« Militer pour des quotidiens d’opinion locaux, affiliés ou proches d’un parti, de droite à gauche de l’échiquier, n’est pas une utopie »


« Quel avenir pour la presse, et plus particulièrement la presse romande? » Tel était le titre d’une conférence donnée par Christian Campiche, fondateur d’infoméduse, dans le cadre du Rotary-Club Lausanne, vendredi 15 novembre 2019, dont nous publions la teneur.

Au fil des conférences, je croyais avoir tout dit sur la presse. Eh bien non! 

Je réalise surtout chaque fois que le thème n’est jamais épuisé. Faut-il y voir un chant du cygne, la dernière cigarette du condamné? 

Quel avenir pour la presse? Je répondrai en une petite phrase un peu provocatrice, mais tout ne sera pas dit: Quel avenir pour la démocratie?

Presse et démocratie sont indissociables. On entend souvent parler de nos «vieilles démocraties ». C’est une muflerie car la démocratie a toujours de beaux atours, il suffit de la regarder, tout simplement. Et pour la convoiter, rien de tel que l’intervention d’un acteur de poids, on l’appelle le quatrième pouvoir: la presse…

La presse est fondamentalement un pygmalion. Mais un professeur Higgins – si vous vous rappelez du film « My fair lady » – qui s’ignore. Et c’est dommage. 

La presse, au lieu de favoriser la démocratie, file du mauvais coton. Le monde souffre de divers maux, dont le principal, à mon avis, est le déficit éducationnel. Quelle société et surtout quelles valeurs comportementales voulons-nous? La question climatique comporte le risque que le conflit entre générations s’accentue et dégénère dans une incompréhension mutuelle. Comment réagir quand une dame âgée se fait agresser dans le tram par une jeune personne qui lui crache sans raison à la figure? 

Grâce à internet, l’homme n’a probablement jamais eu accès à autant d’informations. Mais paradoxalement son savoir-vivre semble s’affaiblir. La presse porte une responsabilité évidente dans cette dérive. Car sa responsabilité est éminemment culturelle et civique. Or elle abdique trop souvent cette mission pour satisfaire son ego et celui des propagandistes de tous bords.

Comment en est-on arrivé là? D’abord il convient de poser la question: la presse, pour qui, pour quoi? La réponse paraît évidente pour les médecins, les avocats, les professions de la terre, les artisans, les ouvriers du bâtiment, les gnomes de Wall Street. Pour la presse, c’est beaucoup plus compliqué.

J’aimerais dissiper d’emblée tout malentendu dans cette conférence. Quand je parle de la presse, je pense aux quotidiens, la voix d’une région. «24 Heures» dans le canton de Vaud, la «Tribune de Genève», le «Courrier», la «Liberté», «Arcinfo», le «Nouvelliste», le «Quotidien Jurassien», «20 Minutes», le «Temps». J’y ajoute le «Matin Dimanche» car il n’y a pas d’autres journaux ce jour-là. Je respecte infiniment les hebdomadaires, certains beaucoup plus que d’autres – choix personnel subjectif – mais cette catégorie de média ne participe qu’imparfaitement au rythme principal de l’actualité. Le citoyen doit être informé au plus près des événements. Voyez les résultats des élections. Il est tout à fait légitime d’espérer des commentaires de son journal préféré le plus vite possible. D’autant que les média audiovisuels sont sur le coup presque immédiatement. 

La presse, c’est compliqué, disais-je… Le journalisme est certes un métier disposant d’un cadre éthique précis, codifié dans la Déclaration des devoirs et des droits du journaliste. L’inscription au registre professionnel des journalistes se fait à l’issue d’un stage de deux ans et de cours au Centre de formation des journalistes. Pourtant la profession de journaliste n’est pas vraiment protégée. Tout le monde peut se dire journaliste. N’importe quelle revue peut prétendre être un média. 

La confusion atteint son paroxysme depuis deux décennies et l’invention des réseaux sociaux. Facebook et twitter donnent l’illusion aux participants qu’il font du journalisme. Rien n’est plus faux. Sinon M. Trump ferait du journalisme et cela se saurait.

Je l’ai dit, presse et démocratie vont de pair, c’est un couple encore jeune – il a un peu plus de deux-cents ans – qui a traversé les épreuves et les a surmontées à force de patience et de courage. Les guerres et les censures qui les accompagnent ont émaillé l’histoire des idées depuis les Lumières. 

