Le projet d’un couple de Château-d’Œx pour démocratiser l’accès à l’agriculture


Un couple de Château-d’Œx veut créer un bâtiment pour nourrir et loger le grand public sur sa ferme. Toute une philosophie se cache derrière les multiples facettes de son ambitieux concept.

 

PAR LUDOVIC PILLONEL

Réunir 13 millions de francs pour créer un lieu où agriculture biologique, tourisme rural et médecines alternatives vivent en symbiose. Le projet d’Esther et Nicolas Mottier peut paraître, sur le papier, démesurément osé, mais le couple établi à Château-d’Œx (VD) n’a pas été gagné par l’ivresse de l’altitude. Il garde les pieds sur terre et semble savoir parfaitement où il va. «Votre Cercle de Vie», le nom donné à sa démarche, provient de rencontres, de voyages, de réflexions, de recherches assidues et de formations initiées il y a dix ans. Il se matérialisera principalement à travers une nouvelle construction sur les terres des aïeux de Nicolas, enfant du Pays-d’Enhaut.

«Ecrivez ferme, et non exploitation», suggère le père de deux enfants en bas âge au moment d’évoquer son héritage rural. La nuance en dit long sur la philosophie qui imprègne les lieux. Ici, le bien-être des plantes, des hommes et des animaux dicte la production, quitte à amoindrir le rendement.

Les synergies se développent dans le jardin en permaculture cultivé pour une bonne partie sur deux buttes de 80 mètres autour de la maison. Dans cet environnement qui s’appuie sur la culture mixte, les céréales semées à la volée font le plaisir des oiseaux mangeurs de chenilles. Des structures propices à la venue de crapauds ont aussi été mises en place, car ces derniers sont de très bons chasseurs de limaces, tout comme les canards coureurs indiens, eux aussi résidents des lieux.

«La culture de la terre est en soi un acte artificiel. Nous observons beaucoup et nous intervenons en cas de déséquilibre», indique Esther Mottier. D’autres buttes viendront s’ajouter aux deux existantes afin de garantir l’approvisionnement en légumes du magasin et du futur restaurant. «Nous sommes en phase d’essai. Seules les plantes propices au climat de la région seront conservées. Ce sera aussi l’occasion de réhabiliter les fèves, qui ont donné jadis leur sobriquet aux gens du Pays-d’Enhaut, les Favotais», précise son mari. Environ 150 arbres fruitiers haute-tige ainsi que des petits fruits garniront les pourtours des parcelles de leurs 27 hectares de surface agricole utile.

Circuits courts

Les visiteurs pourront également déguster la viande de l’élevage pur Simmental – 28 vaches et une trentaine de têtes de jeune bétail – ainsi que le fromage L’Etivaz AOP bio fabriqué sur l’alpage en été.

Egalement au menu, les porcs tachetés de la race Turopolje, qui se nourrissent du petit-lait, labourent les champs et mangent les denrées du magasin passées de date. «Ces animaux rustiques sont adaptés à notre environnement. Ils vivent dehors, l’hiver. La neige ne fait pas peur aux porcelets de dix jours», déclare Nicolas Mottier. La grande majorité des espèces animales présentes sur la ferme – poules et chèvres appenzelloises, lapins renards et moutons Skudde, entre autres – fait partie du programme Pro Specie Rara, qui œuvre en faveur de la biodiversité, l’un des piliers de «Votre Cercle de Vie.»

Le partage et la mise en pratique des connaissances constituent un autre élément essentiel. Il se pratique déjà dans l’actuel cabinet de naturopathie tenu par Esther et dans le magasin bio ouvert il y a cinq ans. Désormais au cœur du village, cette enseigne où le vrac a fait son apparition à la fin de l’été déménagera sur le site dédié au projet. «Notre collaboratrice Sylvia ne se contente pas de commercialiser nos produits. Elle donne des renseignements personnalisés. Les gens aiment savoir ce qu’ils mangent», souligne Esther Mottier.

Population curieuse

Sur le domaine agricole, plusieurs initiatives et événements contribuent déjà à tisser des liens avec la population du village. Les habitants viennent donner du foin aux vaches, assistent à la traite et s’informent sur le fonctionnement du monde rural, sur lequel les idées reçues ne manquent pas. Plusieurs personnes se sont par exemple montrées étonnées de pouvoir acheter du lait sur place malgré l’existence d’un contingent à respecter.

Les différents secteurs d’activités actuels emploient un collaborateur et un apprenti agricole, deux vendeuses à temps partiel, une thérapeute et une cosméticienne. Le couple Mottier prend aussi régulièrement en charge des stagiaires et bénéficie des précieux coups de main du père de Nicolas, ainsi que de civilistes et de volontaires du réseau mondial WWOOF à la haute saison.

Cette plate-forme internationale créée en 1971 en Angleterre donne la possibilité de travailler dans une exploitation biologique contre le gîte et le couvert. Des courts séjours enrichissants, parfois synonymes de révélations. L’employée d’une assurance basée à Munich, s’étant par exemple découvert une passion pour le jardinage, a reçu, avant de partir, trois graines de haricots à planter sur son balcon.

Transition en douceur

Loin de vouloir tout bouleverser avec fracas ou de diaboliser d’autres approches de l’agriculture, le couple de Château-d’Œx fait germer en douceur, par petites touches, l’intérêt autour de sa vision durable et responsable, labellisée Bio Suisse et certifiée en biodynamie. L’engouement croissant pour un retour à la simplicité, à l’authentique, plaide en sa faveur.

«Votre Cercle de Vie» structurera cette politique des petits pas jalonnée d’actions ponctuelles. Sur le plan local, des ateliers d’artisanat, de jardinage ou portant sur la découverte des plantes médicinales, mais également l’incontournable Brunch du 1er Août, représentent des moyens de promotion et de communication. Les foires et les expositions nationales, une campagne de mandalas sur les réseaux sociaux et la possibilité d’effectuer en tout temps un don sur la plate-forme de financement participatif complètent le tableau.

S’endormir au-dessus des vaches

Le montant récolté par ces différents biais vise à financer le développement de l’entreprise en vue du projet. L’édifice envisagé contiendra une étable convertie en serre en été, lorsque le bétail sera à l’alpage. Elle sera surplombée par un restaurant, une vingtaine de chambres d’hôtes et deux salles de séminaire. Ajoutez à cela le cabinet de naturopathie et d’autres offres en matière de santé et détente, un jardin autodidactique, le magasin biologique et le jardin en permaculture déjà existants, mais aussi des prestations pédagogiques telles que des cours pour les seniors et L’Ecole à la ferme et vous obtiendrez, dans les grandes lignes, les contours du cercle. Ce projet considéré comme un véritable atout pour la région devrait englober une trentaine de postes de travail. Il sera réalisé par étapes, en fonction de la rentrée des fonds.

Agri

Esther Mottier. Photo Micpic

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