Lettre de Lima à un ami lecteur – Et si le CIO sanctionnait les pays qui pratiquent l’apartheid sexuel?


Je t’ai parlé de Blair et Barroso, l’autre jour, une autre actu, plus violente cette fois et qui ne doit rien au hasard, a pour scène le sol étasunien.

PAR PIERRE ROTTET

Sans surprise d’ailleurs, dans ce pays qui, pour une – grande? – partie de la population cultive le racisme et une idéologie de triste mémoire. Le pire est que les Américains s’en étonnent, je veux parler de ceux qui ont érigé la culture de la gâchette en une norme entrée dans la normalité d’une vie de citoyen, avec la bénédiction de la majorité des membres du Sénat, plus proches des lobbyistes des armes que le pape du bon dieu, s’il existe. Le pire, disais-je, est que ce petit monde de la gâchette découvre que les flics ne sont pas les seuls à «se faire» des Noirs en les assassinant impunément, mais que parfois un Noir se met à son tour à descendre des flics, pour «tuer du Blanc», comme l’affirme le tueur qui a tué cinq policiers à Dallas. Cela après les meurtres, coup sur coup, de deux Blacks innocents par des uniformés.

J’ai lu peu après la nouvelle mort d’un Afro-américain non armé en Louisiane que plus de 500 personnes avaient été tuées par la police ces derniers mois, dont 123 Noirs (27,3% de tous les morts) et 235 Blancs (52,3%). De la même manière, les victimes hispaniques sont plus présentes: 79 morts (17,6%) pour 8,7 % de la population américaine.

Stupeur, colère… Des manifestants s’élèvent de plus en plus contre les violences policières, pour dénoncer les démons du racisme, en oubliant qu’ils ont toujours été présents. La haine contre l’autre, celui qui diffère du schéma que se trace une certaine société, se creuse. Et le candidat Trump n’est jamais bien loin, comme n’est pas loin la candidate Clinton et son soutien à la guerre en Irak. A ce propos, son contradicteur au sein de son parti pour l’investiture, Sanders, avait du reste stigmatisé cette invasion, en qualifiant la guerre lancée en Irak en 2003 de «pire erreur de politique étrangère dans l’histoire» des Etats-Unis, lors d’un débat entre candidats à l’investiture démocrate à Brooklyn le 14 avril dernier. Bernie Sanders cherchait surtout à pointer du doigt la capacité de jugement d’Hillary Clinton. Cette dernière, sénatrice de l’Etat de New York en octobre 2002, avait en effet soutenu la guerre en Irak proposée par l’administration Bush, comme d’ailleurs de nombreux autres élus démocrates au Congrès.

C’est assez dire que les violences ne sont pas prêtes de s’arrêter au pays de la gâchette. Des armes. D’une société à trois ou quatre vitesses. L’avenir, à moins que ce ne soient déjà ces prochains jours, devrait malheureusement me donner raison. Crois-moi, je ne le souhaite pas!

Je laisse la politique. Enfin, elle n’est jamais très loin, même si j’embouche un domaine où elle devrait être absente. Tu parles. Là, à près d’un mois de l’ouverture des JO au Brésil, j’ai bien aimé la tribune parue dans «Libération», co-écrite par Françoise Morvan, présidente de la Coordination française pour le lobby européen des femmes – je déteste ce mot de lobby que je substituerais volontiers, si j’en avais la possibilité, par la cause des femmes, par exemple -, Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes, Linda Weil-Curiel, secrétaire de la Ligue du droit international des femmes.

Les trois s’en prennent au CIO, qui s’entête à accepter aux jeux l’Iran et l’Arabie Saoudite. Ces deux pays, disent-elles avec raison, oh combien!, pratiquent «un strict apartheid sexuel qui n’a rien à envier à l’apartheid racial de l’Afrique du Sud, qui fut exclue des JO de 1962 à 1992». Il faut, écrivent-elle, exclure l’Iran et l’Arabie Saoudite des Jeux olympiques de Rio. «La fête – de Rio – ne saurait masquer l’injure de la présence de deux pays qui affichent, sans vergogne, un strict apartheid sexuel n’ayant rien à envier à l’apartheid racial des années les plus sinistres de l’Afrique du Sud. L’Iran et l’Arabie Saoudite sont les seuls au monde à interdire aux femmes de pénétrer dans les stades. En outre, l’Arabie Saoudite interdit le sport aux filles dans les écoles et les collèges publics. A Rio, leurs délégations comprendront sans doute quelques athlètes alibis couvertes de la tête aux pieds de l’uniforme islamique imposé aux femmes afin que leur corps soit invisible aux yeux de la foule».

Et d’asséner: «Ces pays bafouent les principes et les règles inscrits dans la charte olympique à laquelle ils ont pourtant souscrit. La pratique du sport est un droit de l’homme. Chaque individu doit avoir la possibilité de faire du sport sans discrimination d’aucune sorte (principes V et VI), et le Comité international olympique (CIO) s’est donné pour mission de promouvoir l’égalité femmes-hommes (chapitre I). Aucune sorte de “démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique” (règle 50-2). Quel crédit donner au CIO et aux fédérations internationales, qui plient face à des exigences n’ayant rien à voir avec le sport et qui briment les femmes?»

Le CIO, écrivent enfin ces trois femmes dans cette tribune relayée par «Libération», a su condamner l’apartheid racial et exclure l’Afrique du Sud des JO pendant trente ans. Tout comme il a su tout récemment suspendre pour cause de dopage institutionnalisé la Fédération d’athlétisme de Russie, et suspendre le Koweït au motif d’ingérence gouvernementale dans les instances sportives locales. Il est temps pour le Mouvement olympique de sanctionner deux pays qui bafouent avec une telle constance le droit des femmes et les règles du sport fondées sur des valeurs universelles. Qu’il ait le courage d’exclure des Jeux l’Iran et l’Arabie Saoudite!

