Chronique afghane – La question complexe de la guerre et de la sécurité


De vieux oripeaux déguisés en nouveauté, les milices afghanes pour la guerre.

PAR SIMA DAKKUS RASSOUL

Les politologues et députés du pays ont largement discuté et rejeté l’ombre de Blackwater, entreprise de milices américaine, dont l’offre a été refusée par le gouvernement américain.

Cependant, l’idée paraît avoir fait son chemin et s’est transformée au sein du gouvernement afghan. Le ministre de la défense – par intérim – a annoncé le projet de la formation de forces de milices afghanes, issues de chaque région, pour maintenir la sécurité dans les zones reprises aux talibans et autres Daesh.

 Cela prouve, si besoin était, que si l’on ne peut pas entrer par la porte, on peut essayer la fenêtre. Malgré l’inefficacité de l’intervention américaine en Afghanistan, établie clairement de part et d’autre, c’est de là que souffle le vent. Quelque 3500 soldats américains sont censés venir s’ajouter aux troupes de l’OTAN.

L’opinion publique et les spécialistes afghans ont pour la plupart critiqué vertement les opérations aériennes autorisées et lancées par les “amis” de l’Afghanistan, car elles se sont soldées par de grandes pertes civiles, répétées, qui secouent la population et l’ensemble du pays.

À l’idée de la formation d’une milice afghane, autrement dit des civils engagés pour compléter les forces de l’ANA (Armée nationale afghane), de nouvelles inquiétudes naissent. Parmi les questions posées figurent les armes que possèdent les civils, la formation de ces milices, leur composition, leur mission, leur cadre légal.

D’un point de vue culturel, le grand pays qu’est l’Afghanistan – 652 864 km2, 34 millions d’habitants – formé de trente-quatre provinces renferme un creuset de nombreux passages par la route de la soie. Ces cultures et modes de pensée ont profondément marqué le pays, la culture islamique en est l’une des composantes.

Cette  diversité de langues et de cultures a rendu difficile une centralisation du pouvoir sur l’ensemble de ce pays de montagne et de configuration géostratégique complexe.

Toutes ces conditions posent de manière compliquée la question de miliciens venant en appui à l’institution de l’armée. D’une part, les civils de différentes régions qui seraient engagés connaissent les populations et leurs problèmes concrets. Cela plaiderait pour un tel apport de la population à sa propre défense, sans en écarter les dangers.

Mais dans les provinces ignorées ou très mal connues du pouvoir central, la voix de la population peine à se faire entendre sur les difficultés à trouver des solutions en temps de guerre. Cette situation n’est pas nouvelle, mais prend des dimensions régionale et internationale.

Parmi d’innombrables allers et venues, ballets diplomatiques sans grâce ni efficacité, les civils, surtout les enfants et les femmes sont victimes collatérales des bombardements aériens américains. La violence subie par la population civile n’a cessé d’augmenter depuis la « mère des bombes », alors que le dessein était de pulvériser Daesh.

Depuis la décision du gouvernement américain de rester en Afghanistan sans donner de date de sortie et sa volonté de ne pas s’occuper de la construction politique du pays, les débats ont fait rage dans les médias afghans. On a bien noté que le président américain a parlé de l’Afghanistan et de la région en annonçant sa stratégie. Ce qui met d’emblée l’accent sur l’importance régionale du Cœur de l’Asie et de la guerre qui y est importée.

Le sénateur républicain Mc Cain menace le président US de l’informer des détails de sa stratégie en Afghanistan, sous peine de ne pas accepter son équipe de défense et de sécurité.

Et cette guerre d’intérêts internationaux ne recueille que le silence dans nos médias, gouvernements et au sein de la communauté internationale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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