Presse écrite, où sont-ils passés, les pays étrangers?


PAR YANN LE HOUELLEUR

Cela est vraiment terrible ! Exception faite des attentats (récents) en Autriche et dans d’autres pays, on a l’impression que la couverture des événements internationaux s’est rétrécie considérablement. Le monde a disparu de nos écrans, tout au moins les chaînes d’information généralistes (grand public) et celle dites d’info en continu.

Il y a bien longtemps déjà que la presse écrite n’accorde que des  miettes de considération aux pays étrangers. En réalité, les médias français sont très hexagonaux et hyper nombrilistes, surtout depuis que notre pays se porte si mal et que la « une » des journaux est monopolisée par les problématiques suivantes : la Covid et ses conséquences, la violence sous toutes ses formes.
 
Cela s’explique non seulement par la notion de proximité chère aux médias mais aussi par un certain manque de « sensibilité et d’empathie » au sein de la caste médiatique. Les journalistes empreints d’une culture humaniste et même érudits semblent en voie d’extinction.

A propos, ils sont nombreux les confrères à ne point parler de langues étrangères, baragouinant (tout comme de nombreux hommes politiques) en anglais. Les rédactions en chef, confrontées à des impératifs financiers exotiques où, en vérité, ils exercent leur métier en prenant des risques. La France est une nation très ouvert sur le monde mais son intelligentsia donne l’impression d’être embastillée dans une sourde méfiance à l’égard de ce qui se fait hors nos frontières.

De ce point de vue, il existe un complexe à la française que reflète le peu de propension des médias à faire la part belle à l’actualité étrangère.
Un journaliste suisse, Christian Campiche, m’a rendu plus conscient encore de telles  préoccupations lorsqu’il m’a révélé un drame survenu à l’un de ses confrères français installé en Thaïlande avec sa famille. Soudain, la rédaction de son journal lui a coupé les vivres, estimant qu’il commençait à coûter trop cher. La Thaïlande, à l’instar de tant de pays : « cela » n’intéresse plus grand monde en France ! Même le Brésil, un territoire grand comme un continent, ne fait parler de lui qu’à de rares occasions, par exemple lorsque le président Macron a contesté les incendies de grande ampleur ravageant l’Amazonie. Les matières premières brésiliennes se retrouvent dans un nombre considérable de produits que nous consommons mais « le pays de la samba » est l’un des grands absents dans les émissions de télé et de radio en France.

Revenons donc à ce journaliste français « exilé » à Bangkok : après avoir cherché de nouveaux débouchés professionnels depuis son pays d’adoption, il a fini par commettre le pire : un suicide! » Et il avait beaucoup de compétence(s), beaucoup de talent. Petite parenthèse, puisque nous avons mis le curseur, ainsi, sur l’Asie : il y a quelques mois, avant que la Covid ne fasse d’irréparables dégâts à l’échelle planétaire, les « grands médias » évoquaient régulièrement les atteintes aux libertés commises par le gouvernement chinois à l’encontre de Hong-Kong. Des manifestations dans les rues de cette ex-colonie britannique avaient causé des morts, des blessés. Des étudiants, notamment, s’étaient dressés contre l’ogre chinois. Depuis sévit un silence assourdissant sur nos écrans de télévision et dans les pages de nos journaux. (Exception faite d’une radio comme RFI dont l’international est la raison d’être.)

A ce triste constat – le manque d’intérêt suscité par l’évolution des pays en voie de développement ou carrément sous développés – s’ajoute un élément de réflexion sur la mémoire : le temps a connu une accélération, en raison de l’explosion du numérique. La preuve de ceci? Nous sommes devenus incapables de nous remémorer des événements plutôt récents. La fuite vers un futur incertain nous incite à nous réfugier dans une obsession toujours plus étourdissante du présent.

