir des garanties sérieuses et un calendrier crédible sur les mesures qu’il promettait de prendre pour réformer l’économie grecque. Je peux comprendre l’exaspération des Alle,ands, des Finlandais, des Autrichiens et des Slovaques.

  2. Christian Campiche 15 juillet 2015 at 08:39 #

    Mais pourquoi les Etats-Unis applaudissent-ils à tout rompre ce plan qui vise à vendre le patrimoine économique au plus offrant? On dirait que l’Europe, c’est Washington! La question est aussi: pourquoi tenir absolument à éviter le grexit? La Hongrie n’a pas l’euro, son économie ne marche pas plus mal que la grecque, au contraire, et pourtant elle n’a pas de l’or dans son sous-sol. Lire: http://www.lameduse.ch/2015/07/01/zone-euro-le-prix-de-lindelicatesse/

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