Nouvelle objectivité en Suisse, une exposition et de belles découvertes à la Chaux-de-Fonds


Nouvelle objectivité en Suisse. C’est sous ce titre que la Chaux-de-Fonds, après Winterthur, présente une exposition fort intéressante dans son Musée des beaux-arts.

PAR PHILIPPE JUNOD

Forgée en Allemagne en 1923, l’étiquette de « Neue Sachlichkeit » a d’abord désigné un mouvement de réaction contre l’expressionnisme allemand. Bientôt récupérée par les « nouveaux réalismes », « retours à l’ordre » et autres refus des tendances à l’abstraction, elle a rapidement amalgamé des courants très divers, tant politiquement que stylistiquement. D’autre part, l’histoire de l’art s’étant longtemps focalisée sur la France et les avant-gardes, qui semblaient dessiner une évolution logique de l’impressionnisme à l’abstraction en passant par le cubisme, une grande partie de la production artistique de l’entre-deux-guerres s’est trouvée éclipsée: la figuration était alors suspecte de passéisme. Un changement de la perspective et son élargissement géographique ont eu pour conséquence une révision des valeurs, d’où un regain d’intérêt pour cette « nouvelle objectivité », remise en lumière par diverses expositions en Allemagne, en France, en Italie et aux USA, dont la Suisse a fini par bénéficier à son tour.

Natures mortes, portraits, autoportraits et représentations d’ateliers sont ici des sujets privilégiés. Certaine « inquiétante étrangeté », parfois teintée de mélancolie, nimbe parfois des scènes d’une fausse banalité. Généreusement représenté ici, le bâlois Niklaus Stoecklin s’inspire à l’occasion de Konrad Witz, tandis que les frères Barraud, chaux-de-fonniers qui sont également à l’honneur, relèvent d’une tradition plus latine. Adolf Dietrich, quant à lui, se rapproche plutôt de la peinture dite naïve. D’ailleurs le fait qu’il soit enrôlé, à côté du douanier Rousseau, dans le casier d’une « objectivité visionnaire » présentée actuellement au Kunsthaus de Zurich, en dit long sur le flou de ces catégories. Diverses figures moins connues réservent aussi de belles découvertes. Une série d’affiches, dont c’est alors l’âge d’or, complète enfin le panorama. Mais si l’homogénéité  de l’ensemble reste ici aussi problématique, la qualité est au rendez-vous. Mention spéciale pour la salle consacrée à Johannes Robert Schürch, dont on peut certes se demander ce qu’il fait dans ce contexte, mais dont l’intensité tragique des dessins et gravures vaut à elle seule le déplacement.

Musée des beaux-arts de la Chaux-de-Fonds, jusqu’au 27 mai 2018.

 

François Barraud, Autoportrait, 1930, photo PJ

 

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