Sport encore. L’Euro de foot a baissé son rideau… C’est bien connu, le peuple a besoin de jeu. Pour lui faire oublier qu’il manque de pain trop souvent. Auquel il risque fort de repenser, une fois la frénésie populaire d’un bonheur éphémère passé. La réalité sait se montrer injuste et implacable pour le bon peuple, smicards trop souvent, qui découvre que le foot n’est qu’une parenthèse, une récréation. Qu’un jeu! Un jeu qui rapporte gros pour les gens qui en font business, et même, oui même pour les joueurs, parfois. Un jeu, certes, mais aussi une indécence. Peut-être as-tu fait le calcul. Dans le cas contraire, apprends, grâce aux calculs effectués avant la compétition par le Centre international d’étude du sport, à Neuchâtel, que les joueurs de l’équipe de France et de celle du Portugal, qui se sont affrontés dimanche passé en finale de l’Euro, valent 1,25 milliard de francs. Oui, on parle de sport. De foot! Je te laisse le soin du commentaire!

Paradoxalement, sans rire, je pense que le président Hollande et son arrogant Premier ministre Valls ont plus perdu dans cette finale remportée par le Portugal que les joueurs et l’entraîneur des bleus. Une victoire française aurait permis à ces deux pseudo-socialistes de surfer ne serait-ce que quelques semaines sur la vague du succès, enthousiasme populaire oblige. De se réfugier au sein d’une parenthèse loin des troubles sociaux et des emmerdes. Et même, oui même, de gagner quelques malheureux points dans l’opinion et les sondages. L’exaltation et les émotions s’éteignent vite lorsque s’en vont rêves et illusion. Contrairement à la grogne sociale, qui s’estompe un peu moins vite, face aux réalités des fins de mois. Les deux compères n’en sont pas à une récupération politique près. Las pour eux, ils devront affronter très vite des échéances. Déchanter plus vite encore. Contrairement à une équipe de France qui a de quoi affronter l’avenir. Avec quelques petites changements. Y compris Benzema, que le sélectionneur Valls n’a pas voulu dans l’équipe des bleus?

Pour terminer et rester dans l’actu, je suis resté pantois, pour ne pas dire médusé, révolté, à la lecture de cette info relayée par le quotidien limeño “El Comercio”, vérifiée ensuite à travers d’autres canaux, agence de presse également. Mais pas trop par la presse quotidienne de langue française à ce jour. Si toi tu as encore la naïveté de penser qu’avec le gouvernement israélien Netanyahu on aura encore la paix dans cet endroit du monde, c’que tu t’gourres mon ami. C’que tu t’gourres. Impossible d’y croire. Il n’y a guère que certains pays qui font hypocritement semblant d’y croire…

Franchement, je n’en croyais pas mes yeux, après la nomination du nouveau grand rabbin d’Israël des armées, en la personne de Eyal Karim. Désigné à cette charge avec le grade de colonel. Ce rabbin avait par le passé, pas si lointain tout compte fait, défrayé la chronique, en sous-entendant que la Torah autorisait les militaires juifs à violer des femmes non-juives. J’ai regardé dans Le Larousse la définition de «rabbin». Je te la donne ici sans y retrancher une virgule: chef religieux, guide spirituel du culte d’une communauté juive. C’est pourtant l’homme, pardon, le religieux que tsahal s’est donné! Il y a 14 ans, ce… Karim affirmait qu’en temps de guerre, le viol de femmes non-juives par des soldats juifs était légitime. Ces propos avaient alors suscité l’émoi, la réprobation d’une grande partie de l’opinion en Israël, tu t’en doutes. Et pourtant…

Réaction immédiate peu après cette nomination: le leader du parti de gauche Meretz, a demandé d’intervenir, tandis que le principal journal du pays, Yedioth Ahronoth, cité par RT en Français, titrait: «Nouveau grand rabbin de l’armée: le viol est admissible en temps de guerre».

Dans les colonnes d’un média religieux juif digital, Kipa.co, ce bonhomme s’était en outre illustré en affirmant que les soldats (ndlr: israéliens) ont la permission de désobéir à des ordres si ceux-ci «contredisent la loi juive» y que «les terroristes ne devraient pas être traités comme des êtres humains. Parce que ce sont des animaux». Sous entendu les Palestiniens…

Le nouveau rabbin aux armées a bien tenté par la suite de diminuer la portée de ces déclarations. Sans convaincre personne. Pour le député Nahman Shai, membre du Parti travailleur, une demande de pardon, à supposer qu’elle arrive, ne saurait suffire. Sa nomination doit être suspendue immédiatement, indique-t-il à la radio publique Kol Israel, citée par une agence de presse espagnole. La même source relève le commentaire de . Interrogée sur Canal 2 de la télévision d’Israël, la députée et ex-ministre de la Justice Tzipi Livni, membre de la formation «Hatnua» (opposition), a été plus péremptoire encore: «Eyal Karim ne peut en aucun cas être rabbin militaire». Cela à la lumière des déclarations émises par ce… religieux.

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One Response to “Lettre de Lima à un ami lecteur – Et si le CIO sanctionnait les pays qui pratiquent l’apartheid sexuel?”

  1. Pierre-Henri Heizmann 21 juillet 2016 at 09:08 #

    Allons, allons, restons optimistes, il n’y a pas le feu au lac! Tout va très bien, Madame la Marquise…

    Je plaisante… en effet M. Rottet, la liste des incuries dans lesquelles notre Monde d’aujourd’hui se complet, est si vaste, qu’objectivement la seule chose à faire, c’est en rire… aux éclats…avant que ça pète!

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