A propos de l’élection présidentielle en France


Ce qui se passe en France nous concerne tous.

PAR BERNARD WALTER

Cette élection représente un baromètre social qui va largement au delà des frontières françaises, et elle pose en même temps crûment la question de l’avenir de l’Europe.

Elle soulève un grand nombre d’interrogations à propos de l’ensemble de nos sociétés occidentales. Elle fait directement suite à l’élection de Donald Trump aux USA, et son résultat va se révéler crucial pour les prochaines années dans le monde. Ce qui se passe actuellement dépasse toute possibilité d’analyse, la réalité échappe à la raison.

Ce que je livre comme considérations ici est un ensemble de réflexions personnelles que j’essaie de structurer, sans avoir toujours l’impression d’y parvenir.

Jamais on n’a vu une élection aller à ce point dans tous les sens, impossible de ne pas le voir.

Ce qui se passe sur la scène française est bien évidemment le reflet de l’état actuel du monde où tout semble être désordre, où plus aucune prévision ne peut se faire à moyen ou à long terme, ou même le court terme est complètement aléatoire.

Pour cette élection, le nombre de paramètres incertains est tel que les pronostics sont vains. Et pourtant, jamais une campagne n’a autant fonctionné sous les projecteurs des sondages. On peut se poser la question du sens de ces sondages, de leur finalité. Quoi qu’il en soit, ces sondages donnent sans doute des indications, mais même ceux qui y travaillent le plus sérieusement seraient dans l’incapacité de miser un centime sur le résultat final.

Cette élection représente un indicateur social de premier ordre, un baromètre de la situation des gens.

Or nous nous trouvons dans une situation de telle incertitude générale que les gens du peuple ne savent plus vraiment à quoi se fier. C’est ce qui explique le taux très important d’indécis et d’abstentionnistes potentiels. Et il y a finalement le «raptus» de la dernière seconde, l’impulsion subite et imprévue du votant devant l’urne.

Selon leur position sociale, les gens de la base peuvent osciller entre perplexité et désespoir. C’est ce qui échappe largement aux experts politiques et autres commentateurs de ces élections. Le commentaire sur les différentes prestations des candidats se focalise essentiellement sur la lettre des différents programmes, sur ce que les candidats formulent, sur ce que sont leurs programmes sur le papier et ce qu’ils disent lors de leurs prestations.

Ce faisant, ils ont tendance à oublier les réalités sociales de la majorité de la population, les inquiétudes, les perplexités, voire les désespoirs.

Je pense que les gens qui se trouvent en situation instable (et ils sont nombreux) oscillent pour beaucoup entre deux sentiments.

D’une part un fort rejet du système, qui peut se traduire soit par l’abstention, soit par une quête désespérée de neuf, par le rejet de l’usagé, le rejet de ceux qui personnifient ce système. C’est une dimension très importante de cette élection. On l’a vu aux USA. L’usagé, c’était Clinton, ce qui a donné Trump pour résultat! En France, l’usagé, c’est bien entendu François Hollande, et avec lui les Sarkozy, Valls, Juppé. Alors le candidat doit clamer qu’il est neuf.

Et d’autre part un besoin de sécurisation chez de plus en plus de gens se trouvant dans des situations précaires, qui fait qu’on va se raccrocher à des discours pleins de bonnes intentions et de bonnes promesses.

Ces deux attitudes possibles, rejet et besoin de sécurité, malgré leur caractère contradictoire, cohabitent sans doute chez bien des gens, et donnent au vote son côté très imprévisible.

Cela, les candidats le savent bien. Et ils construisent, façonnent, sculptent, adaptent, arrangent, fabriquent leurs discours et leurs attitudes autour de ces besoins des gens.

Ce qui se traduit par le mot magique de “changement”. Il n’y a plus un candidat qui se réclame d’une continuité du système. Pour ceux de droite, Fillon en premier, le changement, c’est l'”alternance”, c’est mettre les “Républicains” à la place des “socialistes”. Pour ceux de la “vraie gauche” (on ne sait plus quels termes utiliser, tellement le langage a été détourné, tellement ce qu’on a mis dans les bouteilles ne correspond plus aux étiquettes), le changement, c’est un changement des bases mêmes du fonctionnement de la société, c’est une répartition des biens complètement différente, c’est remplacer la concurrence par la solidarité, c’est remplacer la guerre par la paix.

Donc il y a le discours des candidats, qui bien sûr cherchent à se gagner le maximum de voix. Comment évaluer leur degré d’honnêteté, leur sincérité? Comment savoir s’ils disent vrai ou si leur discours est un pur discours de propagande?

Ces candidats, il leur faut convaincre. C’est là que l’image est déterminante. Il n’y a pas que les mots. Il y a la présentation, l’aspect, la manière de parler, le langage non-verbal. Tout cela va se loger dans un mot: le charisme.

C’est ce facteur de charisme qui par exemple explique la descente vertigineuse de Benoît Hamon. Ce gars n’a pas de chaleur, son discours passe par le cerveau et s’adresse au cerveau, et ça ne suffit pas.

Si l’on prend en compte l’ensemble de ces facteurs, comment évaluer les chances des quatre “candidats principaux”, au delà de ce qu’ils défendent comme idées?

