Tribune libre – A l’arrière-plan de la crise de confiance sanitaire actuelle, une longue histoire de mensonges


Même un peu houleux, le débat sur le vaccin anti-covid organisé par Pierre Ruetschi, directeur du Club suisse de la Presse, fut un bon débat. Le modérateur a donné la parole aux “voix dissidentes”, ce que j’ai apprécié. 

En tant qu’auditrice, je note que notre stratégie de lutte contre le COVID-19 a été, entre autres, basée sur les résultats des tests PCR qui, tels qu’ils sont effectués en Suisse, donnent une fausse image de la réalité et de la vérité. Dans le débat, les représentants de nos autorités n’ont pas nié ce fait et n’ont pas répondu à cette critique de manière claire et convaincante.  Comme l’a souligné la Doctoresse Astrid Stuckelberger, il s’agit d’une question fondamentale. Nous sommes dans l’une des plus grandes crises de l’après-guerre, avec des conséquences socio-économiques colossales pour la planète. Il est vital que chaque mesure que nous prenons pour la gérer soit basée sur les meilleures preuves scientifiques disponibles et que nous ne négligions pas les informations dont nous découvrons qu’elles sont fausses. Il est regrettable que le débat n’ait pas apporté de réponse satisfaisante à cette question cruciale.

En tant que professionnelle de la gestion de la sécurité des aliments, ayant une longue expérience dans la gestion des crises alimentaires et sanitaires, je voudrais ajouter quelques faits de principe et souligner l’importance de la transparence en matière de la sécurité. Le rôle des lanceurs alerte, aussi. Un sujet qui, malgré son importance dans ce contexte, est étonnamment mis aux oubliettes. 

Outre la crise sanitaire et socio-économique, nous sommes également confrontés à une crise de confiance dont la manifestation se situe au niveau de la communication. Pour nous rassurer, les médias nous montrent des images de dirigeants ou de personnalités populaires, comme par exemple le lauréat du prix Nobel de chimie en train de se faire vacciner.  On rapporte des sondages sur la proportion de la population qui accepterait de se faire vacciner.  Serait-ce là des preuves de la sécurité et de l’efficacité du vaccin?  Est-ce que ces informations sont censées rassurer la population? Je trouve qu’une telle communication est contre-productive car elle insinue un certain problème de confiance dans la sécurité des vaccins, sans pour autant apporter des preuves de qualité.  De plus, elle est condescendante et infantilise la population comme si celle-ci n’avait pas la capacité de jugement et de discernement et suivait aveuglement les mots d’ordre de l’autorité.
 
Cette situation de crise, n’est pas sans rappeler la crise de la vache folle (Encéphalopathie spongiforme bovine (ESB)) et sa transmission à l’humain sous la forme d’une nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Pendant cette crise, de graves erreurs dans l’évaluation des risques de l’ESB et dans sa gestion ont entraîné une perte de confiance des consommateurs et des pays importateurs. La vente de produits à base de viande a chuté, un phénomène qui s’est reproduit dans tous les grands scandales alimentaires.  
La perte de confiance a des causes et des effets multiples. Outre la solidité des informations scientifiques et la validité et la justification des décisions prises, la confiance est une question de perception, et donc de  communication. Dans une crise avec un pathogène émergent, avec de nombreuses inconnues, il est compréhensible qu’il y ait des incertitudes dans l’information scientifique. Mais la leçon de la crise de la vache folle a été précisément de reconnaître et d’examiner les incertitudes et de les communiquer.
 
Dans la crise actuelle, il semblerait qu’il y ait une certaine tendance à étouffer les incertitudes. Au lieu de rallier les voix dissidentes pour mieux examiner les informations divergentes et ajuster la stratégie et la communication, les débats sont polarisés et les voix dissidentes sont rejetées, dénigrées et étiquetées comme conspiratrices. 

Une autre chose n’est pas claire: quel système de surveillance est mis en place pour observer les effets secondaires, leur gravité ou leur prévalence ? Qui enquêterait sur la relation de cause à effet?  Qui serait responsable des effets nocifs et imprévus et comment les victimes seront compensés ? Et quelle assurance pourrons-nous avoir que les médias informeraient impartialement, alors que  mon expérience montre qu’ils ne sont pas indépendants?
 
Lorsque je demande à mes amis “comment savez-vous  que le vaccin est sûr et/ou efficace?”, ils sont incapables de me répondre. Souvent, j’obtiens la réponse “parce que de nombreuses personnes se font vacciner“.  Comme dans le conte “Les nouveaux Habits de l’Empereur”, de Hans Christian Andersen, parce que d’autres le disent et le font, alors c’est juste. Alors que de Galileo Galilei à Julian Assange, nous savons que la voix officielle, celle du pouvoir ou de la majorité peut parfois être fausse ou même trompeuse. “Ce n’est pas parce que beaucoup de gens ont tort qu’ils ont raison ! “dirait Coluche.

En fait, cette crise de confiance n’est que la conséquence d’une accumulation graduelle d’insatisfaction à l’égard de la gouvernance mondiale. Même avant la COVID-19, la confiance était au plus bas dans certaines populations. Elle s’est manifestée sous différentes formes: les gilets jaunes en Europe, les manifestations climatiques, les mouvements MeToo, black-life-matters, le soutien à Julian Assange comme symbole de la liberté d’expression, etc.  Je constate que parmi les voix qui se méfient aujourd’hui, il y a de nombreuses personnes qui ont vu ou vécu la corruption de près ( le terme corruption est pris dans un sens large). D’où leurs questionnements. 

A l’arrière-plan de la crise actuelle, il y a une longue histoire de mensonges de la part des pouvoirs publics ou des dirigeants du secteur privé qui ont souvent bénéficié de l’impunité. Dans certains pays, même les autorités religieuses, qui auraient dû être un exemple de moralité, ont perdu leur humanité et décence. Dans les pays qui ont une réputation démocratique, l’hypocrisie prévaut aux dépens du respect des valeurs affichées. 

Il y a aussi notre impuissance ou notre laissez-faire face à leurs mensonges, leurs crimes, leurs injustices, ainsi que les efforts déployés pour réprimer les voix dissidentes et la dégradation de nos valeurs.  En d’autres termes, la crise de confiance actuelle n’est pas seulement liée à la gestion de la COVID-19 en tant que telle. La méfiance à l’égard des vaccins ou plus généralement de la gestion de la crise prend racine dans la perte de confiance qui s’est installée au fil du temps. Tout comme la méfiance contre les OGM qui a été aggravée par la crise de la vache folle.

Yasmine Motarjemi, Nyon

Photo©Laurette Heim

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One Response to “Tribune libre – A l’arrière-plan de la crise de confiance sanitaire actuelle, une longue histoire de mensonges”

  1. Motarjemi 14 février 2021 at 19:24 #

    En ce qui concerne le fait de montrer les dirigeants se faisant vacciner pour rassurer la population sur la sécurité des vaccins, cette situation me rappelle l’histoire de la vache folle en ce sens que juste avant que le lien ne soit établi entre la vache folle et la vCJD, le ministre britannique de l’agriculture s’est fait prendre en photo en mangeant un hamburger pour rassurer la population. À l’époque, cette photo a fait un grand scandale. voir la photo sur lien de BBC.

    L’article est également interessant !

    http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/369625.stm

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