L’auteur est le fondateur et rédacteur en chef du journal numérique parisien Le Nouveau Franc-Parler dont nous publions dans ces colonnes la Une du dernier numéro.

« Franc-Parler » n° 10

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5 Responses to “Presse écrite, où sont-ils passés, les pays étrangers?”

  1. Rochat Marie-Françoise 30 novembre 2020 at 10:20 #

    Merci de cet article très intéressant et qui correspond exactement à ce que je pense.
    J’habite Londres et regarde les informations sur France 2 ou éventuellement sur d’autres chaines, c’est lamentable. Il n’y a plus que des interviews de commerçants masqués, de médecins et de passants masqués. Rien sur ce qui se passe d’important dans le monde à part ce satané virus.
    A la TSR, c’est mieux, nous avons quand même appris qu’il y avait une guerre dans la corne de l’Afrique.

    Cela me fait du bien d’avoir lu votre article!

  2. Alexandre Bidaud 2 décembre 2020 at 23:46 #

    Qu’est-ce qu’une information digne d’intérêt ou d’importance ?
    Nous sommes matraqués de toute part, non seulement de nouvelles au sujet de faits sur lesquels nous n’avons aucune prise, mais encore de nouvelles au sujet de faits locaux étrangers qui relèvent, que cela plaise ou non, du fait divers.
    Pour ma part je n’écoute plus les nouvelles, ni à la radio, ni à la télévision; j’en ai ma claque: C’EST LITTERALEMENT PERDRE SON TEMPS Toutefois ce qui m’interpelle, désagréablement, dans votre texte, c’est votre usage actuellement surprenant des termes ‘en voie de développement’ ou ‘carrément sous-développés’ pour parler de certains pays du globe. Qu’est-ce à dire ? Véhiculez-vous toujours cette sempiternelle ‘vision’ de l’Occidental colonial arrogant qui veut trouver ‘un développement identique’ à chez lui où qu’il se trouve ? C’est, pour moi, une vision totalitaire qui ne dit pas son nom !
    Et cette assertion, de la part d’un journaliste supposément avisé, est une très mauvaise nouvelle à laquelle je me dois de réagir, plutôt que de me préoccuper, que sais-je, de la guerre au Yémen, des problèmes internes du Brésil, du dernier assassinat d’un officiel en Iran, de la mainmise économique de la Chine sur le globe, de la prise de pouvoir permanente et grandissante des mafias dans les cercles étatiques et économiques … etc.
    Quand va-t-on enfin oser crier sur les toits que le 90% des nouvelles diffusées de et sur ce monde sont du bourrage de crâne et qu’elles rapportent d’abord et surtout gros?
    CES NOUVELLES sont, en quelque sorte, L’ARBRE qui cache LA FORÊT !

    Alexandre Bidaud, Lausanne

    • Le Houelleur Yann 3 décembre 2020 at 20:02 #

      Cher Monsieur, en tant qu’auteur de cet article, je n’arrive pas à comprendre la raison de votre « coup de colère » qui par ailleurs révèle un beau coup de plume, mais je sais que vous êtes un amateur d’art et cela est tout en votre honneur. Je ne puis imaginer qu’un homme aussi respectable que vous puisse soupçonner un inconnu (en l’occurrence… moi) de se comporter en « Occidental colonial arrogant ». D’abord, je me suis étonné, à travers ce texte, que les Occidentaux ne manifestent pas davantage d’intérêt sincère pour des pays lointains dont le destin est lié au nôtre et inversement. Ensuite, le terme « en voie de développement » n’est en aucun cas péjoratif, surtout quand on a vécu longtemps dans un tel pays. C’est hélas un « virus idéologique » qui s’est emparé de tant de nos contemporains : prêter des intentions malveillantes à ceux qui utilisent un mot, un adjectif plutôt qu’un autre. Alors, on n’ose plus rien dire de peur de froisser d’inéluctables susceptibilités. Maintenant, je pense que s’informer fait partie d’un droit que chacun d’entre nous peut revendiquer, et il est heureux que des journalistes, même s’ils ne sont pas forcément des plumes prestigieuses, puissent veiller à attirer l’attention d’un lectorat sur des réalités qui ne s’apparentent guère à de simples fait divers tels qu’en raffolent « les journaux à sensation ». Je pense qu’ «une chose» à dû heurter votre sensibilité dans ce texte, que vous n’avez pas nécessairement mentionnée. Peut-être auriez-vous aimé écrire un article sur le même thème… avec d’autres mots.

