Berne, Bruxelles, le Rafale


PAR CHRISTIAN CAMPICHE

A l’annonce de la mort de l’accord-cadre Suisse-UE, un flot de critiques s’est abattu sur le Conseil fédéral et le ministre des Affaires étrangères Cassis, dépeint comme un incompétent irresponsable, suppôt des nationalistes. L’économie et la recherche, écrivent en substance les éditorialistes, pâtiront des mesures de rétorsion que pourrait adopter Bruxelles. Quel avenir pour les jeunes générations de ce pays ? Bizarrement, personne, ou presque, n’a cité un autre ténor responsable de la rupture : l’Union syndicale. Ce bastion de la gauche militait légitimement contre la sous-enchère salariale. C’est une alliance contre nature qui l’a amené dans le même camp que l’UDC parmi les partisans du rejet. Il faut donc bien relativiser les choses avant de désigner des coupables.

Que faire aujourd’hui ?

La première chose à corriger est l’idée que l’on se fait de l’UE. On la dépeint comme un grand méchant loup mais cet ensemble d’Etats souffre d’une dépendance psychologique problématique dans la mesure où c’est l’Amérique qui fut à son origine au lendemain de deux conflits généralisés qui ont laissé le Vieux continent exsangue. En bâillonnant l’Allemagne, le vainqueur espérait instaurer une paix durable, tout en neutralisant un concurrent. L’UE résulte d’un compromis et non d’une passion, même si cette caractéristique est commune à nombre d’ententes entre communautés ayant abouti à la création d’un pays, soit dit en passant.

Ce contexte fait que l’UE n’a jamais dépassé le stade du grand marché. Elle n’a jamais accédé au rang de véritable puissance militaire, dotée d’une force de frappe commune. D’ailleurs elle n’en a pas l’envie. D’abord parce que la France ne tient pas à renoncer à sa valise nucléaire. Ensuite parce que l’UE est déjà intégrée au sein d’une structure militaire, un parapluie américain nommé OTAN. Symbolique est la photo officielle du G7 qui s’est tenu en Grande-Bretagne. A côté de l’Anglais Johnson qui fait le pitre, le président américain tout sourire mène sa troupe au doigt et à la baguette. Derrière, l’Européenne von der Leyen et l’Italien Draghi ont l’air de figurants.

Avec des milliers de GI’s sur son territoire, l’UE reste plus que jamais une possession américaine, c’est cela qu’il faut garder à l’esprit en Suisse quand on parle de relations avec Bruxelles. Il faut écarter toute vision romantique dans ce dossier. Pays prospère convoité pour sa stabilité de l’emploi, la Suisse reste courtisée par ses voisins au-delà de ce que pensent beaucoup de commentateurs. Une télévision française assurait récemment que Berne avait arrêté son choix dans le dossier du futur avion de combat. Ce serait le Rafale ! Si cette nouvelle devait se confirmer, la Suisse n’aura rien à craindre de la France, encore moins de Bruxelles. Elle ne pourra que regretter le fameux « dimanche noir de 1992 » qui avait vu le peuple enterrer l’Espace économique, garant d’une tranquillité administrative. Si le « oui » l’avait emporté, les fonctionnaires fédéraux auraient évité trente années de patinage dans le yoghourt.

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3 Responses to “Berne, Bruxelles, le Rafale”

  1. Dominique Michelet 14 juin 2021 at 13:31 #

    Bof… l'”Europe” à l’heure du grand RESET (et du GENOCIDE (surtout) planétaires. . . … bof… … bof… … (c’est pas pour ça que j’me suis abonné à la Méduse d’ailleurs, c’est bien plutôt par rapport à ses excellentes positions sur les sujets précités… ;.) ).

  2. Christian Campiche 14 juin 2021 at 13:42 #

    Lisez Le Nègre de la Rose, ma biographie de Denis de Rougemont: https://www.lhebe.ch/produit/le-negre-de-la-rose-de-rougemont-consuelo-saint-exupery/
    un angle méconnu mais important est la création de l’UE et sa manipulation par les US.

  3. Christian Lecerf 16 juin 2021 at 11:36 #

    Peu importe que l’UE ait vu le jour sous la pression américaine, ce qui n’est d’ailleurs pas surprenant si l’on tient compte de la bipolarité géopolitique de l’époque… sauf bien sûr à regretter que le charmant Staline ne nous ait mis le grappin dessus. L’ Europe unie nous a apporté la paix et la stabilité et mieux vaut vivre dans cette région plutôt que dans d’autres endroits du monde où – sauf exceptions – les libertés sont bafouées, les inégalités encore plus criantes et la sécurité inexistante. L’UE n’est pas parfaite et doit sans doute s’améliorer mais qui connaît un peu ce vaste monde doit se féliciter de la vie que nous menons dans cet espace occidental. Et tout le reste n’est que littérature…

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