Risques liés au nucléaire, trois leçons du Covid


PAR PHILIPPE DE ROUGEMONT

La doctrine fédérale en cas de catastrophe nucléaire repose sur une hypothèse utopique qui nous maintient en état de non-préparation. Le colloque organisé par Sortir du nucléaire le 16 novembre dernier au palais Eynard (GE) a exposé cette situation inacceptable.

L’étude EUNUPRI que Sortir du nucléaire a commandé à l’institut Biosphère(1) a solidement établi qu’en cas de catastrophe nucléaire, la radioactivité ne se disperse pas en « cercles concentriques » tirés au compas. En cas de catastrophe nucléaire, c’est la météo (vents, pluies) qui détermine la carte des contaminations. Pierre Eckert, co-auteur de l’étude EUNUPRI nous a expliqué que des communes situées à plusieurs centaines de km de la centrale endommagée peuvent être gravement contaminées.

Aux abris ?

La « phase nuage » d’une catastrophe dure de quelques heures à quelques jours. La population du territoire survolé doit se confiner le mieux possible pour ne pas respirer l’air ambiant. Selon Bernard Tschopp, officier d’Etat major du Service d’incendie et de secours de Genève, intervenant pendant le colloque: « C’est très, très compliqué de maintenir des gens confinés dans un abri pendant plus de 12 heures. Au bout de 12 heures il y aurait des problèmes, d’eau usées et pour s’hydrater. Enfermer 500 personnes dans un abri communal pendant 24 heures, je ne peux pas dire ce qui se passera dedans ». Selon les participants, la mise en conformité des abris privés semble impraticable et les abris communaux sont largement insuffisants. De plus, il est incohérent de demander aux gens de se confiner et en même temps sortir se fournir de comprimés d’iode. C’est pourtant ce que la doctrine prévoit !

« Phase sol »

M. Tschopp rappelle que les zones où il pleuvra pendant le passage du nuage de particules radioactives concentreront d’importantes quantités de radioactivité dans le sol. Ces zones doivent être rapidement évacuées. N’importe quelle partie du pays et des pays voisins peut être concernée. Pourtant « Si nous avons une expérience en matière d’évacuation de quelques dizaines voire une centaine de personnes lors d’un incendie par exemple, nous n’avons aucune expérience lorsqu’il s’agit d’évacuer des milliers de personnes voir un demi-million de personnes. »

La meilleure prévention

Selon M. Alfonso Gomez conseiller administratif de Genève, « ces mesures à mettre en place posent des problèmes majeurs. On peut en conclure que le maintien des centrales n’est pas acceptable. C’est toute la question du nucléaire. Vous pourrez essayer de pallier les effets du risque mais ce dont vous aurez besoin comme infrastructure, comme organisation est telle – et ce que je viens d’entendre le confirme – que j’ai un nombre de doutes sur leur efficacité. »

Parlement fédéral

Sans attendre l’arrêt des centrales, Sortir du nucléaire travaille avec des parlementaires fédéraux, Mme Isabelle Pasquier (GE) et M. Fabien Fivaz (NE), pour que la Confédération se base enfin sur le scénario de catastrophe basé sur l’étude EUNUPRI. C’est cela qui permettrait de se préparer aussi efficacement que possible et de limiter le nombre de victimes en cas de catastrophe. Nous attendons notamment un envoi de pastilles d’iode à toute la population et la mise sur pied d’un système d’alerte plus adapté que le couple sirène-radio. Le parallèle avec la pandémie a été fait par plusieurs intervenants : nous étions avertis de pandémies à venir, mais nous n’avons pas anticipé. Tirons en l’expérience et préparons-nous, vraiment, à une catastrophe nucléaire tout en espérant qu’elle n’arrive jamais.

(1) www.tinyurl.com/eunupri-court

Vidéo du colloque : www.tinyurl.com/prevention-sdn-ch

L’auteur est président de l’association Sortir du nucléaire et conseiller municipal à Genève.

Article paru dans “Sortir du nucléaire”, mars-mai 2021, No 126

Montage image “Sortir du nucléaire”:

De gauche à droite et de haut en bas, Bernard Tschopp, Service incendie et secours Genève (SIS), Alfonso Gomez, conseiller administratif de Genève, Pierre Eckert, anc. chef centre régional Météosuisse et député, Nicolas Schumacher, commandant du SIS, Fabienne Freymond, municipale de Nyon, Philippe de Rougemont, président de Sortir du nucléaire, Haruko Boaglio, auteure de “J’ai fui Fukushima”.

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