Tribune libre – « En France, la révolte des «Gilets jaunes» est le signe que la classe moyenne commence à se rebeller contre l’État »


Cette réaction à la Tribune libre (27.01.20) de Marc Schindler.

Monsieur Schindler, je n’ai pas non plus l’honneur de vous connaître. Mais croyez bien que je suis ravi de cet échange.

Vous déplorez « … les coupures de courant, les manifestations bruyantes dans ma petite ville de province, les vitrines cassées. » C’est bien malheureux, mais il y a pire : un des plus anciens États d’Occident est en pleine déconfiture. Les coupures de courant n’en sont qu’un bien faible symptôme. 

Vous présentez la CGT – ou ce qu’il en reste au terme de son long déclin historique – comme un réel contre-pouvoir opposé à celui de la présidence dans la 5e République française. 40 jours d’agitation sans résultat ne sont pas la marque d’un contre-pouvoir réel, mais le signe d’un simple mécontentement populaire… Quand un contre-pouvoir réel manifeste sa désapprobation – l’Église ou les Grands vassaux sous l’Ancien Régime français, l’armée dans certaines républiques sud-américaines, les familles de la grande aristocratie sous les Sassanides, le Parlement dans l’Angleterre du 17e siècle… – le trône tremble, et la tête du monarque est bien près de rouler dans le caniveau…  

Oui, il est étrange de devoir constater que les deux forces, d’abord opposées, que sont le socialisme (à la française) et le libéralisme (à la française) ont fini par converger et s’entendre sur les principales orientations à donner au pays où vous résidez : intégration européenne, ouverture des frontières aux capitaux et aux travailleurs, libéralisme sociétal,  acceptation de la concurrence économique mondiale, soumission juridique et réglementaire par rapport à l’UE.  Et cet étrange compagnonnage a commencé dès le départ de de Gaulle. Modestement, dans un premier temps, puis, plus largement, pour aboutir à une quasi-fusion intellectuelle.    

Que le régime du président Macron ne repose plus que sur la police, ils sont nombreux à s’en rendre compte. Un gouvernement, dans les sociétés humaines, jouit, ordinairement, du respect des sujets ou des citoyens, de leur confiance, de leur soumission naturelle. Cette subordination du peuple est généralement confortée par l’appui que donnent à l’Autorité les institutions morales d’un pays, Église, gens de Justice, moines, intellectuels. La police, dans la collection de ces appuis, ne joue que le rôle le plus modeste et le plus bas. Elle n’intervient qu’en dernier recours. 

C’est précisément la situation dans laquelle se trouve la présidence Macron : elle ne peut plus compter que sur la police…

Pensez-vous que l’analyse de la décadence française ne soit faite que par des politiciens locaux, éventuellement extrémistes? Croyez-vous que les effets délétères de l’euro sur l’industrie de ce pays aient échappé aux économistes internationaux ? Que le niveau de violence de la répression policière soit passé inaperçu de l’ONU ? Que des journalistes du monde entier n’aient pas observé l’étonnante concentration des médias français dans quelques mains richissimes ? Que la désagrégation sociale de la société ne soit pas apparue à l’œil des démographes et des sociologues ? Que l’infiltration d’idéologies extrémistes et adeptes de la violence n’inquiète pas les milieux militaires ? Que le rachat en série de perles technologiques par des fonds étrangers n’irrite pas les tenants de l’indépendance stratégique française ? Que le poids énorme de la Commission européenne dans les décisions de l’État français ne trouble personne ?

La classe moyenne, dans toutes les démocraties, est le fondement et la principale source de puissance de l’État. La décadence économique et politique de cette classe est le préalable à la chute des systèmes reposant sur le pouvoir du peuple. Cela s’observe depuis l’antiquité grecque. Or, en France, la révolte des « Gilets jaunes » est le signe que la classe moyenne commence à se rebeller contre l’État. 

Vous vous référez à mon travail d’éditeur (A-Eurysthée), vous me faites beaucoup d’honneur. Je vous suggère de lire « Pourquoi Daech nous tue » de O. Klass-Amann (isbn 978-2-9701049-1-9). Vous sauriez pourquoi, dès sa parution, un certain argument des Frères musulmans n’a plus été repris en boucle sur les médias ; Je vous suggère également de lire « Pierre Ceresole, le dernier saint vaudois ? » (isbn 978-2-9701049-3-3). Vous sauriez qu’on peut être patricien ET juge de la politique sa patrie ; Je vous suggère enfin de lire « Rojîne » ou « Berçem » de Suzan Samanci (isbn 978-2-9701049-5-7). Vous sauriez qu’un Kurde peut être autre chose qu’un sympathique (et jetable après usage) guérillero d’extrême-gauche.

Bernard Antoine Rouffaer, Jongny

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