A la Guerre des boutons, Sébastopol est un boulevard, pas encore l’avenue qui mène à l’Elysée


Vous ne trouvez pas que la campagne actuelle en France a quelque chose de la Guerre des boutons mâtinée d’Alain Souchon (T’va var ta gueule à la récré) et de Charles Aznavour?

PAR MANUEL RUCH

Au début, sous le préau de la présidentielle, les anciens caïds caïdaient, roulaient des mécaniques sous les yeux énamourés de leurs cours respectives, sûrs de leurs futurs triomphes. “Je m’voyais déjà en haut de l’affiche …”. Le petit entraînement des primaires devait servir de tour de chauffe avant “La lutte finale” qui ne serait pas celle que vous croyez. Un coup c’est moi, un coup c’est toi, tu as cinq ans pour jouer, à toi, à moi. Bien sûr, on se bat dans les médias pendant cette mandature, mais c’est juste pour collecter les boutons. La suite est normalement connue. Pourquoi changerait-elle? Le bon peuple alterne, insatisfait et confiant.

Mais la révolte gronde, les serfs protestent, la chasse aux cerfs est ouverte, ça courre de partout. Les chiens aboient, et se mettent à mordre. A droite, Jeanne d’Arc se prostitue pour se refaire une virginité. A gauche, ce n’est plus le grand soir. Pssss, les contraires se repoussent, le vinaigre et l’huile se racontent des salades. Drrrrr, ça sonne bizarrement de l’autre côté, Pousse toi à droite que je sois sur la photo. Le préau n’est plus scindé en deux, il est divisé. “Des factions de généraux félons” prennent le pouvoir de grands corps désarmés. Les caïds sont virés, battus lors des primaires.

Mais qui sont ces rebelles qui sortent l’un comme un prince du bois Saint Honoré, l’autre de l’atlas révolté. Flanc droit, flanc gauche. Le premier est discret, le second est tribun. Qu’importe pensent, méprisants, les tenants du préau, ils n’ont pas de boutons.

Les caïds ont chuté – j’aurais su, j’aurais pas venu – vive les nouveaux rois. Mais les contestations grondent, les lignées divergent de tous côtés, Laval est attaqué, l’amont reste benoît.

Les seconds sortent leurs couteaux. Pas élu le premier? Qu’importe! On veut du renouveau! Le combat de trop? Qu’importe! le peuple est avec moi!

Les condescendances des dauphins se transforment en mépris. Pas de programme clament-ils en chœur! Traître au socialisme, enfin à son parti, hurle le jeune loup juste sevré dédaigné par une partie de la meute. Jeanne d’Arc laisse ses flèches au carquois, sa Jeanne la contrarie, Manneken Pis l’embête. D’escarmouches en banderilles, les vêtements se trouent, les boutons se piquent. De traîtrises en ralliements, les cohortes désunies se reforment. Certains vieux légionnaires ont regagné leurs provinces, leurs villas domaniales, mais SPQR, pardon SPQF est perdu en Terra incognita. Pas de cartes ni de plans, plus de programmes clairs, juste des invectives, des diatribes. On ne chasse plus sur le terrain, on vise les hommes. Lâcheté généralisée.

Seul le Prince Saint Honoré reste digne et marche avec ses troupes. Maintenant il fait peur. Le préau est en jeu. Ceux qui le tenaient semblent à la dérive.

Le Petit Prince et le Tribun écornent les corps d’armées égarés et confus. Jeanne la fausse bretonne reste sur son cheval, crie comme d’Assas, faculté éponyme dont elle est issue “A moi Auvergne, ce sont les ennemis” avant de périr en Prusse des baïonnettes anglaises. Tous fourbes ces étrangers, comme une ancienne antienne monocorde et lassante.

Tous crient “Vive la France” mais chacun sa partition, chacun sa Marseillaise, quelle cacophonie, pauvre Rouget reste sur ton Isle.

Aujourd’hui, rien n’est joué. Les boutons changent de camp et volent et se volent. Le préau est toujours convoité et Mac Mahon peut garder son “J’y suis, j’y reste”. Personne n’y est encore et finalement qui y restera? Sébastopol est un boulevard, pas encore l’avenue qui mène à l’Elysée.

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One Response to “A la Guerre des boutons, Sébastopol est un boulevard, pas encore l’avenue qui mène à l’Elysée”

  1. Albert Ebasque 6 avril 2017 at 08:54 #

    Au Café du commerce, c’est Poutou le plus fort!

    Si Alfred Jarry était encore des nôtres, il aurait certainement apprécié le récent débat télévisé entre les onze candidats à la présidence de la République Française.

