Les rendez-vous musicaux de la Méduse – Patti Smith, pasionaria qui continue à lever le poing


Patti Smith, une légende vivante sur scène à l’ouverture de Estivale Open Air d’Estavayer-le-lac, a encore ébloui hier soir les festivaliers venus l’écouter.

PAR SIMA DAKKUS RASSOUL

Même dans le système des grandes manifestations où elle se produit, elle irradie une force gigantesque et un engagement qui n’a pas pris une ride. Le public ne s’y trompe pas, car des générations se côtoyaient au Festival du bord du lac. Sa voix et ses cris de colère s’adressent à un monde qui en a encore besoin. Le temps même s’était adouci pour accueillir cette pasionaria qui continue à lever le point. En lisant un poème, elle crache par terre en signe de protestation.

Tout est conviction dans sa silhouette à la fois pensée et humblement habillée. Pas de doute, sa sensualité vient du concret de vision et de l’amour qui s’en dégage. « Ensemble nous sommes forts », dit-elle.

Au centre, l’art de la musique… Des sons à vous déchirer l’âme et à vous faire monter le cœur aux lèvres. De la grande musique qui n’a pas besoin d’expliquer ses racines et ses utopies. Une voix et une relation charnelle avec les mots. Cette qualité d’une génération d’artistes américains dont elle reste un symbole vivant et actuel. Peu importe si Dylan aurait dû ou non refuser le Nobel. Peu nous chaut que certains rêves se soient révélés empoisonnés avec le temps. Mais les fondements tournés vers la justice et l’ouverture ne sont pas perdus de ces luttes qui ont changé la face du monde.

She is a lady ! Elle rappelle que les décibels ne sont pas un critère musical, mais que les ondes véhiculent autre chose que du bruit. Bien que le cheminement de son concert nous prend par la main et son arrivée avec ses deux tresses de squaw jusqu’à son solo magnifique et ses cheveux défaits de la seconde partie sont d’un professionnalisme parfait, mais elle se moque de la performance. Ce qui est offert au public, mis en avant, c’est son art. Et c’est un tout inséparable.

Sur le chemin du retour, je me suis souvenue d’un autre moment qui a marqué ma réflexion sur la musique. C’était il y a des années, un soir à Montreux. Un concert de Sting. Jusqu’alors, je l’avais écouté et aimé sur enregistrement. J’ai été bouleversée par le grain de sa voix sur scène. La chaleur du timbre et la sensualité qui inondait le public. Et je m’étais dit qu’aucune captation si fine soit-elle n’avait su traduire ce son unique et cette qualité rayonnante de la voix de Sting. C’était ce soir-là aussi où il avait présenté au monde le Petit Prince de Dakkar, Youssou N’Dour, à peine adolescent.

Je suis encore illuminée d’avoir été présente, par chance, devant cette scène et avec une telle artiste venue bercer nos oreilles de bonne musique, de beaux mots, du feeling humaniste. Loin du marketing formel et du marchandage au sentiments.

Photo SDR

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