Lettre de Lima – L’abondance d’un côté, le chaos de l’autre…


PAR PIERRE ROTTET

Des files d’attente à n’en plus finir! En cette journée de lundi 6 avril, sous un soleil qui continue à jouer son rôle principal d’été, avec un ciel bleu qui semble se moquer de la misère et surtout des tragédies humaines semées par la pandémie, des centaines d’hommes font le pied de grue avant de pouvoir pénétrer dans ce super-marché, à quelques encablures de mon domicile.

Chacun respecte la distance. Mais sur plusieurs centaines de mètres. Ce qui occasionne de longues et interminables files. Apparemment personne ne râle. A ma connaissance tout au moins! Au rythme du compte-goutte, les consommateurs-clients pénètrent dans l’enceinte de la surface commerciale. Deux voire 3 bonnes heures d’attente, à vue de nez. Un peu trop pour moi, qui aime le soleil et l’apprécie, mais bien campé à l’ombre. Avec une bonne brise du large rafraîchissante. 

A moins de 3 kilomètres de là, une autre surface tout aussi commerciale voit défiler son lot de bonhommes, tous aussi exposés au soleil sur 300 ou 400 mètres. Différence, de taille cependant, ici, un panneau indique « fila preferencial », dans laquelle prennent places les personnes d’un « certain âge », dira-t-on, les femmes enceintes et les personnes souffrant d’un handicap.

Avec mon chapeau, ma barbe en bataille et mes cheveux qui réclament plus que jamais des ciseaux en cette période de disette de commerces hors nourriture, je fais partie de ce lot de personnes ayant droit au « privilège ». Quelques minutes, tout au plus! Pas de regards d’animosité! Pas de double confinement pour eux – nous -, celui de la méfiance puisque « personnes à risques », en plus de celui auxquels ils doivent s’astreindre. Comme tout le monde!

En ce lundi, réservé à la gent masculine, comme les mercredis et les vendredis, aucune femme, ni enceinte ni âgée, ne grossit la file. Demain sera son jour. Elle ira s’approvisionner, après des heures d’attente pour elle aussi.

Marrant! J’avais bien noté ici où là quelques mini-colonnes de citoyens, avant que le gouvernement ne décrète sa surprenante décision de séparer les genres en leur assignant à chacun ses jours. Mais jamais dans de telles proportions. A croire que les uns et les autres prennent du bonheur, en ces semaines de confinement, ces longues journées, à prendre le soleil chacun de son côté devant ces magasins qui n’ont jamais fait autant de chiffre d’affaires que ces jours.

L’abondance et les colonnes de citoyens d’un côté. Le chaos dans les districts limeños vulnérables de l’autre, où la population se moque bien des dispositions gouvernementales. Ne serait-ce pour manifester son droit de gagner la maigre pitance du jour. Mourir du corona? Dans un premier temps, faire en sorte de ne pas mourir de faim.

A des années lumières de cette réalité, le président Vizcarra vient d’annoncer un gigantesque plan de relance économique, avec une mise de fonds de 26 milliards de dollars. Pour l’urgence sanitaire et redonner vie à une économie au point mort, avance le palais gouvernemental.

Certains commentateurs estiment qu’il s’agit là d’un plan de relance économique audacieux. « Le plus ambitieux en Amérique latine ». D’autres s’interrogent! Comment? De quel coup de baguette magique sortent ces 26 milliards…? Quand l’argent fait déjà cruellement défaut en période « normale », lorsqu’il s’agit d’améliorer les systèmes de l’éducation et de santé du pays…

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