La presse moderne, elle, a affronté un autre ennemi, le totalitarisme. Le mouvement de va-et-vient de la liberté face aux régimes politiques imprime un rythme épuisant, il a épargné la Suisse dans une large mesure mais le résultat ne prête pas à d’aveugles louanges. 

Depuis une quarantaine d’années, l’histoire de la presse se caractérise par une offre en pages en constante réduction, un modèle économique laminé, abandonné par sa poule aux oeufs d’or, la publicité. Quand nous avons lancé «Bilan» avec une petite équipe en 1989, le magazine mensuel comptait 160 pages, dont la moitié était de la publicité. 80 pages de publicité, rendez-vous compte! On comprend qu’à Noël, Edipresse pouvait offrir à Beaulieu des fêtes dignes de Persépolis.

Le nombre de titres se réduit comme peau de chagrin. Dans «Infoporn – Enquête sur les médias suisses», le livre que j’ai écrit avec Richard Aschinger en 2009, je consacre un chapitre à «La presse romande assassinée». J’y relève que «l’histoire de la presse romande est un long chapelet d’occasions manquées et d’erreurs de gestion. Plusieurs titres prestigieux ont disparu, engloutis par la marée montante de l’incompétence, l’autosuffisance et la mauvaise foi.» 

L’augmentation du prix des abonnements est loin de couvrir le manque à gagner publicitaire, d’autant que la presse économise sur le personnel, affaiblissant du même coup la qualité des contenus. Les réseaux de correspondants sont démantelés, les pages de politique internationale, comme celles de la rubrique économique, réduites à la portion congrue. Les grands journaux américains échappent au marasme, parce qu’ils investissent au contraire dans l’ouverture de nouveaux bureaux à l’étranger. Le lectorat apprécie et suit, récompensant cette politique audacieuse.

Rien que dans le canton de Vaud, pour ne parler que des seuls quotidiens, ont disparu le «Journal d’Yverdon», l’«Est Vaudois», la «Gazette de Lausanne», «Le Matin», «Vevey-Riviera», le «Nouveau Quotidien», la «Nouvelle Revue de Lausanne» et j’en passe. Une claire perte d’identité pour les régions. Et un affaiblissement civique parallèle. Certains de ces titres étaient des journaux d’opinion, un type de presse que je regrette personnellement. En effet, un journal s’adresse à une audience large, il a une mission publique. S’il ne remplit pas ces conditions, il tombe dans la catégorie des journaux d’entreprise.

Vous me direz que le phénomène est national, mondial. Je vous répondrai qu’il est particulièrement accentué en Suisse romande. Trois groupes, Tamedia, Ringier et Hersant, s’y  partagent le marché de l’information. Mais le premier, Tamedia, contrôle les principaux quotidiens lémaniques. C’est problématique car il s’agit d’un groupe zurichois. Outre-Sarine vous n’avez pas la même concentration. La NZZ dame le pion au «Tages-Anzeiger». Et il faudra donner du temps au «Temps» pour qu’il devienne l’équivalent de la NZZ en Suisse romande.

L’uniformisation résultant de ce monopole est patente. «24 Heures» et la «Tribune de Genève» partagent leurs rubriques, hormis la locale. La tentation est grande de rogner sur des bastions autrefois inébranlables, la page économique, par exemple, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. 

Vous objectez à nouveau: oui, mais on trouve tout en ligne, la bourse, etc… Je nuancerai une fois encore. Rien ne vaut un bon commentaire maison sur ce qui se passe sur la planète finance. Quel journal prend vraiment position sur les bilatérales, le thème économique numéro un? En ligne ou sur papier, cette dimension manque. Vous n’êtes pas sans avoir remarqué que «24 Heures» a réintroduit les cours de la Bourse, supprimés durant l’été. La réaction des lecteurs a été fulgurante, un signe que la presse traditionnelle n’a pas dit son dernier mot.

