Le balancier afghan entre guerre et paix


En suivant la guerre en Afghanistan violente et larvée, l’observateur se retrouve dans les arcanes cachés aux yeux du public occidental.

PAR SIMA DAKKUS RASSOUL

On constate le double langage entre les déclarations et les actions des dirigeants du pays. Ce décalage provoque de sévères dégâts en Afghanistan.

Le bilan de l’attentat du mercredi 31 mai 2017, dans le quartier Wali Akbar Khan à Kaboul où se trouvent les ambassades, s’est alourdi. Il reste au coeur de l’actualité afghane. Une partie des proches des décédés sont toujours à la recherche des leurs parmi les corps calcinés.

Les funérailles du jeune manifestant tombé sous les tirs des forces de sécurité, fils du vice-président du Sénat, Mohamad Alam Ezdyar, a vu un grand rassemblement de personnalités dont Abdullah Abdullah et des membres de Jamiat-e-Islami auquel appartient le père de la victime. Au moment de la prière, trois attentats suicides ont eu lieu, fait plusieurs morts et de nombreux blessés dans une assistance nombreuse. Le quatrième attentat a été déjoué de justesse. Ces attentats ont pris d’emblée une dimension politique par la présence même des participants à cette cérémonie de deuil.

Depuis, d’autres tentes de manifestants ont été érigées à Kaboul, au nombre de huit actuellement. Les manifestants exigent toujours la démission du gouvernement et le gouvernement menace de les déloger. En attendant le résultat de ce bras de fer, les routes sont coupées dans la ville. Le palais présidentiel est entouré de containers. Dans d’autres villes, telle que Hérat, d’autres manifestants ont exprimé leur solidarité avec ceux de Kaboul. Et la ville a été la cible d’un attentat devant la grande mosquée. D’autres provinces se sont fait l’écho du mouvement de Kaboul.

Le parlement afghan a délégué un certain nombre de ses députés de différentes provinces pour rencontrer les représentants des manifestants et servir d’intermédiaire entre le mouvement qui réclame des changements et le gouvernement qui reste sur ses positions. Ce dernier vient, après dix jours, d’annoncer une journée nationale de deuil.

Aussi tragiques soient ces événements, l’envergure de la manifestation et ses échos montre la détermination d’une partie de la population, les jeunes notamment, à être entendus dans leur demande de sécurité et de démissions dans l’équipe du gouvernement. La crise est sensible et dangereuse.

Mardi dernier 6 juin 2017, se sont tenues à Kaboul des assises, mise en place par l’Afghanistan, Peace and Security Cooperation, en présence de plus d’une vingtaine de pays du monde avec des représentants de l’Europe, des USA, de l’Arabie Saoudite, de l’Iran, de la Chine, entre autres, pour parler du terrorisme et du processus de paix en Afghanistan.

Ces moyens de sécurité mis en place par le gouvernement afghan montrent bien que ce dernier peut assurer une protection efficace. Pourquoi n’est-ce pas le cas pour les attentats suicides concernant la population? D’autres conférences sur le sujet sont prévues.

Devant cette armada de pays, on voit bien que l’enjeu de cette guerre sans nom est international. Dès lors, il est logique de se demander pourquoi malgré la présence de l’Otan, des soldats américains et autres soutiens, le pays reste un terrain de guerre? Et que de surcroît elle s’amplifie.

Les médias afghans ont fait état, images à l’appui, d’un camp d’entraînement de Daesh dans la province de Ghor. On y parle arabe disent les témoins et on y entraîne des combattants de tous âges. La «mère» des bombes aurait-elle été impuissante à éradiquer Daesh, puisque telle était la raison pour laquelle elle a été lancée sur le sol afghan? Sur quel autel rituel l’Afghanistan et ses habitants sont-ils sacrifiés?

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