Ce virus de l’anglicisme qui envahit les espaces consuméristes et sportifs en Suisse romande


PAR PIERRE ROTTET

Moi, ce qui m’étonne, c’est que personne ou pas grand monde ne s’en étonne ! Mais de quel virus sommes-nous donc atteints, dans notre petit monde de Suisse romande, – pour ne pas dire dans d’autres ailleurs?

Il y a bien entendu ce virus-tueur, qui cause tant de dégâts et de drames dans le monde. Mais qui s’en ira. Après avoir fait son décompte final à la suite du passage de la grande faucheuse. Reste que ce virus finira bien par déguerpir. Contrairement à cet autre, qui consiste et persiste à nous faire lire en anglais ce que nous pouvons aisément – qui plus est – faire en français. Pour qui parle cette langue, notamment.

Impossible de ne pas les voir, ces petits ronds qui descendent comme des flots… cons des plafonds des petites et grandes surfaces ou encore accrochés aux vitrines des magasins. Histoire de signifier aux consommateurs qu’ils peuvent désormais sortir leurs porte-monnaie pour solde de tout compte avec des marchandises mises en « sale », en cette époque de l’année. Des « sale »! Non mais quoi encore!

Il est vrais que les anglicismes fleurissent insidieusement, ici et là, tellement inutilement mis à toutes les mauvaises sauces. Ridiculement même, sans pour autant qu’ils interrogent le consommateur, qui profite de la période des « sale ». Comme il le faisait à l’époque pas si lointaine où l’on parlait de soldes. Ce mot magique que mon père et ma mère attendaient pour renouveler la garde-robe prolétarienne de la famille.

Sur la vitrine de cette rue piétonne, on affiche bêtement un « Crazy Shopping », cependant qu’une autre invite à entrer dans la « Mobil Zone », avec un argument de poids, en cette époque, qui voit des Trump et des Bolsonaro au pouvoir : « Better be clever ». On n’est pas sorti de l’auberge! Surtout si notre planning n’a pas prévu de lire tel Best-seller», pourtant annoncé comme un «flop» par la critique. Un bide, quoi !

Bon d’accord, il n’y a pas que les vendeurs de fringues, de fripes de godasses ou autres fanfreluches à faire dans le dérisoire et la communication douteuse, au mépris du français, et donc aussi des langues parlées… en Suisse. Ces langues, selon les régions, pourtant apprises par les enfants dès leurs premiers biberons et sur leurs tout premiers bancs d’école.

Les dirigeants suisses de foot et de hockey feraient bien d’y retourner, eux qui y sont allés de leurs « réformes », par le biais de quelques inutiles et pathétiques anglicismes… Histoire de soigner leurs complexes et leurs frustrations. Qui servent sans doute plus à masquer leur manque de vision pour l’avenir de leur sport. Là où le foot est une référence en Europe, et plus précisément en Espagne, en France, en Italie, en Allemagne et bien sûr en Angleterre, on se contente de participer à des championnats qui ont modestement pour nom, malgré le prestige, « Primera division y Segunda division » « Ligue » 1 ou 2, « Serie » A ou B, « Bundesliga et Premier Ligue.

Un prestige que la Suisse est loin d’afficher en clubs. Ce qui n’empêche nullement nos équipes de première et de seconde divisions d’évoluer aujourd’hui sous les pompeuses et ridicules appellations de « Super League » et de « Challenge League ». Parce que « La Swiss Football League » en a ainsi décidé. Avec la complicité silencieuse et pas vraiment critique des chroniqueurs suisses.

Un peu comme si la Swiss machin league entendait par là élever le discutable niveau des clubs de foot du pays. Autrement dit  en pétant plus haut que son cul. Cela dit, les dirigeants du hockey sur glace en Suisse, dit en français, ne font pas mieux. Leur mégalomanie les ayant conduit à s’auto-proclamer « Swiss Ice Hockey ». Avec des championnats de « Hockey Ligue » et de « National League ». Je me demande bien pourquoi « Championnat suisse de ligue » A ou de Ligue B, à propos du français, pourrait bien les gêner. Comme si faire le choix de l’anglicisme allait améliorer la qualité du championnat. De hockey ou de foot.

Reste que le pompon, si je puis dire, en matière d’irrespect pour « les langues nationales », voire la ville de Fribourg et son bilinguisme, je l’ai rencontré sur les lieux même de la méga-construction de la patinoire de Fribourg. Autrement dit la ronflante BCF Arena, où évolue notamment l’équipe phare de hockey du canton de Fribourg, le HC Gottéron.

Apposés sur l’un des cotés de la patinoire et, plus loin, contre des panneaux servant d’enceinte de protection au gigantisme de la construction de cet immense complexe, ces mots que je lis, inutiles et regrettables anglicismes teintés d’un snobisme imbécile et de mauvais aloi, ces mots que je lis, disais-je: « Access Staff Medias » ; « Main Entrances and Access VIP – East West ». Alors me revient en mémoire cette fable de La Fontaine. Celle de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse qu’un boeuf. Au moins le faisait-elle en croassant. Autrement dit dans son langage.

Illustration: DadaEncre, acrylique, collage, oeuvre de l’artiste montreusienne Livia Balu.

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