Guerre de religion


PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Une guerre de religion. Voilà la plaie d’Egypte que nous amène un virus nommé Covid. Pas de jour sans que des citoyens ne pètent les plombs, qu’ils soient pro ou anti-vaccin. La semaine dernière, un ci-devant aspergeait de cidre doux une politicienne pro-vax en Suisse alémanique. De vilains esprits ont voulu croire à l’attentat à l’acide. Prestement ceinturé, le coupable a été emmené au commissariat d’où il a été vraisemblablement relâché vite fait, bien fait. Jusqu’à nouvel ordre, on reste encore dans le cas de figure des tartes à la crème, « cadeau » tant de fois réservé aux personnages célèbres. On en riait aux larmes jadis. L’humour se perd-il ?

« Connards», « imbéciles irresponsables ». Dans des émissions à grande écoute et sur les réseaux en France, des journalistes très sérieux se mettent à insulter les anti-vax. Et promettent de transformer leur existence en un enfer. En Suisse, le ton est à peine plus amène, les médias crucifient les récalcitrants, taxés d’égoïsme, de malheureux trouillards. Comme si la peur avait choisi son camp. Le “Blick”, par exemple, trouve le Conseil fédéral trop mou. Pour mater la résistance, ce n’est pas un “cure-dents” qu’il faut utiliser, mais le “gourdin”. Et malheur à celle ou celui qui oserait comparer la situation actuelle aux années sombres du nazisme et de l’apartheid! Interdit d’aula, de spectacle, de bistrot ? Proscrit dans les stades ? Vétilles ! Rien à voir avec le passé, voyons! La santé rend tabou le sceau de l’infamie.

Une nouvelle n’a pas fait les gros titres des journaux, et pour cause. Au Japon, près de 2 millions de doses de vaccin Moderna ont été jetées, après le signalement de la présence d’impuretés. On ignore quelle saleté elles contenaient. Ce qui n’empêche pas le gouvernement suisse de passer commande une nouvelle fois aux acteurs de la pharma. Au prix fort. Proposer une cagnotte mondiale pour financer des génériques que l’on distribuerait aux pays pauvres, ce sera pour plus tard, même si la réflexion fait son chemin. «Pas de travail, rien à manger, la pandémie agrave le problème de la faim», titrait le “New York Times”, il y a quelques jours. De son côté notre confrère infosperber relayait la proposition de l’ONG Oxfam de taxer les très grosses fortunes pour financer des campagnes de vaccination et réduire la pauvreté. Pourquoi Jeff Bezos, par exemple, ne renoncerait-il pas à ses vols spatiaux pour accomplir une oeuvre de salut public?

On peut toujours rêver. Et souhaiter qu’à défaut de consensus universel sur le dogme vaccinal, la cohérence l’emporte au moins sur le mercantilisme à courte vue. Quelle leçon tirent nos ministres des erreurs du passé, alors que pour favoriser le consumérisme vacancier, les frontières ont été ouvertes durant l’été? Cette fatale permissivité a permis au virus de revenir en force, le scénario de 2020 se répète. «La tolérance atteindra un tel niveau que les personnes intelligentes seront interdites de toute réflexion afin de ne pas offenser les imbéciles», écrit Dostoïevski. S’il revenait aujourd’hui, l’auteur de «L’Idiot» serait-il rassuré? La comédie humaine n’est qu’un grand balancier.

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