Scandale de l’inceste, c’est Le Monde à l’envers!!!


PAR YANN LE HOUELLEUR

Soyons francs : la presse française souffre d’un contraste aussi saisissant que poignant. Elaborés majoritairement par des gens de gauche, ses titres sont détenus en grande partie par des milliardaires de l’industrie et de la finance dont ils sont les danseuses. A cet égard, l’élection de Joe Biden a été la consécration de la bonne conscience permanente dont ces médias s’honorent. Bien sûr, à leurs yeux, « Donald » était un déséquilibré qui aurait pu appuyer sur le bouton nucléaire en dernière instance pour se venger d’une défaite électorale qui ne fut tout de même pas une débâcle.

Cette situation de dépendance de groupes industriels dont ils sont les danseuses fait que les « grands » médias tricolores ne peuvent pas tout se permettre. Leurs propriétaires font appel à des sous-fifres, des rédacteurs en chef  – bien mieux payés  qu’une caissière de supérette –  très sensibles aux jérémiades des lecteurs.

Et un caricaturiste du Monde vient d’en faire les frais. Ce n’est pourtant pas l’un des plus doués de sa génération. Xavier Gorce met en scène, assez souvent, des pingouins qui sommairement représentés sur leur banquise se permettent un humour acidulé. Cela faisait près vingt ans que le Monde lui renouvelait sa confiance.

Dernière « trouvaille » en date, qui a fait couler des flots d’encre sur les réseaux sociaux : « Si j’ai été abusé par le demi frère adoptif de la compagne de mon père, transgenre devenu ma mère, est-ce un inceste ? »

L’inceste est devenu un thème incandescent, à manier avec des pincettes, dans les médias depuis qu’un livre (« La Familia Grande ») signé Camille Kouchner, fille du célébrissime Bernard Kouchner dénonce les « exactions sexuelles » commises par le politologue Olivier Duhamel. Adepte de l’inceste, ce grand bourgeois de gauche a aussitôt renoncé à toutes ses fonctions et missions, entre autre la présidence de la Fondation nationale des sciences politiques.

Le pingouin interrogateur hâtivement dessiné dans les colonnes du Monde a semé un coup de froid dans la rédaction de ce quotidien naguère anti-gaulliste, jadis respecté pour son indépendance, devenu le porte-parole de toute une grappe d’entités communautaristes confondant leur revendications avec le besoin de visibilité d’une société aux abois.

On imagine à quel point ces minorités se raccrochant aux vestiges de la « vieille presse » en ruine ont pu faire de foin après tant d’insolence. La direction du si honorable journal a dû se fendre d’un communiqué présentant ses excuses aux lecteurs offensés par une caricature que sa rédaction en chef avait pourtant validée la veille. Un chef d’œuvre de diplomatie et d’hypocrisie que cette prose « mondaine » : « Le dessinateur Xavier Gorce nous a fait savoir, mercredi 20 janvier, qu’il mettait fin immédiatement à sa collaboration de dix-neuf années avec Le Monde. Nous prenons acte de cette décision « personnelle, unilatérale et définitive », selon ses termes publics, tout en confirmant que nous ne la souhaitions pas. »

« Cette démission, poursuit le quotidien, intervient après la parution, mardi 19 janvier, dans la newsletter « Le Brief du Monde », d’un dessin de Xavier Gorce que nous n’aurions pas dû publier (sic). »

Habiles formules, émanant de la rédaction en chef d’un quotidien qui en a vu d’autres puisque Le Monde est censé appartenir à la fine fleur de la presse tricolore. Son fondateur, l’austère Hubert Beuve-Méry, avait créé un grand journal  à l’instigation de Charles de Gaulle. Mais ce journaliste né dans un milieu modeste n’avait pas tardé à se rebeller contre le grand homme dont il contestait la mainmise sur l’électorat français quand il avait, précisément, tout mis en œuvre pour que les Français élisent leur président au suffrage universel. Ainsi était née la 5ème République, dont le journaliste coriace s’était penché sur le berceau avec scepticisme.

«Dans une interview donnée peu avant son départ du Monde, à l’âge de 68 ans, Beuve-Méry avait insisté : « Les journalistes du Monde ne sont pas comme les autres. Ils sont honnêtes, indépendants, mais pas forcément objectifs ».

Que n’aurait-il dit, s’il était encore en vie, du manque d’indépendance d’une direction et d’une rédaction en chef si sensible à l’air du temps.

Et puis, la structure financière du Monde a bien changé. Même si une société des rédacteurs a gardé une minorité de blocage, c’est la haute finance qui a sauvé le vénérable quotidien du naufrage, voici quelques années. Aux côtés de Matthieu Pigasse, un banquier d’affaires « très en vue: Xavier Niel, le patron de l’opérateur Free. Tous deux ont racheté, à la mort de Pierre Bergé, les parts que celui-ci détenait, « à titre prétendument désintéressé », dans le Monde. Toujours est-il que Xavier Niel, un soutien indéfectible d’Emmanuel Macron, a la réputation de mépriser les journalistes. Dans d’autres médias, certains numériques, contrôlés par lui, il veille à rendre les conditions de travail des rédacteurs stressantes et peu rémunératrices. Xavier Niel s’est couvert de honte, faisant jaser le tout Paris, quand il a échoué à entrer au capital de BFM TV, cette chaîne d’info en continu qui dans tant de ses émissions se plaît à poursuivre, de manière obsessionnelle, les conspirationnistes, les anti-vax et les anti-Macron.

Yann Le Houelleur est journaliste à Paris, fondateur du journal numérique Franc-Parler.

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