Le pire n’est pas dans cette tendance à l’uniformisation due à la restructuration des journaux en mal de publicité. Je suis amené à le répéter, le problème se situe dans la tête des journalistes. J’appartiens à une génération qui a subi aussi des pressions de la part de l’éditeur, et comment! Dans l’ouvrage collectif «Pierre Béguin, journaliste et témoin de son temps», Denis Bertholet montre très bien comment celui qui fut rédacteur en chef de la «Gazette de Lausanne» pendant vingt ans au lendemain de la guerre a dû se battre contre une partie de son conseil d’administration. Un combat en deux temps. Béguin a pu sauver son poste au début des années 50 mais le conseil aura sa peau en 1965. Cette génération de journalistes, disais-je, n’hésitait pas à pratiquer l’autocensure à sa manière mais elle a eu la chance de pouvoir écrire sur tout et son contraire avec beaucoup moins de contraintes qu’aujourd’hui. Des « fouille-merde » craints, parfois détestés, le quatrième pouvoir dans toute sa splendeur. Jusqu’à la fin des années 80, telle «star» de la presse écrite pouvait se permettre de faire et de défaire un conseiller fédéral en un tournemain. “Le journalisme, c’est de faire savoir ce que d’autres ne veulent pas qu’on sache. Tout le reste n’est que relations publiques”, la phrase est de George Orwell. 

Le réflexe critique, ce besoin de trouver la petite bête, je le cherche dans la presse actuelle, mais les exemples de bonne pratique ne sont pas légion, hélas. A la décharge du journalisme contemporain, je dirais que le monde a cessé d’être noir ou blanc. Deux blocs entre lesquels la presse se positionnait, décernant des bons et des mauvais points au gré des options idéologiques. Le manichéisme qui facilitait les prises de position à l’emporte-pièce a cédé la place à un pot-pourri de mots d’ordre scientifiques dont le pékin ne peut contrôler le bien-fondé. La dictature est devenue financière et technologique. Par contre, les défis auxquels est confrontée la planète créent une multitude de sujets qui sont autant de mines pour les journalistes. 

Un banquier vaudois m’a demandé à l’époque qu’est-ce qui motivait un journaliste à pratiquer ce métier. Il excluait l’argent, voire l’intérêt de la tâche et répondit à sa propre question: «c’est le pouvoir, n’est-ce pas? » Il n’avait pas tort sur un point: le journal, avec tous ses défauts, que l’époque dans laquelle il évolue soit éclairée ou obscure, fait l’opinion. Un rôle pilote évident, que la radio et la télévision, soit dit en passant, exercent de manière beaucoup plus évidente encore. 

Personnellement, c’est la possibilité de m’exprimer largement que j’ai privilégiée parmi les critères déterminants. Je trouvais très motivant d’avoir la possibilité de gagner ma vie par l’écrit, l’une de mes passions. La curiosité y trouvait aussi son compte. Je me lève le matin en me disant que la journée ne sera pas pareille à la précédente, elle évoluera au rythme de l’actualité changeante. 

Mon souci, et cela me ramène à l’objet qui nous préoccupe aujourd’hui, l’avenir de la presse, est que cette vocation souffre d’un mal profond, qui est le conditionnement. Les médias sont à la fois victimes du chaos ambiant et complices du bourreau, ce communicateur-manipulateur qui fait désormais la pluie et le beau temps. La communication, les relations publiques, le marketing se sont imposées dans le circuit de l’information jusqu’à en devenir des plaies.

En 2005 nous avons lancé avec quatre autres journalistes romands, l’association Info-en-danger. Les gratuits faisaient leur apparition, les journaux se livraient une guerre sans merci pour grignoter des parts du gâteau publicitaire. Au détriment de l’éthique, parfois. Des articles bidons cachaient des annonces commerciales, en violation claire de l’article 10 de la Déclaration des devoirs et droits du journaliste qui réprouve la collusion du rédactionnel et de la publicité. Une plainte que nous avons déposée auprès du Conseil suisse de la presse a fait jurisprudence. La pratique s’est un peu améliorée mais les cas douteux restent nombreux.

Dans les couloirs du Palais fédéral, vous avez plus de porte-parole – souvent d’anciens journalistes, d’ailleurs – que de journalistes. Dans les colonnes des journaux, sur les ondes du service public, des experts auto-proclamés viennent asséner la vérité, toute la vérité, à tout le moins celle de la pensée unique. Le résultat est une uniformisation des médias «mainstream» aux ordres du consumérisme, du tout-argent. Tout le monde écrit ou dit la même chose. Le journaliste, normalement tenu à une certaine rigueur, voire une rigueur certaine, se met en scène, il se « pipolise », il devient un agent conversationnel dans une presse qui n’est plus de référence mais de «déférence», pour reprendre une expression de Slobodan Despot. Lequel parle aussi de «presse de grand chemin».

