La Colombie juste derrière la Syrie quant au nombre de réfugiés sur son propre territoire


PAR PIERRE ROTTET

Du Pérou en Colombie, du Chili au Brésil, les gouvernements ultra-conservateurs subissent des revers qui pourraient bien se traduire par des déconvenues dans les urnes. Et surtout remodeler en partie le paysage politique de l’Amérique latine ces prochains mois.

C’est la cas en Colombie, où le régime du président actuel Ivan Duque vacille. Ébranler qu’il est après les récentes manifestations violemment réprimées par les forces dites de l’ordre, qui ont fait au moins 50 morts, plus de 1’600 blessés et quelque 21 victimes de violences sexuelles dans les locaux de la police, selon des chiffres donnés par l’ONG « Temblores ».

Dans un rapport rendu public rendu lundi dernier, cité mardi 25 mai par le quotidien argentin « Pagina 12 », des ONG comme « El Equipo Jurídico y Humanitario 21 N », « la Corporación Justicia y Dignidad », ainsi que la « Comisión Intereclesial de Justicia y Paz (CIJP) » dénoncent des disparitions par dizaines – 129, dit-on, même si le chiffre pourrait porter sur 470 personnes dont on est sans nouvelles -, des tortures et la découverte de fosses communes. Le rapport en question, cité par « Pagina12 », révèle des lieux de détention et de torture utilisés par les paramilitaires et la police, en particulier du côté de Cali, une des villes où la répression sévit le plus depuis la reprise des protestations, le 28 avril ».

Rien pourtant, face à l’urgence des vides sociaux, n’est en mesure d’éteindre les clameurs des villes ni de décourager la protestation dans les rues colombiennes, initiée en novembre 2019, mais quelque peu stoppée en raison de l’accalmie imposée par le Covid 19. Une pandémie qui continue à faire des ravages dans le pays, en raison, surtout, de la mauvaise gestion de Duque et de son équipe au gouvernement, assure l’opposition.

Grèves, manifs… rien ne décourage en effet pour l’heure les syndicats, les étudiants, les indigènes et autres secteurs de la société civile mobilisés comme jamais contre les politiques de santé, d’éducation, malgré le retrait, sous la pression de la rue, de la réforme fiscale voulue par le conservateur Duque et qui a mis le pays à feu et à sang.

Rien, en effet, ne semble décourager la rue, malgré les violences policières, les balles réelles et les coups de matraques, les tortures, viols et autres méfaits des rambos au service du pouvoir et des multinationales. Plus que jamais aux abois, Duque doit aujourd’hui faire face aux pires manifestations de ces dernières années, avec une opposition et des jeunes qui dénoncent l’absence de réformes et la fuite en avant des gouvernements colombiens qui se succèdent sans interruption depuis des lustres. Sans jamais apporter– sinon par la répression – de solutions politiques et sociales dont le pays à besoin. 2022 viendra peut-être le rappeler à Duque!

Si aucun candidat de l’opposition ne se profile pour l’heure pour la présidentielle colombienne, en mai 2022, la mairesse de Bogota, Claudia Lopez, pourrait bien rompre l’hégémonie politique et sans partage des ultra-conservateurs colombiens. Première femme à briser le machisme politique ambiant dans le pays, en couple revendiqué – malgré la puissance et les influences des Eglises, sectes comprises -, avec une compagne, Claudia Lopez a crée la surprise en se faisant élire fin 2019 à la tête d’une coalition entre le Parti vert et le Pôle démocratique (gauche). Une première en Colombie !

Sans parler du conflit opposant les forces rebelles des guérillas et des militaires, les violences ont surtout touché des civils engagés dans le social. Ainsi le nombre record d’assassinats de défenseurs des droits humains, près de 200 en 2020, constitue-t-il le pire bilan de ces onze dernières années, dénonçait le 20 mai dernier une ONG locale. En 2020 toujours, 1 journaliste d’un média communautaire a été assassiné par balles alors qu’il couvrait une manifestation de communautés indigènes protestant contre la privatisation de terres dans leur région.

Les syndicalistes, qui refont peu à peu surface avec la recrudescence de la protestation, ont payé un très lourd tribu ces dernières années à leurs engagements. Tués, “nettoyés”, principalement par les paramilitaires, qui, le plus souvent, agissent pour le compte de multinationales ou des intérêts de gros groupes financiers. Selon l’une des ultimes informations dont dispose l’École Nationale Syndicale (ENS), entre 1971 et 2018, 3’240 syndicalistes ont été assassinés, 7317 sont menacés, 250 ont disparu et 189 ont été séquestrés.

En silence le plus souvent, les grands oubliés des médias, les déplacés, indigènes en particulier, populations autochtones, indios des vastes forêts colombiennes, ne « valent » guère mieux que des statistiques, le plus souvent. Eux qui sont pourtant exilés sur leurs propres terres. Exilés en raison des violences entre les guérillas et l’armée colombienne, mais surtout pourchassés par les paramilitaires à la solde de multinationales avec le consentement de l’Etat, afin de laisser le champ libre à l’exploitation des richesses convoitées par de puissantes sociétés sans scrupules aux intérêts tentaculaires: le sous-sol, la forêt, les terres indigènes.

Selon un rapport publié en octobre 2015 par le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU, le HCR, ils étaient plus de six millions de personnes, sur une population colombienne globale de 50 millions d’habitants, à subir l’exil à l’intérieur de leur propre pays. Six millions ? Ce chiffre plaçait alors ce pays d’Amérique latine, aux dires de ce rapport, en seconde position mondiale, derrière… la Syrie !

Six ans après la publication de ce document, rien n’a changé…

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