Le Pen, c’est le discours sécuritaire. Son atout, c’est de donner un sentiment de sécurité aux gens du peuple, et pour passablement de gens, cela marche. Mais les “affaires” lui ont quand même mis un peu de plomb dans l’aile. Et puis depuis qu’une “vraie gauche”, celle de Mélenchon, refait surface, un retour des couches populaires vers la gauche a sans doute déjà commencé. Jusqu’où ce mouvement ira-t-il ?

Fillon… je ne comprends pas comment il est encore placé dans les sondages. Il est tellement triste et geignant. Entre son programme ultralibéral (dont on n’entend plus parler depuis pas mal de temps) et les “affaires”, je me demande comment les sondeurs procèdent pour en arriver encore à ce résultat. Qu’en est-il dans la réalité ? Jusqu’où l’image de Fillon est-elle détruite ?

Macron! Ce type de la plus pure droite qui roule sous la bannière socialiste et ensuite renie son bienfaiteur Hollande. Ce Macron, à un ouvrier qui lui dit “Je ne peux pas me payer votre costume, moi”, de répondre : «Si vous voulez un costume comme le mien, il faut travailler.» Ce banquier léché qui promène partout son sourire hypocrite, il se permet une telle réponse à un travailleur! Ce politicien dont la clientèle va du communiste Robert Hue aux ultralibéraux Minc et Madelin, en passant par le pauvre alcoolique qu’est Renaud! Cet opportuniste à la tête pleine de vide au sommet de l’Etat français? On croyait avoir touché le fond avec Sarkozy, mais on n’y est peut-être pas encore! Ceci dit, le résultat de Macron est le plus imprévisible de tous. Macron sera-il la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf, sa bulle va-t-elle d’un coup éclater? Ou la peur des gens va-t-elle les faire se raccrocher à celui dont le vide et l’apparence soignée les rassure?

Et puis il y a Mélenchon, dont la remontée depuis quelques semaines est aussi inattendue que spectaculaire. Lui ne baissera pas, en dépit de la propagande que les médias exercent contre lui. La question est: jusqu’où va-t-il parvenir?

Après l’élection se posera toute la question de la recomposition du champ politique. Le parti socialiste est dévasté. Cassé en deux. Les socialistes, parti de bien des traîtres, n’ont pas été capable de soutenir celui que leurs électeurs avaient placé en tête de la primaire. La droite a éclaté. Le centre n’existe plus: Bayrou est passé à la pseudo gauche de Macron, qui dans les faits est une vraie droite. Bref, le chenit général.

Les pôles vont devoir se reconstituer. Pour la droite, ça ne sera pas difficile, l’argent est un solide élément fédérateur. Pour la gauche, ce sera plus problématique.

Mais chaque chose en son temps, ce chapitre, c’est pour un peu plus tard.

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7 Responses to “A propos de l’élection présidentielle en France”

  1. Bernard Walter 22 avril 2017 at 12:24 #

    J’ai oublié de parler des “petits” candidats dans mon article. Je trouve que leur apport a été d’une grande richesse. D’abord, ils ont pu se permettre d’éviter toute attitude ou discours démagogique, ce qui est quasiment impossible à faire pour un candidat visant vraiment la victoire finale. Ce qui veut dire qu’ils pouvaient parler librement, sans avoir besoin de convertir chacune de leurs paroles en nombre de voix gagnées ou perdues. Et puis, sans entrer dans le détail, Lasalle est magnifique, Asselineau a un très beau programme et Poutou a parlé très vrai. Et un très grand moment de la campagne, ça a été, lors de la dernière apparition des 11 candidats, la description par Dupont-Aignan des pressions qu’il a subies de la part de Serge Dassault, propriétaire du Figaro, avec lecture de leur échanges de SMS. Rarement il est donné d’avoir des informations sur le domaine tabou des collusions et pressions lors d’événements de l’envergure de cette campagne électorale.

  2. Bernard Walter 22 avril 2017 at 12:52 #

    Je dois ajouter que nous avons là une démonstration très claire et frappante de la collusion entre la finance (Dassault), l’information (journal Le Figaro) et la politique (Dupont Aignan censuré au profit de Fillon). Le tout étant dénoncé avec force et indignation non pas par un “gauchiste extrémiste”, mais par un homme de droite, Dupont-Aignan donc.

  3. La Méduse 22 avril 2017 at 19:31 #

    Aux électeurs du Front national… mais pas seulement: http://www.partipourladecroissance.net/?p=9315#more-9315
    De véritables alternatives pour demain, telles qu’on les cherche en vain dans les programmes des candidats en tête des sondages.

  4. Albert Ebasque 23 avril 2017 at 16:57 #

    “Et puis, sans entrer dans le détail, Lasalle est magnifique, Asselineau a un très beau programme et Poutou a parlé très vrai”…. Vous avez parfaitement raison : mieux vaut ne pas trop rentrer dans le détail !!

  5. Bernard Walter 23 avril 2017 at 18:07 #

    Excellent, merci, les compliments ça fait toujours plaisir !

  6. Bernard Walter 24 avril 2017 at 08:59 #

    A la Méduse (cf Pardem): Moi qui pensais que Mélenchon était, en l’état, le seul recours, face à Le Pen (!!!) Fillon(!!!), Macron (!!!)… je ne comprends pas la démolition en règle qu’en fait M. Nikonoff, lequel me semble tout savoir sur tout.

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