De la tirelire de votre filleul à Teilhard de Chardin


Avant Noël, on prépare les pièces de monnaies qui rempliront les tirelires des filleuls et petits-enfants.

PAR PIERRE ROCHAT

Bien sûr cet argent ne constituera pas pour eux un investissement à long terme tant il est vrai qu’il sera dépensé dans l’année. Mais ce geste m’a inspiré une réflexion sur la conservation d’un patrimoine familial.

Existe-t-il des réservoirs de valeurs qui puissent garantir un patrimoine à long terme? Telle est la question. Examinons quelques «classes d’actifs» comme disent les banquiers.

L’argent liquide d’abord, celui que l’on s’apprête à mettre dans les tirelires et que l’on a sur son compte d’épargne. C’est le pire des réservoirs car depuis l’abandon de l‘étalon-or, les banques centrales en «impriment» à volonté, nourrissant une offre pléthorique de monnaie qui perd ainsi son pouvoir d’achat.

L’or? Le métal jaune a perdu son caractère monétaire et n’est plus qu’un agent industriel. Les banques centrales en détiennent de moins en moins en proportion de leur masse monétaire. Sa production engendre une pollution dramatique et sert à des transactions douteuses car, en lingots du moins, il est anonyme. Pas d’avenir pour l’or physique donc.

Les obligations, vendues par les banquiers comme des placements de «père de famille», ne sont en fait pas si sûres car soit la dette est émise par des débiteurs solides et elles ne rapportent pas assez pour compenser l’inflation, ou, si l’on veut un rendement adéquat, les titres seront émis par des débiteurs de moins bonne qualité. Entre la peste et le choléra, mieux vaut renoncer, d’autant qu’évaluer la solvabilité à long terme n’est qu’un pari de casino.

Les actions alors? En investissant en actions, on mise sur le travail et l’intelligence et non sur la dette comme précédemment. C’est un bon point si le travail de l’entreprise est fructueux et le restera dans la durée. L’histoire montre que c’est un vecteur efficace pour compenser l’inflation et la création monétaire.

La pierre, refuge ultime? Oui, à condition de miser sur des biens rares. L’inconvénient de l’immeuble est toutefois que, par définition, il n’est pas transportable et peut devenir l’otage d’une fiscalité confiscatoire ou de lois restreignant sa rentabilité.

Quoi d’autre? Les œuvres d’art? C’est mon joker. Dans une vision à long terme, c’est le placement qui comporte le moins d’inconvénients. A condition d’être rare – le peintre doit être mort, cyniquement dit, afin qu’il n’alimente plus l’offre – et authentique, un tableau de qualité d’un maître répertorié prendra de la valeur au fur et à mesure que l’argent en perdra. Le tableau est transportable, souvent hors fortune imposable, « liquide » avec la montée en puissance des maisons de ventes aux enchères, il cumule beaucoup d’avantages qui assurent sa survie au travers des temps.

Le tableau de maître ne tient pas sa valeur des quelques grammes de pigments dont il est fait mais du génie de son créateur.

Nous débouchons sur une découverte surprenante: l’immatérialité serait-elle la vraie valeur intemporelle et permanente? C’est ce que rappelle le «tu es poussière et tu redeviendras poussière». Le philosophe jésuite Teilhard de Chardin a eu la prescience de la destinée désincarnée de l’humain. Si on le suit, la richesse de demain se trouvera dans des valeurs non matérielles. Notre tableau serait-il le premier maillon de cette nouvelle ère?

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