Les sujets traités dans les journaux participent de cette dérive cosmétique. Vous n’êtes pas sans remarquer que le même film ou le même livre figurent très souvent à la Une des pages culturelles. On parle des artistes avant le concert, pour faire de la pub, beaucoup moins après, ce qui serait le vrai boulot du chroniqueur. On banalise les éloges. « Héros », « icône », « révolté », « résistant ». On abuse des compliments, on encense des personnalités dont le mérite reste encore à prouver. 

Le manque d’imagination se double de lacunes dans la manière d’aborder l’actualité. Le manque de distance, le conformisme est souvent navrant. Assad, jadis « bourreau sanguinaire de son peuple », semble être devenu un personnage convenable. Qui parle encore de la crise des migrants, des réfugiés? Des gilets jaunes? Un couteau planté dans le bras d’un quidam à Marseille prend autant de place que les affrontements meurtriers en Irak. L’héritage de Johnny absorbe l’énergie d’une meute de reporters, lesquels délaissent les raisons des violences sociales en Amérique latine. 

Vous avez eu vent des dérives qui ont marqué la couverture de la guerre en Irak. Des journalistes américains affichaient un parti-pris évident, ils se fondaient dans le moule de l’armée, ne sortaient pas des communiqués que leur glissait l’état-major, quand ils n’inventaient pas carrément les événements de toute pièce. Le résultat a été catastrophique pour l’opinion publique, mal informée, désinformée. Mais comment s’en étonner, finalement? Tout le monde sait que dans la guerre moderne, les médias sont l’arme décisive, celle sur laquelle les belligérants comptent pour brouiller les pistes et avancer leurs pions. Dans un tel contexte, le journaliste se doit d’être particulièrement prudent. « Sa responsabilité envers le public doit primer celles qu’il assume à l’égard de tiers, pouvoirs publics et employeurs notamment », préconise la Déclaration des devoirs et des droits du journaliste.

Les nouvelles internationales ne sont pas les seules à pâtir du syndrome de ce que j’appelle l’actualité délaissée, pour ne pas dire abandonnée. La nécrologie se perd. Et avec elle la mémoire. Lors d’un décès, qui se préoccupe encore de rendre hommage à telle ancienne personnalité du cru? 

Ces incohérences dans la manière de traiter l’information ne rendent pas service à la presse. Elles altèrent sa crédibilité. La faute seulement aux journalistes? Pas seulement. Finalement cette superficialité s’inscrit dans l’air du temps. « Presse futile, presse inutile », titrait dans un livre feu Roger de Diesbach. On prend, on jette. On consomme. La société civile du passé s’appuyait sur trois piliers: famille, patrie, religion. Je n’apporterai pas de considérations philosophiques sur le bien-fondé de cette trinité. Je constaterai seulement que ce trio fusionnel a disparu au profit du pianotage obsessionnel, surfer sur l’insignifiance. «Emoticoner» son existence. Vivre par procuration devant son petit écran, comme dirait la chanson. 

Amené à m’exprimer devant des étudiants, je leur ai demandé pourquoi ils ne lisaient plus les journaux. Savent-ils pourquoi ils paieront un jour leurs impôts? Connaissent-ils le coût total du nouveau Musée cantonal d’art et d’histoire? Les journaux sont là pour le leur apprendre. Mais peut-être pensent-ils que dans le monde de gratuité où ils évoluent, ils ne paieront plus d’impôts…?

Presse et démocratie vont de pair, disais-je tout à l’heure. La démocratie, le moins mauvais des systèmes politiques, Churchill dixit, souffre mais elle n’est pas morte. Une bonne cure de vitamines lui ferait le plus grand bien. Passera-t-elle par la révolution des jeunes générations qui descendent dans la rue, interpellant le pouvoir? Le ciment d’une communauté donnée, c’est le dialogue basé sur la transparence. La presse y contribue de manière indispensable.

Quel avenir pour la presse? 

Le facteur humain, d’abord. Les journalistes. La presse reste envers et contre tout l’élément moteur de la cohésion sociale. Il incombe à ses serviteurs de soigner cet idéal. 

