«Les bons types américains»


Dans n’importe quel pays, quand un ancien journaliste frustré et parano se venge de ses collègues en les assassinant en direct et en filmant son acte, le gouvernement et l’opinion réagissent en interdisant la vente libre des armes.

PAR MARC SCHINDLER

Pas aux Etat -Unis. On a eu droit aux habituelles lamentations des démocrates: le président Obama a affirmé qu’il avait «le coeur brisé» et il a rappelé que les armes tuaient plus que le terrorisme; Hillary Clinton: «Nous ne pouvons attendre plus longtemps pour mettre fin à la violence des armes». Que va-t-il se passer ? Rien du tout et tout le monde sait pourquoi.

L’Amérique est déjà en campagne électorale pour l’élection présidentielle de… novembre 2016. Et aucun candidat ne prendrait le risque de proposer un vrai contrôle de la vente d’armes. Une majorité des Américains sont d’accord avec le principal candidat républicain, le milliardaire Donald Trump: «Ce n’est pas un problème d’arme, c’est un problème mental. Ce n’est pas une question de lois, c’est vraiment les gens». Un argument ressassé depuis des années par la puissante National Rifle Association: «Ce ne sont pas les armes qui tuent, ce sont les gens». Avec ses millions de dollars de budget et ses soutiens aux candidats pro-gun dans tous les partis, la NRA empêche toute limitation sérieuse du droit pour chaque Américain de porter et d’utiliser une arme, garanti par le second amendement de la Constitution depuis 1789. La NRA a dépensé, en 2014, 1,8 million de € pour influencer les parlementaires et l’administration avec sa trentaine de lobbyistes inscrits auprès du Congrès. Ses 5 millions de membres s’appellent eux-mêmes les «Good Guys», les bons types. Leur manta: «la meilleure arme contre un sale type avec une arme, c’est un bon type avec une arme!» Leur slogan: «Votre soutien affecte des vies et défend la liberté». Les dons commencent à 10€ et les membres bénéficient d’avantages en achetant une voiture, en réservant un hôtel, en faisant leur shopping, en concluant une assurance auprès des pro-gun.

Aux Etats-Unis, on estime qu’un foyer sur deux possède des armes, parfois une dizaine de carabines, de pistolets, de fusils de chasse et d’armes de guerre. Il y a 11 millions d’armes enregistrées aux Etats-Unis, mais dans la plupart des Etats, il n’y a pas d’obligation de s’enregistrer. Pas non plus de contrôle sérieux du casier judiciaire, de la capacité d’utiliser une arme et de la santé mentale des acheteurs. La plupart du temps, il suffit de présenter son permis de conduire, d’affirmer qu’on respectera la loi, de répondre à un questionnaire et d’attendre que le vendeur consulte les bases de données, notoirement incomplètes. Après l’assassinat des deux journalistes, le gouverneur de Virginie a avoué qu’il ignorait que le tueur n’avait pas de permis de port d’arme et qu’il avait un casier judiciaire.

Dans le “New York Times”, Nicholas Kristof rappelle ces chiffres terrifiants: il y a plus d’Américains tués par armes à feu depuis 1968 que de morts sur les champs de bataille dans toute l’histoire américaine. Un gosse a 14 fois plus de risque de mourir d’une balle aux Etats-Unis que dans tout autre pays développé. Le taux d’homicide par arme à feu est 600 fois plus élevé aux USA qu’en Corée du Sud. Chaque jour, 92 Américains sont tués par armes à feu. Pour mettre fin à ce massacre qu’il assimile à un problème de santé publique, il plaide non pour l’interdiction des armes, mais, pour des contrôles efficaces comme pour la sécurité automobile: «Nous avons adopté des ceintures de sécurité, des airbags, nous avons limité les permis pour adolescents, combattu l’ivresse au volant, établi des contrôles techniques» et cela a réduit la mortalité sur les routes. Il affirme que si les Etats-Unis faisait un sérieux effort pour contrôler les armes, la mortalité pour être réduite d’un tiers. Chaque année, 11 000 vies pourrait être sauvées.

C’est le bon sens et on ne comprend pas pourquoi le président et le Congrès ne votent pas enfin des lois pour contrôler les armes aux Etats-Unis. Tout simplement parce que moins d’un Américain sur deux soutient un contrôle des armes. 60% des personnes interrogées estiment que la possession d’une arme rend leur maison plus sûre. Pourquoi les Américains achètent une arme? 60% pour se protéger, 36% pour chasser selon un sondage Gallup. Quand on leur demande s’ils ne font pas confiance à la police, la réponse est toujours: la police arrive après! Le contrôle des armes n’est pas pour demain. Le “Washington Post” révèle que les 15 candidats républicains à la Maison Blanche possèdent ensemble 40 armes, dont des revolvers Magnum, Heckler & Koch et des fusils semi-automatiques. Jeb Bush, le frère de l’ancien président Georg W. Bush, soutenu par la NRA, affirmait en 2003: «Le son de nos armes est le son de la liberté».

 

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