Clint Eastwood, Albert Londres, Assange…


L’actualité dominée par des serpents de mer opaques et anxiogènes tels que le coronavirus et la 5G amène à s’interroger une fois de plus sur la responsabilité des médias. Et ce n’est pas un hasard si le quatrième pouvoir inspire autant les réalisateurs de film depuis une dizaine d’années. Parfois encensés, souvent décriés, les journalistes ne laissent pas indifférents, c’est le moins que l’on puisse dire. Dans « Le cas Richard Jewell », son dernier long métrage, Clint Eastwood fait sienne la posture du clan critique en jetant un éclairage peu flatteur sur le rôle des médias américains après l’attentat du parc du Centenaire à Atlanta, en 1996. Bouc émissaire du FBI, un innocent devient la victime d’un lynchage orchestré par la journaliste d’un quotidien local, dont la recherche du vedettariat ne le dispute qu’à l’absence de scrupules dans l’obtention des sources. 

Rien à voir avec le professionnalisme du reporter Albert Londres, précurseur du journalisme d’enquête, auquel la dernière édition du mook fribourgeois « Sept » rend hommage de manière fort opportune. Londres eut le courage de plonger sa plume dans la mouise et la fange de l’actualité de son temps, le début du 20e siècle. Il le fit si intensément et sincèrement qu’il s’attira les foudres de certains pouvoirs établis. Sa vie professionnelle est un chapelet de représailles qu’il dut subir. On ne compte pas les titres qui le censurèrent sous la pression. Le moins zélé des émules d’Anastasie ne fut pas Georges Clemenceau, pourtant journaliste lui aussi. Le Tigre demanda et obtint que Londres quitte le « Petit Journal », l’un des quotidiens français les plus lus à l’époque. Le crime du reporter? Avoir relayé les doléances de l’Italie au lendemain de la Grande Guerre: Rome se plaignait des conditions du traité de paix de 1919. Insupportable pour ceux qui l’avaient concocté, Clémenceau et ses acolytes anglo-saxons. 

Albert Londres est mort en mer au retour d’une expédition en Chine où il avait enquêté sur un scandale d’armes et de drogue, servant l’information jusqu’au bout. L’article qu’il prévoyait d’écrire n’est jamais paru. Le navire sur lequel il voyageait ayant sombré, sa fin est nimbée d’un certain mystère et alimente l’hypothèse d’un attentat. La suspicion se nourrit de la même manière que les représailles exercées aujourd’hui contre un certain Julian Assange. L’emprisonnement du fondateur de WikiLeaks et le risque que le lanceur d’alerte soit extradé vers un pays qui le considère comme un criminel ne réclament pas seulement un geste de compassion humanitaire. Ils relèvent d’un enjeu civique et démocratique.

« Assange n’est pas journaliste mais un activiste! », nuancent ses contempteurs. Il leur sera moins facile de maintenir ce reproche après les propos du rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, recueillis dans « Le Temps ». Assange est un journaliste, affirme au contraire Nils Melzer, car il passe des informations importantes au public. « Ce n’est pas le membre d’une clique formalisée qui fait des relations publiques pour un gouvernement. C’est le quatrième pouvoir qui a pour but de surveiller le fonctionnement des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et d’informer le public en cas de dysfonctionnements. Cela fait partie du contrôle démocratique ». 

Christian Campiche

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