Le Covid-19 tue aveuglément et décime les artistes


Parmi les principales victimes de la crise économique générées par cet épouvantable virus : les peintres, les musiciens, les comédiens, les danseurs, etc. Le Nouveau Franc-Parler, journal en ligne édité à Gennevilliers, leur rend un hommage à travers le texte qui suit… Et le directeur du journal, le dessinateur Yann, vous présente quelques dessins faits l’année dernière à pareille époque : c’était vraiment la belle époque. Reviendra-t-elle ?

PAR YANN LE HOUELLEUR

Ces dessins, je l’avoue, m’inspirent autant de BONHEUR que de DOULEUR.

BONHEUR, parce que je les ai faits dans cette période d’insouciance absolue qui a précédé la guerre la plus tragique que notre pays ai connu depuis si longtemps, un combat désordonné contre un virus appelé Covid-19.

DOULEUR, parce que depuis plusieurs semaines, ce fléau a condamné la majeure partie des artistes de France (et de si nombreux pays) au silence, à la déchéance financière et aussi au manque de matériel pour continuer à créer dans de bonnes conditions.

Un artiste, soulignons-le, a besoin d’un minimum de confort matériel mais aussi de tout un public pour s’épanouir. Le virus tue des vies. Le virus confine des populations entières. Le virus mutile aussi des artistes qui n’ont plus le droit à la communication et à l’expression.

SAINT ANDRE DES ARTS – Il serait très égoïste et même narcissique de partir de « mon exemple particulier » pour échafauder toute une théorie. Toutefois, je suis bien placé pour évoquer cette tragédie dont souffrent les artistes. Il y a un an, je me tenais assis au milieu de la place Saint André des Arts, non loin de Notre Dame de Paris que le feu avait dévoré quelques semaines auparavant.

Paris, au printemps, accueillait des flots de touristes en provenance de tous les continents. En fin d’après-midi, les terrasses des brasseries et café débordaient de monde. Le soir, des artistes essaient de mettre du beurre dans leurs épinards en contribuant à cette fête à ciel ouvert. Je me souviens, en particulier, d’un guitariste écossais que des agents municipaux avaient accablé d’amendes. Il attendait la nuit pour se produire au croisement de rues très empruntées par les touristes.

De grands noirs au torse tressé de muscles entamaient alors un « chemin de croix » du Châtelet au boulevard Saint Germain. Enlevant leur maillot, ce qui faisait frémir la gente féminine, ils présentaient un spectacle de cinq minutes : culbutes et gestes facétieux, ils épataient les consommateurs assis à la terrasse des cafés alors qu’une sono « recrachait » une musique tonitruante.

Paris, Les Grands Boulevards. Dessin de Yann Le Houelleur, 2019

SOLIDAIRES – Certains soirs, constatant que je vendais peu de dessins, ces potes me donnaient quelques pièces. L’un d’entre eux m’avait dit : « Mec, il faut être solidaires entre artistes. »

Un an plus tard, Paris était exsangue. Les touristes avaient décommandé leur séjour. Commerces et restaurants : touts les rideaux étaient baissés. Ces artistes, parfois misérables, qui donnaient à Paris un supplément d’âme étaient-ils en train de mourir d’ennui ou de faim dans leur chambre sous les toits ou en banlieue ?

Le virus avait annihilé tout un pays. Et d’un coup, telle une gomme impitoyable, il avait effacé ces magiciens irremplaçables que sont les peintres, les musiciens, les comédiens, les danseurs. Même BFMTV, cette « chienne de chaîne » obsédée par la course à l’audience avait enterré le monde artistique : pas un seul parmi nous  – les artistes, magiciens et poètes du macadam –  n’était invité à s’exprimer.

Une France dépourvue de culture : une dictature ne pourrait rêver « mieux » !

Le Nouveau Franc-Parler

Photo DR: Yann Le Houelleur dessinant dans les rues de Paris, 2019.

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