“Au Congo, nous pouvons dire qu’il y a péril en la demeure”


Avocat à Paris, Dominique Kounkou a été candidat à la présidence du Congo Brazzaville en 2009. Il est aussi sociologue, pasteur et écrivain. Il a notamment publié aux éditions L’Harmattan “Monnaie africaine” et (avec Gilles Gilbert) “L’histoire cachée du peuple africain”.

La Méduse: Dans un article pamphlétaire, « Discours sur la dette du Congo » vous écrivez: « Le Congo, ce beau pays dont nous étions tous si fiers est mis aujourd’hui au ban de la communauté financière internationale. Il semble qu’au minimum il serait endetté à plus de 120% de son PIB ! Jusqu’à présent notre attention s’était focalisée sur la défense des droits de l’homme. Nous étions loin de penser que se commettait cyniquement au sein de notre pays le plus grand des crimes: le crime économique et financier. » Pouvez-vous préciser?

Dominique Kounkou: Il faut d’abord avoir visité le Congo, pour savoir ce qu’est la misère dans un pays immensément riche dont la fortune des membres de la famille de ceux qui le dirigent le pays dépasse parfois des milliards déposés dans des paradis fiscaux.
Il faut ensuite connaître le sud de ce pays, appelé le Pool. Cette région manque d’écoles et d’hôpitaux, alors que le nord du pays a des infrastructures en veux-tu, en voilà! Mettre les pieds dans un village du Pool, c’est prendre le risque d’affronter le bruit des armes, les bombes, entendre les pleurs des hommes et des femmes qui se déplacent, meurent avec leurs enfants. Pourquoi ? Parce qu’ils sont des Laris et qu’ils habitent dans ce Pool où ils sont nés. Comme si en Suisse on poursuivait les Genevois ou les habitants du Canton de Vaud tout simplement parce qu’ils sont de ces deux régions.
Depuis plus de quarante ans bientôt, le pétrole du Congo a permis de construire des fortunes colossales dans le monde à travers la SNPC qui est une société personnelle du président, dirigée par son fils. Elle prend le pétrole de notre pays comme elle veut, au prix qu’elle veut et le vend au prix du marché à des traders à Londres ou sur toute place de marché dans le monde. On ne compte pas les puits et les champs pétroliers gagés sur peut-être plus d’un siècle contre de l’argent qui n’est même pas entré dans le trésor congolais! Comment feront les Congolais pour rembourser ces dettes?

Que dire de l’affaire Gunvor, du nom de cette société de trading genevoise accusée de corruption active au Congo Brazzaville?

Gunvor est un modèle, comme Trafigura. Cette affaire enseigne que le Congo actuel est connu de longue date comme le pays où une corruption de cette envergure peut à tout moment s’enclencher. C’est la péripatéticienne de service. Le Congo n’est même pas un Etat voyou, mais un État prostitué !
Il se pose une question de droit international de complicité au crime économique d’un peuple, en l’occurrence le peuple congolais qui en est victime. Des entreprises risquent de voir leurs prix excessivement bas réévalués par les juges internationaux. 
J’invite ces traders à prendre la mesure des temps qui changent. Même en Afrique, ils sont désormais appelés à connaître des partenaires éthiques qui visent une politique de véritable prospérité au service des peuples. Je salue les ONG comme Public Eye ou Transparency et d’autres qui font un travail parfois ingrat que les natifs des pays concernés ne relaient pas ou très mal. 
C’est du reste dans cet esprit que j’ai écrit au Ministère Public de la Confédération à Berne. J’ai déposé une plainte dans cette affaire. J’ai demandé des dommages et intérêts dont 90% seront totalement investis au Congo.

Dans l’appel précité, vous poursuivez: «C’est un défi pour les vrais démocrates et républicains qui aiment ce pays. Par tous les moyens et par toutes nos forces il est un devoir et une haute mission tirés de la prière du peuple souverain et souffrant de chasser celles et ceux qui ont volé et endetté le pays et veulent se maintenir au pouvoir. Je m’y attelle». Pouvez-vous préciser de quelle manière vous vous y attelez?

Dans le cas du Congo, nous pouvons dire qu’il y a péril en la demeure. On y vit de l’épuration ethnique des habitants du Pool, et plus particulièrement les Laris, du crime économique. Ce pouvoir qui a corrompu tous les corruptibles de la terre ne peut pas continuer à conduire dans le ravin un peuple qui n’a que trop donné et souffert. 
Que faisons-nous? C’est communiquer dans le monde entier autant qu’il est possible. Nous acheminons l’information jusqu’aux fonds de garantie qui financent les entreprises qui soutiennent le mal congolais. 
Les Congolais, de l’intérieur comme de l’extérieur, doivent prendre conscience qu’il leur incombe de choisir les gouvernants dans leur pays d’origine. Le peuple doit se libérer de ce pouvoir qui s’appuie sur un mythe d’invincibilité. Dans l’ex-Zaïre voisin, Mobutu se croyait éternel, mais un vent de liberté est venu l’emporter. 
Pour tout ce combat, nous avons mis en place un mouvement nommé Congo Émergence. En ce qui me concerne, je suis prêt pour ce combat et j’invite toute personne de bonne volonté qui souhaite s’engager dans cette cause à se manifester et à nous rejoindre.

Propos recueillis par Christian Campiche

 

Dominique Kounkou (photo DR).

 

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