Tribune libre – Engageons-nous pour des causes à notre portée


En cet après-midi gris et pluvieux, je lis votre édito « Non, non, non, non! » et je suis un peu peiné comme le disent les vaudois. Non par le contenu de l’édito du jour, non pour l’hypothétique raison – qui ne se vérifierait certainement pas – d’une divergence d’opinion, mais du fait de la noirceur des propos. Pour peu, on se rendrait au « Magasin des suicides » de Theulé qui vend les balles à la seule unité et a renoncé aux cartes de fidélité… Trois idées me viennent à l’esprit que je prends la liberté de vous livrer :

– la première, empruntée à Soljenitsyne : « l’iniquité n’a pas commencé avec nous. Ce n’est pas nous qui y mettrons fin », ça c’est pour ceux que l’on identifie comme les riches, (le sont-ils vraiment, ces mortels comme nous) qui sont hors de portée et qui ne devraient pas nous intéresser. Et puis, qu’est-ce qui attire les insectes ?

– la seconde, qui a valeur d’axiome : ce ne sont pas les pauvres qui changent les rois, mais bien les bourgeois, qui pour certains sont aussi les solidaires, si on leur laisse les moyens.

– la troisième découle d’un constat fait alors que j’ai incidemment vu passer le cortège des 10000 personnes venues pour le climat à Lausanne. Il y avait les visages de ceux qui, mus par un idéal à géométrie variable, ont défilé avec la fierté de l’insouciance. Plus inquiétant, les visages crispés par un fanatisme induit par la propagande (ou la publicité obsessionnelle instrumentalisée par je me moque à ce stade de qui). Ces deux catégories, évidemment bien schématiques, se rejoignent en un point : après la manifestation, chacun (épicène et chacune) aura à manger, aura un toit. Pour la deuxième catégorie citée, que penser d’un aveuglement identique qui trouverait son origine, non dans un « combat » (ici sans risque), mais serait suscité par des carences bien concrètes, des pénuries de biens vitaux?

Loin de moi l’idée qu’à vaincre sans péril, etc… Mais je maintiens que pour faire avancer les choses, seuls sont à la portée du modeste individu des objectifs à sa mesure,  à la mesure des fourmis que nous devons avoir l’humilité de nous reconnaître en tant que statut. De fourmis au demeurant de plus en plus nombreuses. Et le nombre constitue l’inéluctable et principal prédateur des ressources…

Quant à la défense de causes, je crois qu’elle fonde sa crédibilité sur l’intensité du sacrifice que l’on est prêt à consentir. A cet effet, on lira avec profit l’ouvrage suivant : Zentner, Kurt, « Illustrierte Geschichte des Widerstandes in Deutschland und Europa 1933-1945 », Südwest Verlag München,  1986, 608 p. Ringard, non, d’une actualité bien réelle, et donc ignorée par… ceux que cela arrange.

Mais le monde n’est-il pas fait d’antagonismes ? Alors engageons nous pour des causes à notre portée…

Comprenez-moi bien, ce modeste mot n’a que valeur d’argumentation, et je ne prétends pas, à l’instar de l’un de mes supérieurs passés, que seuls deux personnes avaient compris la tactique et que l’autre était Napoléon.

En pleine estime pour votre travail et votre engagement.

Etienne Reichel, Orbe

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