Lettre du Pérou à un ami lecteur – Ces échéances politiques qui pointent en Espagne, en Allemagne, en France, aux Etats-Unis…


Or donc, le monde continue à vivre.

PAR PIERRE ROTTET

Comme si de rien n’était. Enfin, lorsque je dis le monde, à l’exclusion d’une grande partie de cette planète. Je ne te ferai pas l’insulte de te dessiner les régions en conflits, en guerre, la carte des pays qui vivent la violence au quotidien. A coups de malheurs, de bombes et d’attentats. Et de déchirements que des imbéciles ont un jour provoqué. Continuent de provoquer!

Non! Je n’y reviendrai pas, du moins pas dans cette lettre. Tu connais d’ailleurs ce que je pense sur le sujet.

Ma lettre, aujourd’hui, porte sur les échéances politiques qui pointent à la porte de nos actualités. Je veux parler des urnes qui verront défiler durant les mois à venir les Espagnols, pour une troisième fois en un an peut-être, mais à coups sûrs les Autrichiens, les Français, les Etats-Unis et les Allemands. Des échéances, dit en passant, qui pourraient bien ébranler davantage l’Europe, pour ce qui est du « vieux continent », surtout si, en sus, de l’autre côté de l’Alantique, un Trump est élu. Bref, autant d’éléments qui m’invitent à la réflexion. Tiens, voilà encore un terme auquel ne semblent pas avoir accès certains politiciens de la politique au jour le jour. Des gouvernements qui ne voient rien venir.

Tu n’es pas sans savoir que ces prochains mois sont jalonnés de rendez-vous politico-électoraux dans plusieurs pays occidentaux. Alors comme toi, j’observe! Tiens, l’Espagne, par exemple. Ce qui m’étonne, dans ce pays, c’est l’incapacité des mouvements politiques à s’entendre pour faire barrage à l’arrogance de son Premier ministre Mariano Rajoy et à son Parti Populaire (PP), corrompu d’entre les corrompus. Moi, perso, si j’étais citoyen de ce pays, il ne m’en faudrait pas davantage pour me convaincre de la nécessité d’effacer de la scène politique les tenants des nostalgiques du franquisme, nombreux au sein du PP. D’un parti qui traîne derrière lui les casseroles de la corruption, de la tricherie et de la fraude, soutenu par une droite voire une extrême-droite qui remplissent leurs comptes en banque. Sur le dos des braves gens, eux non plus jamais vraiment soutenus par le Parti socialiste ouvrier espagnol… Est-ce que cela t’évoque quelque chose, en France par exemple?

Corruption, tricherie, fraude, décisions iniques? Les exemples foisonnent. Aussi me contenterais-je du dernier en date, avec la nomination, par Rajoy, de son ex-ministre de l’Industrie José Manuel Soria au poste de directeur exécutif de la Banque mondiale (BM), pour représenter l’Espagne au sein de cette si peu recommandable institution. Un Soria qui avait pourtant été dans l’obligation de renoncer à son poste ministériel en avril dernier pour son implication dans les «Panama Papers». Une sorte de susucre donné à ce fraudeur par l’arrogant Premier ministre Rajoy, ami personnel de Soria. En matière de mépris pour ceux qui triment pour joindre les deux bouts, des millions de chômeurs, des laissés pour compte et des 50% de jeunes sans emploi, on fait difficilement mieux. Quel crachat au visage des Espagnols! De l’Espagne d’en-bas…

Reste que, pour une fois, l’arrogant Rajoy s’est vu dans l’obligation de faire marche arrière, de ravaler son toupet honteux. Et sa salive! Face au scandale, le peu recommandable Soria a été dans l’obligation de renoncer à représenter l’Espagne au sein de la BM. On fait difficilement mieux pour se foutre de la g… des citoyens… Des cocus de la «nation», qui pourraient bien se retrouver pour la troisième fois en un an autour des urnes. En décembre prochain.

Le problème, vois-tu, si je puis dire, même si cela ne fait jamais plaisir, c’est pas tellement d’être cocu, mais bien de s’étonner de l’être par ceux qui te cocufient. Par des gens dont les actes, les actions et les vices en matière de corruption et de malhonnête chroniques s’apparentent au plus vieux métier du monde… Et là, je ne parle pas des belles de nuit, mais des souteneurs qui se remplissent les poches.

Le nouvel appel aux urnes, s’il a lieu, n’y changera rien, je le crains, dans cette Espagne privée de ce merveilleux instrument qu’est le balai pour sortir à jamais du jeu politique les arrogants, les tricheurs. A moins de donner le manche à Podemos. Un acte salutaire, pour mettre fin à l’alternance du pouvoir que se partage depuis la fin du franquisme une droite réelle, bien réelle, et une pseudo gauche, caviardée. De salon, dans ce pays aussi. Ce qui est attristant, en cas de nouveau vote, c’est le nombre d’abstentionnistes qui se profile d’ores et déjà. Des gens lassés par le système, certes, mais qui favorisent la position dominante du PP, avec des partisans indéfectibles. Et pour cause. Je constate. C’est tout!

