Faut-il en rire … ou pleurer ? L’actuelle exposition du Musée d’Art et d’Histoire ayant déjà fait l’objet de descriptions, aussi désopilantes que pertinentes, par Etienne Dumont et Bénédicte Bonnet Saint-Georges, on se bornera à s’interroger sur l’intention qui préside à cette affligeante démonstration d’incompétence. Prendre les gens pour des imbéciles n’est sans doute pas le meilleur moyen de conquérir un nouveau public, et les succès de fréquentation risquent bien d’être éphémères. Car en fin, quelle est la fonction d’un musée ? Rassembler et divertir des fêtards, ou mettre en valeur et rendre intelligibles les collections ? Si fonction pédagogique il y a, celle-ci devrait amener le spectateur à voir les œuvres dans la perspective qui leur est propre. Eclairer, et non dévoyer. Or c’est exactement le contraire que pratique ici le nouveau directeur du MAH, dont la démagogie, aussi racoleuse que prétentieuse, s’évertue à les réduire au niveau du canular en confiant l’organisation de l’exposition à un(e) artiste contemporain(e). C’est la mode. Mais dans cette entreprise perverse, d’un narcissisme insensé destiné à flatter l’ego des commissaires, les objets présentés ne sont plus que prétextes, otages d’une “création” totalement arbitraire. Quoi de plus ringard que cette tentative laborieuse de mimer l’impertinence dadaïste ? N’est pas Duchamp qui veut, et l’ironie poussive tient ici de la baudruche dégonflée. Le ridicule ne tuant malheureusement plus, reste à espérer que cette double erreur de casting ne menacera pas trop longtemps la barque de l’un des plus riches musées du pays. Alerte ! le naufrage menace.
Philippe Junod, Lausanne
Marcher sur l’eau, Genève, Musée d’Art et d’Histoire, 28 janvier 2021 – 27 juin 2021