Oui, je me décide à faire mon “banking out”


C’est dit ou plutôt ce sera dit!

Oui, je me décide à faire mon “banking out”.

PAR MANUEL RUCH

J’ai longtemps hésité mais suivant d’éminentes personnes, j’ose dire enfin: “j’aime ma banque” surtout que je ne suis pas riche au sens des zéros de mon compte. Le reste n’est pas solvable donc peu intéressant ici.

Un pauvre qui aime sa banque? Il est tombé sur la tête! Que nenni, répondrai-je céans, justifiant le crédit que je lui porte:

Qui d’autre que toi, ma chère banque m’aurait prêté les sous pour ma modeste demeure, pour changer mon carosse quand mes 4 chevaux rendirent l’âme? Qui m’aida à m’installer quand mes maigres ressources rendaient illusoire toute cuisine décente, quand lâchement ma Tv fugua vers des cieux cathodiques?

Toi qui chaque mois accueille mes maigres revenus et pourtant effectue mes paiements, toi qui honore mes chèques manuscrits quoi qu’il t’en coûte. Toi qui mets à ma disposition de coûteux appareils jours et nuits y compris le dimanche.

Oui je t’aime parce que même si je suis pauvre, tu garantis sans broncher ma petite épargne jusqu’à ce que le fisc me la pique.

Par contre si j’étais riche, je serais malheureux à voir le peu d’intérêts que tu me donnes. Tu joues à la roulette boursière avec mon fric durement gagné et quand tu perds – enfin quand je perds – ce n’est pas ta faute mais celle du marché. Tu me donnes des conseils dont je me méfie parce que je crains qu’ils soient surtout pour toi une belle affaire. Tu m’autorises des découverts avec la perpétuelle menace de me les retirer et tu me demandes des garanties que je suis obligé de te donner. Tu me stresses et m’inquiètes en permanence.

Quand j’ai commencé mon affaire, tu ne m’as pas beaucoup aidé mais dès que tout alla mieux, pas un jour sans donner de tes nouvelles, pas une actualité commerciale dont tu ne voulus me faire profiter. Même des assurances et des téléphones. Tes attentions furent sans limites.

Pour que je grandisse – enfin mon affaire – tu me prêtas certes mais avec quelles difficultés me reprochant d’aller trop vite, de réussir où d’autres ont échoué, d’être donc anormal pour mieux exiger de garanties et m’imposer un taux plus élevé. Même si je n’ai pas cru un traître mot de tes explications, j’ai accepté. Il faut bien s’entraider entre commerçants. Oui, malgré tes grands airs tu n’es que commerçante. On l’oublie trop souvent.

Après que tu m’aies fait beaucoup perdre dans des magouilles inattaquables, je t’en ai beaucoup voulu, comme un mari trompé. Une banque, mot féminin, ce n’est pas un hasard: une vraie femme infidèle !

Aujourd’hui je te pardonne car je connais le bonheur d’être pauvre à tes yeux et on revient au temps de nos premières amours et aux relevés sans agios intempestifs.

Je peux enfin faire mon “banking out” sans remords ni regrets, sans espoirs non plus, je suis trop vieux pour refaire fortune alors nos relations resteront belles. Alors, malgré tout, je t’aime ma banque.

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2 Responses to “Oui, je me décide à faire mon “banking out””

  1. Michelle 30 mars 2017 at 10:35 #

    Ecrire de manière poétique sur ce sujet, quel talent!
    Tout est dit. La magie de la poésie c’est de ne pas laisser de place à l’aigreur.
    Merci.

  2. pascal auchlin 31 mars 2017 at 14:55 #

    Bravo
    Beau texte très pertinent et sarcastique.
    Entre commerçants comme vous dites faut s entraider.
    Pascal auchlin

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