Je passe les cols – j’allais écrire sur les colles – des Pyrénées, puis ceux des Alpes, pour atterrir à Vienne, en Autriche. A un vol – c’est le cas de le dire, n’est-ce pas? – d’oiseau de Madrid. Là aussi, dans ce pays, les citoyens sont appelés aux urnes pour élire un président, le 2 octobre – sauf report de date -, après l’annulation du second tour du 22 mai en raison d’irrégularités constatées dans le dépouillement des bulletins de certaines circonscriptions. Ce nouveau rendez-vous pourrait bien être celui de tous les dangers, politiquement parlant, avec l’arrivée possible voire probable de Norbert Hofer, candidat de l’extrême droite, à la présidence autrichienne. De tous les dangers, disais-je? Pour les Autrichiens, certes, du moins pour ceux qui auront soutenu le candidat écologique Alexander Van der Bellen, mais aussi et surtout pour une Union européenne à la dérive. Qui ne voit plus rien venir depuis bien longtemps déjà. Et surtout pas les événements qu’elle subit à longueur d’année. Sans en comprendre jamais les raisons!

De l’Autriche en Allemagne, un pas seulement. Que je franchis… Dire qu’on a du souci à se faire relève de l’euphémisme. Avec la montée du parti anti-migrants de l’extrême-droite allemande qui vient de battre en Mecklembourg-Poméranie occidentale le parti de la chancelière Angela Merkel. Dans son propre fief. Cela après les poussées de partis d’extrême-droite dans d’autres régions allemandes.

Certes, la montée des mouvements d’extrême-droite est observable dans bien d’autres pays en Europe. Tu les connais aussi bien que moi. Le problème est que ce que vient de vivre l’Allemagne dans des élections régionales se déroule à un an d’une sacrée échéance pour la chancelière dont le trône chancelle dans une Allemagne qui voit sa politique européenne dominante être de plus en plus critiquée dans son propre pays. Ceci dit, il m’étonnerait que ce pays se lance dans une désastreuse aventure. Dans l’immédiat, s’entend. Reste que les grognes aidant, une partie grandissante de l’opinion publique pèsera lourdement dans les urnes pour manifester ses réserves voire plus à l’égard de Bruxelles. Laquelle peut craindre de voir cette même opinion ne plus être encline à donner un blanc-seing aux futurs gouvernants allemands dans le dossier européen. Encore un sacré casse-tête pour Bruxelles, après le Brexit. Une UE qui scrutera d’ailleurs avec angoisse la présidentielle française de mai 2017.

Encore une sacrée échéance que celle-là! Comme moi, sans doute, tu as écouté l’intervention télévisée du chef de l’Etat, en ce début septembre 2016. Discours dans lequel François Hollande se pose en défenseur de la nation. Lui, le guerrier de la nation, qui a enquillé les guerres depuis son élection. Il n’y a plus guère que ses aveugles partisans pour encore s’accrocher à une suite de phrases creuses. Tu connais la fable du lièvre et de la tortue. C’est ce à quoi m’a fait penser son laïus. Qui a mis en évidence, si besoin est, l’incohérence d’un quinquennat de socialistes en col blanc, de professionnels de la politique sortis tout droit des hautes écoles, usurpateurs de l’idée même du socialisme. D’accord, son gouvernement, sur le plan des actes et des incompétences, n’a rien à envier au précédent, celui de Sarko, s’agissant d’une minable et médiocre prestation présidentielle. Ensemble ils ont été et sont les pourvoyeurs des rangs du Font national.

Depuis plusieurs semaines, j’écoute les commentaires sur les primaires à venir, à droite comme à gauche. Les sondages vont dans le sens des blablas. Sauf que l’hypothèse d’une arrivée au pouvoir de Marine Le Pen n’effleure pas «les spécialistes». Qui, à mon avis, comme les politiciens, ne voient rien venir. A croire qu’on exorcise le danger en n’évoquant surtout pas cette éventualité.

