Dans son dernier livre, Georges de Muralt se révèle un artiste inlassable et… inclassable de la poétique et de la prose


PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Un poète se laisse habiter par la mélancolie, la souffrance, la joie et l’amour. Quand s’ajoute le courage, son oeuvre prend une dimension épique. Georges de Muralt a hérité de ses ancêtres, une ancienne famille de Locarno, la noblesse des sentiments. C’est donc tout naturellement l’émotion d’un cœur pur qui transparaît dans ses écrits. Point de méchanceté, seulement la conscience d’appartenir à une espèce rare, celle des flibustiers du verbe, corsaires aux assauts chevaleresques, l’épée pointée vers le félon, la révolte au secours des victimes de l’infâme injustice.

«En proie à des crises spleenétiques, quelque chose a toujours cloché, comme une fêlure d’où filtrent des larmes à étouffer au fond de ma gorge esseulée». Dans la postface de son autobiographie, l’auteur évoque le gouffre qu’il a côtoyé durant de longues années, cet appel du risque, subi telle une épreuve initiatique, les provocations, les bagarres, l’enfermement, au propre et au figuré d’un rebelle en rupture de ban. Les blessures du passé surgissent, omniprésentes, au fil des chapitres dont les titres évoquent les charmes et mystères de l’éloignement en même temps que la rudesse du retour aux sources, l’expérience singulière de la redécouverte, parfois cruelle, du terreau d’origine. Berne, Madrid, Koweït, Tanzanie… Le destin d’un enfant ballotté au gré des pérégrinations de ses parents. La sérénité arrive après le ressac mais au prix de moult plongées dans les abysses. Dame Chance veille au grain, gare à celui qui ne saisit pas sa main.

Parler de ce livre et des recueils de poésie qui l’ont précédé sans évoquer le style de l’auteur serait futile et vain. Davantage encore qu’un artisan virtuose des mots, un orfèvre, Georges de Muralt se révèle un artiste inlassable et… inclassable de la poétique et de la prose. Son engagement littéraire s’inscrit dans la logique d’une vocation développée depuis l’âge tendre, un talent dont la maturité n’égale que la précocité. Un signe, surtout, que son parcours littéraire ne doit rien au hasard. Ce jeune poète a l’étoffe des grands.

« La part de vestiges », par Georges de Muralt, préface de Christian Campiche, ISCA, 2020.

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