Parmi les jeunes journalistes beaucoup sont prêts à véhiculer les valeurs qui ont animé leurs aînés. Mais ils ont besoin d’un terreau favorable, un enthousiasme qui transcende les blocages, les préjugés. Une liberté affranchie des manipulations et des pressions de toutes sortes, telles que celles exercées ces derniers mois par des conseillers d’Etat sur le correspondant en Suisse romande d’un journal alémanique.

Les journaux n’ont pas besoin d’épaisseur pour afficher ces qualités d’indépendance et de pertinence. Leur densité, c’est au courage qu’elle se mesure. J’aime donner en exemple, le travail d’une jeune journaliste d’investigation vaudoise, auteure d’une remarquable enquête sur une personnalité du sport, aussi douée pour le tutoiement que pour la bacchanale fellinienne.

Quel avenir pour la presse, structurellement parlant, maintenant! Ceux que l’on appelle les «pure-players», les titres entièrement en ligne, détrôneront-ils le bon vieux journal sur papier? C’est au café que se mesure l’attachement du citoyen à la presse écrite. Un journal se passe de main en main, il a en cela un rôle social évident de passeur, de catalyseur des fantasmes de l’opinion publique. La disparition des vieux bistrots, leur transformation en établissements soumis à des concepts de marketing, dont la vertu principale est de faire passer à 5 francs le prix d’une tasse de café, pèsent sur cette vocation civique de la presse écrite. 

La presse en ligne bénéficie de cette perte d’influence de la presse papier. Mais elle n’a pas encore réussi à renverser le modèle économique. En France, Mediapart a trouvé le succès sur le créneau numérique mais il reste une exception. La comparaison avec la Suisse n’est pas possible car la presse hexagonale est soutenue activement par l’Etat. Des journaux comme «Le Monde» et le «Figaro» reçoivent chacun plus de 5 millions d’euros par année! «L’Humanité» un montant à peine inférieur, manne qui explique la survie du quotidien dont l’heure de gloire remonte à l’ère d’un communisme pur et dur.

Il y a quatre ou cinq ans, je n’étais pas du tout optimiste pour la presse papier. Je pensais qu’elle allait disparaître à l’horizon 2020. Je le suis davantage – optimiste – aujourd’hui. Par contre je suis convaincu que les journaux sont condamnés dans leur pagination actuelle. 4 pages bien tassées, 10 au maximum suffisent. Les journalistes ne perdront pas leur emploi, au contraire ils auront plus de temps à consacrer à leur véritable métier, la recherche et l’écriture. Ils ne seront plus au four et au moulin, leurs compétences seront valorisées. 

Dans une telle configuration, l’actualité de ces journaux papier se déclinera au quotidien, une fréquence qui ne permet pas aux sites d’information ou blogs élargis de régater sérieusement, faute de moyens. L’argent va vers l’institutionnel, il se méfie des expériences alternatives et des publications en ligne qui refont le monde au rythme du nombril de leurs protagonistes. 

Je milite personnellement pour des quotidiens d’opinion locaux, affiliés ou proches d’un parti, de droite à gauche de l’échiquier. Des titres dont l’édition numérique étend la palette des prestations rédactionnelles et des services. Des liens, des images à profusion, des vidéos qui étoffent le message et le dynamisent. Rien de tel que prendre chaque matin son café au bistrot du coin avec un bon journal. Mais lire dans son journal préféré ce que tous les médias audiovisuels ont diffusé la veille est une perte de temps. Au lendemain des dernières élections en Espagne, la presse a titré sur une victoire socialiste. L’analyse plus fine des résultats – vous le savez, c’est l’extrême-droite qui a tiré les marrons du feu – prouve qu’elle était en partie à côté de la plaque.

Des quotidiens locaux, disais-je: l’expérience du «Journal de Morges», relancé par l’un de ses rédacteurs qui l’a racheté à Tamedia, montre qu’il ne s’agit pas d’une utopie. En attendant l’opinion nécessaire, on peut compter sur les lecteurs pour remplir ce rôle, pratiquer cet exercice d’engagement. Etant entendu que pour bien commenter, s’indigner, ou au contraire applaudir, il faut être bien informé. 

Presse et démocratie, l’un ne va pas sans l’autre.

Tel est, dans ma vision, l’avenir pour la presse romande.

Christian Campiche

Christian Campiche (à gauche) et le président du Rotary-Club Lausanne, Me Pierre-Dominique Schupp. Photo Michel Gut.


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