Brexit: les Britanniques disent tout haut ce que de nombreux Européens pensent tout bas


Le vote au Royaume Uni du 23 juin 2016 est historique.

PAR ALDO SCHORNO

Pour une fois, ce qualificatif dont on aime tant abuser n’est pas trop fort. Ce vote ébranle bien plus le monde politique dans l’Union européenne qu’il ne perturbe les marchés financiers de l’Asie à l’Amérique. La chancelière allemande a commenté le résultat du référendum britannique en reconnaissant qu’il constitue une rupture et un défi majeur au processus d’intégration européenne. Elle en appelle à l’unité des 27 membres restants et rappelle que l’UE aurait apporté la prospérité et la paix à l’Europe. Mme. Merkel s’engage à œuvrer encore pour le bien de la population du plus grand marché unique du monde et demande aux pays membres de s’y engager de même.

Oui, l’Union européenne vient de prendre une claque magistrale. Elle l’a bien cherché en agissant depuis tant d’années en premier lieu en fer de lance des intérêts économiques et financiers et cela au détriment de ceux des populations. Son empressement à se soumettre à la loi de «l’économie de marché» – largement devenu synonyme d’un capitalisme débridé, brutal et générateur de crises récurrentes – et à privilégier la confiance mise dans les marchés financiers a trop longtemps fait fi des besoins économiques et sociaux de ses populations.

Le vote britannique ne manquera pas d’encourager des référendums sur une sortie de l’Union européenne de la France aux Pays-Bas et au Danemark, jusqu’en Hongrie. La dénonciation par les dirigeants européens «populistes» – de gauche comme de droite – et la xénophobie ne suffisent plus à masquer la réalité perçue de plus en plus clairement par les européens: dans un marché du travail libéralisé et soumis à la concurrence globale, la libre circulation des personnes et l’immigration sont co-responsables du chômage endémique et de la pression sur les salaires également dans les pays «riches» de l’UE.

Au Sud, l’on a compris depuis 2010 que les intérêts économiques et ceux des banques passeront toujours avant le souci du bien-être et de la prospérité de la population. Les pays du Nord sont en train d’arriver à la même conclusion sous l’effet du «choc migratoire». A l’avenir, Mme Merkel manquera d’un allié-clé pour s’arroger le rôle de donneuse de leçon de la rigueur budgétaire aux pays membres. Elle devra veiller à ne plus donner d’elle-même, et de l’Allemagne, une image de patronne d’un marché unique sourd à tout discours qui ne relève pas du mantra de l’économie de marché d’obédience néolibérale. L’Union européenne devra réussir sa transformation d’un instrument du libre marché en instrument de l’équité sociale et de la liberté citoyenne. Sa survie à terme sera à ce prix.

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