Je m’explique. Le président Hollande, avec Valls et consorts, ont creusé la tombe du socialisme, un peu à la manière de François Mitterrand, le fossoyeur du parti communiste. A croire que la mission de Hollande avait avant tout pour but de «moribonder», de «défunter» le socialisme. De torpiller la gauche. C’est réussi. Mission accomplie, donc, pour lui et ses comparses…

Prenons dans l’ordre! La droite débutera ses primaires… Il ne faut pas être devin pour affirmer sans grand risque de se tromper que Sarko ou Alain Juppé tireront l’un ou l’autre le ticket gagnant de ces primaires. Avec des conséquences diamétralement opposées. Je m’explique… On fait un saut de quelques mois en avant à l’occasion des primaires du parti que je peine à écrire socialiste. Là non plus, écartelée, morcelée, éclatée en raison d’une politique suicidaire du pensionnaire actuel de l’Elysée, tout me donne à penser que la personne désignée n’aura pratiquement aucune chance d’être présente au second tour. Largement battu qu’elle sera, quel que soit son nom, au premier tour des présidentielles. Y compris et surtout Hollande!

Le faux-cul Macron? Je n’y crois pas. Il laisse trop de ressentiment derrière lui. Arnaud Montebourg, même en supposant un cavalier seul pour ce dissident de la «gauche socialiste», verra passer le premier tour présidentiel loin du bon wagon. Comme les autres candidats, du Front de gauche aux écologistes en passant par ce qui reste des communistes, bref, la gauche de la gauche, qui n’auront aucune chance. Pas davantage que ne l’aura Mélanchon qui fait bien trop peur, y compris du côté de ceux qui auraient le plus à profiter d’une percée et des idées du tribun…

Même si je me méfie des sondages, tout le monde ou presque s’accorde à dire que Marine Le Pen, qui tire discrètement les marrons du feu depuis un moment déjà des disputes de la classe politique traditionnelle, sera au second tour. En compagnie de qui? Hollande? Impossible. A moins qu’une partie des Français ne tombe sur la tête. Je n’y crois pas. Pas à ce point en tout cas. Un candidat, mais alors un vrai, de gauche, d’une véritable gauche? Impossible! Des verts? Encore moins. Avec moi, tu peux faire le pari que soit Juppé ou Sarko accompagneront la candidate du FN. Je n’ai pas de mal à me dire qu’un duel Juppé/Le Pen verrait le premier largement l’emporter sur la seconde dans la course à l’Elysée. Un boulevard!

Mais, et c’est bien là qu’intervient ma crainte, enfin, ma curiosité, celle dont personne ne veut parler, qu’adviendrait-il d’un duel entre Marine Le Pen et Sarko, dans le cadre d’un second tour? Sarko, au moins aussi mal aimé et peu désiré que Hollande… Hein, qu’adviendrait-il? Et là, vois-tu, je ne suis pas certain que le réflexe «républicain» des Français qui avait joué pleinement en mai 2002 pour porter au pouvoir Jacques Chirac, et ainsi faire barrage à Jean-Marie Le Pen, se répète en mai 2017. Ni que le mot d’ordre anti-FN des régionales de la «gauche» en 2015 ne se renouvelle en 2017. L’impopularité et les affaires que traîne un Sarko louvoyant de plus en plus sur la plates-bandes du FN, pourrait constituer un sacré levier en faveur de la Le Pen. Autrement dit, il m’étonnerait fort que tout ce qui constitue la classe agricole, ouvrière et chômeuse de France glisse un Sarko dans l’urne et que cette classe désabusée consente à suivre des mots d’ordre. Comme ce fut le cas ces dernières années. A moi la peur. Rien, cependant, à comparer à celle qu’est en droit d’avoir Bruxelles. Surtout que la Le Pen a promis un référendum au Français. Style Brexit…

Reste la dernière élection. Qui se jouera aux Etats-Unis dans deux mois, entre l’impopulaire, la froide et hautaine Hillary Clinton, et le dangereux Trump. Là, du coup, les démocrates pourraient bien regretter de ne pas avoir fait le choix de Sanders. La peste ou le choléra en novembre? Personne ne peut nier que la candidate démocrate porte énormément de casseroles derrières elles; dans son soutien à la guerre en Irak, n’a-t-elle pas dans ses mains le même sang que les Bush?

Reste qu’avec l’élection du rustre, de l’arrogant et méprisable Trump, avec le soutien de mouvements d’extrême-droite, y compris du Ku Klux Klan, raciste et d’obédience nazie, qui légitime et banalise quotidiennement la haine, reste, disais-je, que cette élection pourrait mettre dans ses petits souliers le monde politique. En Amérique latine, du Brésil au Mexique, mais aussi dans l’Union européenne. Et bien ailleurs. Un rapprochement Washington-Poutine mettrait de plus à mal la politique à l’égard de Moscou, ces dernières années, de Bruxelles et de la France – pays, dit en passant, malmené par Trump. Une UE d’ailleurs méprisée par le candidat Républicain. Au cas où, je me réjouis par avance de la réaction de ceux que l’Américain a pris pour paillasson dans sa campagne électorale.

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