Julian Assange demeure en danger


PAR ROBERT JAMES PARSONS

La justice britannique a semblé souffler le chaud et le froid cette semaine sur Julian Assange et les défenseurs de la liberté d’information. Au refus lundi de son extradition a suivi, mercredi, la prolongation de sa détention. Si la décision de la juge de première instance, Vanessa Baraitser, de ne pas permettre le transfert du fondateur de WikiLeaks vers les Etats-Unis a été accueillie comme une victoire (quoiqu’une victoire d’étape), une lecture attentive du jugement permet une autre interprétation, bien plus sombre.

Dans ce document de 132 pages et en conformité parfaite avec ses agissements tout au long du procès, la juge s’aligne point par point sur la position politique des Etats-Unis. En fin de compte, le refus d’extradition est justifié par des craintes pour la santé physique et mentale d’Assange, qui, enfermé dans une prison étasunienne de type «super-max», pourrait tenter de se suicider. Le cas de Jeffrey Espstein, censé s’être tué en prison, est cité par Mme Baraitser à l’appui de ses craintes.

On s’interroge dès lors sur le renvoi du médiactiviste australien dans un pénitencier de très haute sécurité comme Belmarsh et ce sine die, les Etats-Unis pouvant multiplier les recours. Pour rappel, les visiteurs de Julian Assange ont relevé l’état pré-occupant du détenu depuis son incarcération à l’isolement en mai 2019. Nils Melzer, rapporteur spécial de l’ONU contre la torture, a été catégorique: Julian Assange montre tous les signes d’une personne soumise à une torture psychologique à petit feu.

Dans un raisonnement pour le moins curieux, la juge s’est justifiée en déclarant craindre qu’une levée de la détention ne soit annulée en recours…

Issue fatale

Il va de soi qu’un sort à la Espstein arrangerait tant la justice étasunienne que la britannique. Car cette issue tragique ne pourrait être imputée aux Etats-Unis, tandis que le Royaume-Uni aurait pour lui d’avoir refusé l’extradition pour des motifs humanitaires.

Lors des mandats Obama-Biden, le duo avait soigneusement évité de demander l’extradition de Julian Assange, craignant que les inculpations utilisées pour le faire condamner ne puissent se répercuter sur les grandes entreprises médiatiques telles que The New York Times, Der Spiegel ou Le Monde, qui avaient produit bien des articles sur les documents rendus publics par WikiLeaks. En revanche, Trump, qui n’a eu cesse de dénoncer les médias comme «ennemis du peuple», n’a pas hésité à exiger l’extradition.

Mais quelle que soit la punition infligée à Julian Assange, le but des deux administrations a été d’utiliser le cas WikiLeaks pour donner une leçon aux lanceurs d’alerte et aux journalistes tentés de les soutenir, imposant ainsi un peu d’ordre dans un paysage médiatique que Wikileaks avait réussi à chambouler.

Comme le souligne le journaliste-chercheur Jonathan Cook, la juge britannique s’est politiquement alignée sur cette mission, «écartant les mises en garde de l’équipe de juristes défendant Assange que l’acceptation de l’argumentaire politique pour l’extradition revenait à une attaque tous azimuts sur la liberté journalistique fondamentale. Elle a établi un précédent permettant aux Etats-Unis de saisir des journalistes étrangers et de les poursuivre pour ‘espionnage’ s’ils exposent les crimes de Washington».

Le Courrier

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