Tribune libre – Mon chauffeur s’appelle Hubert


Depuis maintenant plusieurs mois, les taxis de papa sont débordés par la concurrence effrénée de nouvelles formes de transport en véhicules urbains.

Une société américaine suivie d’autres sociétés de même type ont révolutionné le secteur et se heurtent à de fortes résistances chez les professionnels dits “classiques”. Avant que n’apparaisse ce nouveau service, qui n’a pas pesté contre l’absence de taxis dans les grandes villes, leur faible disponibilité ou bien leur amabilité parfois limitée? Combien de fois me suis-je trouvé face à un chauffeur qui refusait la course car le lieu de ma destination ne lui convenait pas? Bref, la notion de client avait alors totalement disparu car cette position de quasi-monopole permettait tous les excès.

Aujourd’hui, je commande ma course depuis mon portable et quelques minutes plus tard arrive un véhicule confortable avec un chauffeur attentif, poli et sympathique. Et il est d’autant plus sympathique que je pourrai noter la qualité de sa prestation et qu’une série de mauvaises notes sera pour lui une très mauvaise nouvelle. C’est donc le jour et la nuit avec l’ancien système. Bien entendu, les fortes résistances évoquées plus haut provoquent des protestations, parfois des grèves et même aussi des agressions de la part des taxis de tendance canal historique. Le gouvernement est appelé à légiférer ou à mettre le holà à ce que certains considèrent comme une concurrence déloyale.

Mais au-delà de ce qui se passe dans ce secteur, n’assistons-nous pas à la naissance d’un nouveau monde et à la disparition d’un autre? Qui pourra arrêter le tsunami internet qui depuis maintenant une vingtaine d´années a profondément modifié les communications, les actes d’achat et les relations entre les individus? Personne, bien entendu. Il faut évidemment réguler, organiser et contrôler ce phénomène et sa technologie. Mais il est utopique de penser à interdire l’appel à un service par internet sous prétexte qu’il porte tort à une profession donnée. C’est à cette profession de se remettre en question, de se moderniser et de se réformer. C’est au gouvernement de proposer des périodes de transition pour passer de l’ancien au nouveau monde.

Et ce qui se produit chez les taxis se produit aussi ailleurs. Employant un affreux néologisme, on parle d’ «ubérisation» de la société: des contrats de travail allégés ou adaptés, une grande indépendance de l’employé, des charges sociales sans doute revues à la baisse, un circuit court entre le client et le prestataire, une relation différente employeur-employés… autant d’aspects nouveaux qui méritent de réfléchir à une refonte ou à tout le moins une modernisation du Code du Travail. Le transport aérien moyen-courrier a connu cette révolution avec les compagnies dites «low-cost». Les compagnies traditionnelles ont dû s’adapter malgré de fortes réticences initiales et de nombreux arguments que les tribunaux eurent vite fait de balayer.

Dans tous les domaines ou presque, les nouvelles technologies apportent du confort de vie et contribuent clairement à la notion de progrès. Et il y aura toujours de la place pour ceux qui se remettent en question et acceptent cette notion de progrès. Ainsi, mon chauffeur de taxi préféré «à l’ancienne» qui s’appelle Hubert – mais c’est là une pure coïncidence – fait-il depuis peu des efforts louables pour être ponctuel, poli et avenant, le tout avec des tarifs parfaitement raisonnables. Etonnant, non?

Albert Ebasque, Nîmes

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4 Responses to “Tribune libre – Mon chauffeur s’appelle Hubert”

  1. Christian Campiche 26 janvier 2016 at 11:03 #

    La mutation des taxis participe d’un phénomène consumériste mondial alimenté par le mode de vie américain. Le problème est là.
    Les résistances sont compréhensibles même si elles paraissent anachroniques. Les logos de multinationales cotées en bourse envahissent les espaces commerciaux. A Paris, je suis étonné de constater que Starbucks fait le plein de clientèle. A côté, les petits cafés traditionnels, tenus souvent par des maghrébins, ne servent plus que les employés de la voirie.
    Uber ne sera pas le dernier concept à chercher à s’imposer dans la vieille Europe (il a déjà vaincu dans maints pays d’Asie, semble-t-il). Il faut donc choisir et savoir dans quel monde on veut vivre. La génération du tout-facebook ne semble pas avoir trop de scrupules à ce niveau-là.
    Les taxis traditionnels poussent leur chant du cygne avec un succès relatif. Bien organisés, ils savent que le rapport de force ne leur est pas forcément défavorable. Mais c’est provisoire.
    Pour ma part, je pense que l’on ne parle pas assez des enjeux véritables. Qui se préoccupe de l’avenir de l’agriculture? Beaucoup de paysans se suicident, c’est dramatique. Pourtant les solutions existent, qui permettraient de nourrir la planète pacifiquement. Question de mentalité et de volonté. Il faut aller voir le documentaire “Demain”, un film français, d’ailleurs. Il donne beaucoup d’espoirs. Il fait salle comble et les spectateurs applaudissent à la fin. Ce n’est pas pour rien!

  2. heizmann 26 janvier 2016 at 11:16 #

    Ce qui est notable dans ces entreprise technologiques basées sur le développement et l’exploitation d’applications mobiles innovantes, c’est leur totale déresponsabilisation tant en matière sociale vis à vis de leurs “employés” qui n’en sont pas, que de vis-à-vis de leurs client-e-s qui en réalité ne le sont pas puisque les précédents ne le sont pas…
    En revanche, miam, miam les bénéfices, uniquement pour avoir mis en contact un prestataire de service avec un demandeur de ce même service ! Génial, non ?

  3. Albert Ebasque 3 février 2016 at 10:28 #

    Enfin quelqu´un disant des choses sensées sur la problématique Taxis / VTC en France !!!

    http://www.lepoint.fr/economie/taxis-contre-vtc-la-loi-thevenoud-est-inepte-03-02-2016-2014937_28.php

  4. Christian Campiche 3 février 2016 at 15:05 #

    Uber n’est pas le bienvenu en Hongrie non plus:

    http://www.hu-lala.org/uber-nest-pas-le-bienvenue-en-hongrie-non-plus/

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