  3. Alexandre Bidaud 5 décembre 2020 at 12:56 #

    Cher Monsieur,

    Je vous remercie de votre réponse qui me convient très bien.
    Toutefois je continue à penser que les qualificatifs ‘en voie de développement’ ou ‘sous-développé’ ne sont pas et plus appropriés.
    Vous le savez comme moi : la signification et l’usage des mots sont primordiaux !
    Je pense que le terme ‘pauvre’ convient mieux, car cela peut supposer ou impliquer de recevoir ou d’obtenir de l’aide – mais surtout une aide désintéressée où ne figure aucun jugement de valeur.
    Quant à « la chose » qui m’aurait heurtée, croyez-moi, il n’en est rien; mais il est vrai que j’ai loupé une ‘vocation’ … parmi d’autres : j’aurais fait un très bon chroniqueur… d’opinions.

    Bien à vous

    Alexandre Bidaud

  4. Le Houelleur 5 décembre 2020 at 20:36 #

    Votre réponse, Cher Monsieur, me convient tout aussi bien. Je vois que de l’eau a été mise dans votre excellent vin helvétique. Pas forcément l’eau d’un pays qui prend l’eau de toute part… la France où je vis.
    Permettez-moi de faire observer que le mot « pauvre » peut tout aussi prêter à confusion que les adjectifs (entre autres sous-développés) qui avaient heurté votre sensibilité… de chroniqueur. Mais « on » peut être pauvre et avoir été riche parce qu’on a gaspillé ses ressources et son savoir faire par vanité, par flemmardise en en vertu d’autres attitudes. L’Argentine, par exemple fut un pays riche, puis elle devint un pays pauvre. Toute une partie de nos Etats occidentaux ne sont pas loin de connaitre le même sort, et s’ils sont pauvres de nos jours c’est parce qu’ils ont laissé filer leur appareil de production, en raison de politiques de type libéral et en raison d’un multilatéralisme farfelu. Mais le transfert de filières entières de production vers d’autres pays a-t-il nécessairement rendu ceux-ci riches ?
    Puisque vous avez vocation à devenir aussi bon chroniqueur que vous n’êtes collectionneur d’œuvres d’art, je vous proposerais volontiers un article qui aurait pour thème : le choix des mots. Un mot ne reflète pas nécessairement une idéologie agitée tel un mouchoir par celui qui en fait usage. Il peut aussi être le fruit d’un hasard : quand j’ai écrit « en voie de développement », c’est parce que ce terme, sur le moment, me semblait le plus approprié, mais j’aurais pu tout autant avoir recours aux adjectifs « pauvres », « appauvris » ou à une formulation telle que « candidats au statut de pays prématurément enrichi ».
    Je suis persuadé qu’il faudrait éviter à prêter aux personnes qui écrivent des intentions systématiques et suspectes à travers le choix de certains mots. A vouloir rendre les auteurs trop prudents ou trop timorés quant à leur vocabulaire, on créera, je crois, les conditions d’une dictature sémantique avec éventuellement, sur les réseaux sociaux et ailleurs, une police des mots. Avec l’aide des investisseurs du numérique cette brigade réduira le dictionnaire à 200 ou 300 mots. Autrement dit, l’appauvrissement inéluctable de la langue révélera une régression, à moins que ce ne soit un sous développement, de notre capacité d’expression.

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