    Onze candidats dont six sont quasiment inconnus du grand public, et parmi eux Philippe Poutou, représentant du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) et simple ouvrier chez Ford. Ce dernier en est à sa deuxième campagne présidentielle, ayant recueilli 1,15% des suffrages en 2012. Face à lui en 2017, dix candidats quasiment tous professionnels de la politique, à l’exception notoire de Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) dont au passage on voit mal ce qui la distingue vraiment de son collègue du NPA au niveau des idées. Seconde campagne aussi pour elle et 0,56% des voix en 2012. Elle est la fille spirituelle de l’inoubliable Arlette Laguillier.

    Bref, les sondages, même imparfaits, étant la seule technique permettant avant une élection de mesurer la notoriété et les intentions de votes, il y a donc cinq «grands candidats» que tout le monde connaît et six autres que l´on découvre ou bien que l´on redécouvre. Or chacun des six «petits candidats» n’ayant strictement rien à perdre car sachant pertinemment qu’ils ne seront jamais élus, peuvent quasiment tout dire et tout faire : ils auront toujours les rieurs de leur côté… On ose à peine imaginer ce qu’un Coluche aurait eu comme succès s´il avait participé à un tel débat! Il aurait explosé l’audimat et sa cote de popularité aurait atteint des sommets exceptionnels. Mais les électeurs doivent choisir un président de la République et non pas un clown, même si le monde politique ressemble parfois à un grand cirque.

    Ainsi, il n’est pas certain que ce type de débat soit le signe d’une grande avancée démocratique. Car les dés sont pipés. N’importe quelle femme ou n’importe quel homme politique, fût-elle ou fût-il exemplaire et irréprochable, sera totalement démuni face à un langage simple ou simpliste du style «y’a qu’à, faut qu’on ». Car ce type de débat ne permet évidemment pas d’approfondir les sujets et de saisir la complexité des situations. Un exemple concret: quand Poutou propose l’interdiction des licenciements, le politique responsable doit-il lui faire remarquer que si tel était le cas plus aucun industriel ne viendrait investir en France? Non, certes, car la réponse est évidente. Mais pour certains électeurs, Poutou marque des points par l’audace de son programme… qui heureusement pour nous et pour nos enfants ne verra jamais le début d’une application. Nous sommes donc avec deux sous-groupes au sein d’un même débat: celui des «multi sujets» qui sont capables de balayer l’ensemble des problèmes de la nation et celui des «mono sujets» qui, eux, analysent les situations via un prisme déformateur comme l’anticapitalisme pour Arthaud et Poutou, la lutte contre l’oligarchie financière pour Cheminade, la sortie de l’Europe pour Asselineau et la vie des campagnes pour Lassalle. Un peu comme un arbre de l’obsession qui viendrait cacher la forêt des multiples préoccupations dont la vie politique est normalement en charge…

    Deux sous-groupes entre lesquels s’établit un dialogue de sourds qui rend donc ce type de débat stérile et improductif. L’inspecteur des finances tombe alors de son piédestal devant l’ouvrier frondeur et cela fait plaisir au bon peuple qui voit là une revanche – furtive – de la base sur les élites. L’ancien premier ministre est à court d’arguments face aux remarques acerbes et lapidaires du citoyen de base qui a son heure de gloire auprès d’une partie des spectateurs. Fort bien. Mais, encore une fois, que retirer de ce type de confrontation compte tenu des enjeux considérables pour le prochain quinquennat? Il est peu vraisemblable que les électeurs aient changé d’avis en fin de soirée: trop de diversité dans les propositions, trop d’incohérence dans certaines positions, trop d’imprécisions dans certaines réponses. Nous aurons donc passé un long moment à voir et écouter deux femmes et neuf hommes que presque tout oppose, mais il n’est pas certain que quiconque puisse dire qui sont les gagnants et qui sont les perdants. Chacun et chacune aura gagné sur un registre mais aura aussi sans doute perdu sur un autre…

    Quant à notre ouvrier de chez Ford, la presse est unanime: il a crevé l’écran! Même la Marine était aux abois et fut déstabilisée lors du passage d’anthologie sur l’immunité parlementaire, Poutou lui envoyant dans les gencives qu’il n’y avait pas d’immunité ouvrière… Dans l´inconscient collectif, il y a donc fort à parier que le plus modeste aura marqué des points face aux pros de la politique l’espace d’un débat de plus de trois heures. La prochaine fois, je propose d’organiser une rencontre au Café du Commerce avec le représentant du NPA car il est vraiment trop fort. Surprenant, non?

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