Gestion de la crise COVID-19 – Lettre ouverte au ministre de la santé genevois Mauro Poggia


Lettre ouverte /Recommandée

Monsieur Mauro Poggia,
Conseiller d’Etat genevois en charge de
la Sécurité, de la Population et de la Santé Département de la sécurité, de la population et de la santé (DSPS)
Rue de l’Hôtel-de-Ville 14
Case postale 3952
1211 Genève 3

Nyon, le 29 août 2021

Objet : La gestion de la crise COVID-19

Cher Monsieur,

Il est peut-être utopique d’espérer que vous répondiez à ma lettre ou même que vous la lisiez. Cependant, comme dans l’émission Infrarouge du 25 août vous avez évoqué la nécessité d’un débat, je me permets de vous adresser cette lettre.

Depuis de nombreuses années, j’ai fait de la santé publique ma profession et j’ai consacré ma vie à cette cause ainsi qu’au respect des droits humains. C’est pour défendre ces deux objectifs que je vous écris aujourd’hui cette lettre.

La vaccination a toujours été une mesure de prévention des maladies infectieuses et un outil de santé publique important. Il est également indéniable que nous sommes face à une maladie dangereuse et que nous devons utiliser tous les moyens pour la prévenir et la guérir. Mais en santé publique, nous avons aussi des principes, dont le principe de précaution.

Pour un vaccin dont on ne connaît pas tous les risques et pour lequel on manque de données historiques de sécurité, il est raisonnable de l’appliquer avec précaution et de ne le proposer qu’aux personnes volontaires. Une fois cette décision prise, il est incompréhensible et incohérent que des sanctions et des mesures coercitives soient prises à l’encontre de ceux qui ont opté pour ne pas se faire vacciner et qu’ils soient ainsi stigmatisés. Ceci afin de les pousser à se faire vacciner. De telles mesures, accompagnées d’une communication menaçante, par exemple faire payer les non-vaccinés pour leur traitement, ne font qu’aggraver la situation, car elles sont perçues comme un double discours et manquant de sincérité. Elles font perdre aux autorités leur crédibilité, alors qu’en cas de crise, la crédibilité et la confiance dans les autorités sont fondamentales.

Comme indiqué dans l’article ci-joint d’infoméduse, la décision de faire payer les tests par les non- vaccinés va à l’encontre des intérêts de la santé publique. L’objectif principal des tests devrait être de détecter et de traiter la maladie à un stade précoce, avant qu’elle ne progresse vers une forme plus grave, et également aussi de se confiner le plus tôt possible avant qu’elle ne soit transmise à d’autres personnes. L’utilisation du dépistage à d’autres fins, comme un laissez-passer sanitaire, n’est que le résultat de décisions politiques dans la gestion de la crise.

À cet égard, de nombreux citoyens se demandent pourquoi les autorités ne parlent que rarement, voire jamais, des thérapies existantes, des recherches et des progrès dans ce domaine, ainsi que des premières mesures que les personnes qui découvrent leur état devraient prendre pour se soigner. Un traitement précoce de l’infection pourrait-il éviter la surcharge des hôpitaux ? Dans le débat de l’émission Infrarouge, l’accent était mis sur la seule vaccination sans s’interroger sur les autres stratégies existantes.

Si la vaccination est une stratégie sûre et efficace pour gérer cette crise, alors tout doit être fait pour convaincre les indécis, et dans ce contexte il est essentiel de comprendre l’origine du refus d’une partie de la population. A mon sens, ce refus est en partie dû au manque de confiance de la population envers nos autorités. Le mot anglais “trust” exprime mieux ce sentiment.

Comment croire les autorités qui, en d’autres temps, ont refusé d’écouter et d’agir dans l’intérêt de la société ? Comment croire quand les conflits d’intérêts, les mensonges et autres formes de corruption sont monnaie courante dans notre système, du monde universitaire aux grandes entreprises, et que nos autorités restent silencieuses ? Qui garantit la sécurité des vaccins et comment pouvons-nous envisager des recours en cas d’effets indésirables imprévus si le système judiciaire est dysfonctionnel et inaccessible à une grande majorité de la population ? Comment faire confiance à un système qui manque de transparence et où tout employé, cadre ou professionnel scientifique, qui soulève une inquiétude risque des représailles dévastatrices, ou est traité avec dédain ?

Autant de questions qui nous font perdre confiance dans le système et dans la gestion et la santé publique.

Si je ne suis pas experte des vaccins, j’ai une longue expérience dans la gestion des risques et de la communication en matière de santé publique et je serai heureuse de partager mon expérience des défaillances d’un système qui est à l’origine de la crise actuelle.

Rétablir la confiance est la clé de cette crise est également important pour les crises à venir (voir également dans infoméduse).

Yasmine Motarjemi

Ancienne scientifique de l’Organisation mondiale de la Santé
Ancienne directrice de la sécurité sanitaire des aliments de Nestlé

CC :

Professeur Didier Pittet, médecin-chef du Service de prévention et contrôle de l’infection, HUG .
Monsieur Jérôme Desmeules, député et secrétaire général de l’UDC Valais romand.
Madame Michelle Cailler, porte-parole des Amis de la Constitution.
Madame Christine Clavien, membre de la Commission Nationale d’Ethique.
Monsieur Christian Campiche, rédacteur-en-chef, Infoméduse.

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2 Responses to “Gestion de la crise COVID-19 – Lettre ouverte au ministre de la santé genevois Mauro Poggia”

  1. Nicola D'Amico 1 septembre 2021 at 11:50 #

    Avant de lire cette lettre, j’ai fait, sur FB un commentaire presque identique, mais en italien. La CONFIANCE. Cette CONFIANCE perdue !!

    • Yasmine Motarjemi 2 septembre 2021 at 14:08 #

      Heureuse de savoir que vous soutenez mon opinion

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